Voici où l'UDC veut couper pour donner 10 milliards en plus à l'armée
La rencontre s’est tenue durant la dernière semaine de la session de printemps à Berne. La direction de l’UDC avait convoqué ses spécialistes en politique de sécurité. Le but de cette réunion était de les rallier à la ligne du parti. Seul le conseiller aux Etats Werner Salzmann était absent, pour cause de maladie.
Le message central de la direction: l’UDC rejette la hausse de TVA de 0,8% destinée à l’armée. Et cela, bien que ses propres conseillers fédéraux Guy Parmelin et Albert Rösti aient approuvé le projet. Le parti veut également faire des économies. C’est ce message clair que le président, Marcel Dettling, et le chef du groupe parlementaire, Thomas Aeschi, ont transmis à leurs spécialistes. Avec cette consigne, toute divergence était malvenue.
Interrogé au sujet de cette rencontre, le chef du groupe parlementaire Thomas Aeschi déclare:
Thomas Aeschi ajoute:
Lors de sa réunion au sommet, le parti a adopté trois interventions sous forme de motions de groupe. Dans deux d’entre elles, il demande un plafonnement des dépenses. Mais c’est la troisième motion qui est la plus marquante. Celle-ci se lit comme une attaque contre le Département de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) du conseiller fédéral Martin Pfister.
L’UDC veut réaliser des économies à grande échelle pour le DDPS. Dans la motion, il est écrit que la défense est actuellement «insuffisante». «En parallèle, des dépenses coûteuses qui ne relèvent pas du militaire pèsent lourdement sur le budget du DDPS.» Autant d'argent qui manque pour acquérir des munitions ou former des soldats, selon l'UDC.
Le président de l’UDC et son chef de groupe mettent le conseiller fédéral Martin Pfister face à ses responsabilités. Thomas Aeschi déclare:
Thomas Aeschi ajoute qu'«il doit maintenant montrer qu’il est capable de fixer des priorités.»
Le parti a fait une liste
C’est sur ce point que les priorités d’économies de l’UDC pour le DDPS semblent particulièrement importantes. Le parti réclame la suppression du Secrétariat d’Etat à la politique de sécurité (Sepos). Cette structure avait été créée par la prédécesseure de Martin Pfister, Viola Amherd, et avait démarré ses activités le 1er janvier 2024.
Pour 2026, le Sepos dispose d’un budget de 23,8 millions de francs, et est responsable de la nouvelle stratégie de sécurité 2026. Celle-ci intègrera également pour la première fois des domaines civils.
La structure reçoit des éloges tant de la part de responsables politiques comme des cantons. Thomas Aeschi déclare toutefois:
L’UDC s’attaque également au projet de déblaiement du dépôt de munitions de Mitholz. En 2023, le Parlement avait approuvé à cet effet un crédit d’engagement de 2,5 milliards de francs. Thomas Aeschi explique:
L’UDC porte un jugement similaire concernant le projet de récupération de munitions dans les lacs suisses. Celui-ci coûte des milliards et pourrait lui aussi être suspendu.
L’UDC réclame en outre que l'efficacité parmi les 12 500 collaborateurs du département de la défense soit améliorée. Le parti veut réafecter quelque 1000 employés vers de nouvelles fonctions. Thomas Aeschi précise:
L’UDC entend ainsi éviter la création de nouveaux postes au DDPS.
L’UDC souhaite également supprimer le service Femmes dans l’armée et Diversité créé en 2022 sous Viola Amherd. Selon le parti, la communication du département doit elle aussi être fortement réduite, avec des dépenses ramenées de 20 millions à un maximum de 1 million de francs.
L'UDC veut économiser sur d'autres postes
Selon Thomas Aeschi, les économies qu'exige l’UDC s’élèveraient «au total à environ cinq milliards de francs». A l’exception du Sepos, il s’agirait d’économies ponctuelles qui devraient bénéficier directement à l’armée.
L’UDC veut également attribuer cinq milliards supplémentaires par an à l’armée grâce à des plafonnements dans d’autres départements. Le parti souhaite par exemple limiter les dépenses dans le domaine de la migration à 2 milliards par an, soit une économies par rapport au budget 2026 de 1,9 milliard. Il veut également faire baisser les dépenses de personnel à 5,5 milliards par an (1,2 milliard en moins) ainsi que l’aide publique au développement (850 millions).
Ces idées pour plafonner des budgets recoupent en partie celles du PLR. Le conseiller aux Etats PLR Josef Dittli propose dans la NZZ de ramener les dépenses de la coopération internationale au niveau de 2014.
Selon ses calculs, cela permettrait d’investir dix milliards de francs dans l’armée au cours des douze prochaines années. Josef Dittli souhaite en outre réaliser des économies au niveau du personnel de la Confédération.
Dans un entretien, Josef Dittli explique que des responsables politiques du camp bourgeois auraient l’intention «de se concerter» pour contrer la hausse de la TVA. Dans le même sens, le conseiller aux Etats UDC Werner Salzmann s’exprime auprès de CH Media (éditeur de watson). «Nous sommes en discussion», indique-t-il. Werner Salzmann ajoute:
Le Centre ne devraient participer à ces échanges que de façon limitée. Les déclarations du conseiller national Reto Nause, également président de l’Alliance Sécurité Suisse, vont dans ce sens. Reto Nause déclare:
L’UDC n’a pas été la seule à se réunir durant la troisième semaine de la session de printemps. Les directions de l’UDC, du PLR et du Centre ont également discuté ensemble de la manière dont pourrait s’articuler une future politique financière.
Marcel Dettling confirme cette rencontre. Marcel Dettling explique: «Il s’agissait d’examiner les marges de manœuvre en matière de politique financière» et de trouver le plus petit dénominateur commun.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
