«Je dois disposer du plus d'argent possible»: le boss de l'armement s'exprime
Benedikt Roos, le nouveau chef de l'armée, souligne, en tant qu'ancien chef des Forces terrestres, l'importance de la défense aérienne. Cela vous surprend-il?
Urs Loher: Non. La première phase d'une menace consiste en une guerre hybride, puis vient l'attaque à grande distance. Ce n'est qu'ensuite qu'une offensive terrestre peut éventuellement suivre.
La situation en matière de défense aérienne n'est pourtant pas réjouissante. D'ici quand les Etats-Unis livreront-ils les cinq systèmes Patriot?
Les informations que nous avons reçues des Etats-Unis datent d'avant le 28 février. A cette époque, il était question d'un retard de quatre à cinq ans.
Depuis lors, la guerre contre l'Iran a éclaté. La livraison des systèmes va-t-elle se retarder davantage?
Nous n'avons actuellement pas d'informations supplémentaires. Mais on peut supposer que les livraisons ne seront pas plus rapides.
La Suisse recevra-t-elle un jour ces systèmes Patriot?
Je pars du principe que nous les recevrons tôt ou tard. Quand, cela dépendra très fortement de l'évolution de la situation géopolitique. Au Moyen-Orient, de nombreux pays veulent désormais se protéger également.
La Suisse a déjà versé 650 millions sur un total de 2 milliards pour les systèmes Patriot. Elle a entre-temps suspendu ses paiements. Pourquoi?
Premièrement, nous voulons exprimer notre désaccord face aux retards. Deuxièmement, il existe des décalages entre les paiements et les plans de livraison.
Les Etats-Unis contournent cette suspension des paiements. Ils redirigent l'argent suisse du compte des F-35 vers celui des systèmes Patriot, comme le rapportait la SRF jeudi.
Le concept de vente militaire étrangère (Foreign Military Sales) prévoit une telle compensation, car il s'agit de contrats entre les deux gouvernements.
De quelle somme d'argent s'agit-il?
D'un montant de plusieurs centaines de millions, dans la fourchette basse.
Les Etats-Unis sont-ils encore un partenaire fiable?
Il ne faut pas tout mettre dans le même sac. Nous partons du principe que les F-35 seront livrés comme convenu. L'approvisionnement en pièces de rechange pour le F/A-18 fonctionne également bien. La situation met surtout en évidence une chose très clairement.
Laquelle?
Le marché de l'armement est en pleine effervescence. Que les Etats-Unis procèdent à des réaffectations de priorités dans cette situation est compréhensible. Cela ne signifie pas qu'ils sont moins fiables. Ils sont un partenaire très fiable.
La Suisse se retrouve loin en bas de la liste de priorité pour les biens d'armement. Pourquoi?
La pandémie de Covid a clairement montré comment les mécanismes fonctionnent quand les choses se corsent: chacun se débrouille pour soi. Je pense que des mécanismes similaires se remettent en place maintenant. L'Union européenne travaille en étroite collaboration. Nous, en revanche, ne faisons pas partie d'une alliance ou d'une coalition. Cela signifie que nous restons à l’écart.
Vous souhaitez, en plus du Patriot, un deuxième système de défense aérienne à longue portée. Quels signaux recevez-vous de la part des fabricants potentiels?
On nous fait clairement comprendre que nous ne sommes pas les seuls à vouloir acheter ces systèmes. L'industrie développe ses capacités de production et a besoin de fonds. C'est pourquoi il n'est souvent possible de passer commande qu'en versant un acompte.
Si tout se passe bien avec l'augmentation de la TVA de 0,8%, le fonds d'emprunt serait prêt à partir de 2028. N'est-ce pas trop tard ?
Je dois disposer du plus d'argent possible le plus rapidement possible.
Y a-t-il des mesures à prendre avant 2028?
Cela dépend très fortement de la manière dont on envisage l'avenir. Si l'on suppose que la situation s'améliorera, après des perturbations passagères, nous avons plus de temps. Si l'on part du principe, comme tous les autres pays, que le danger continuera de croître à partir de 2028, nous sommes très serrés.
Comment évaluez-vous la situation personnellement?
Je suis d'avis que les autres pays ne se trompent pas tellement.
Pourquoi la Suisse se prépare-t-elle toujours mal aux guerres?
Avant la guerre franco-prussienne de 1871, les troupes suisses étaient dans un état déplorable. Lors de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale également, nous étions au départ assez peu préparés. A la fin de la guerre, en revanche, la Suisse était prête.
Quelle leçon en tirez-vous?
Nous nous renforçons durant les phases de menace, accumulons alors de nombreuses dettes et tentons de les résorber durant la période d'entre-deux-guerres. Puis nous entrons à nouveau dans la crise suivante sans être préparés. Pourquoi en irait-il autrement cette fois? J'espère néanmoins que nous trouverons des solutions. En tout cas, nous faisons de notre mieux avec les moyens disponibles.
