Ces Français parient sur Crans-Montana: «On espère ouvrir en 2027»
Si Crans-Montana panse encore ses plaies après la tragédie du 1er janvier 2026, la destination touristique reprend vie. Plusieurs projets hôteliers et rénovations d'hôtels sont en cours, promesse d'un vent de renouveau et d'optimisme. Parmi eux: celui du groupe Experimental*.
Après avoir posé ses valises en Suisse pour la première fois à Verbier, en 2018, c'est à Crans-Montana que l'entreprise basée en France projette son nouvel hôtel, l'an prochain. En dépit du drame qui a endeuillé la station et la Suisse, ses quatre fondateurs y croient dur comme fer.
«Cela fait très longtemps que l’on a envie d’ouvrir là-bas, on adore la Suisse. Crans, c’était logique», nous explique Olivier Bon, l'un des cofondateurs d'Experimental*, qui choisit très soigneusement ses destinations - des lieux à la fois jeunes, cool et branchés, mais sans être guindés.
L'incendie du Constellation a mis un coup de frein au projet, mais il n'en reste pas moins d'actualité. «Nous devions annoncer l'ouverture en 2026, avant de décaler. Cela nous paraissait déplacé, compte tenu de ce drame national», justifie Olivier Bon.
Sans pouvoir en révéler davantage à ce stade, l'entrepreneur nous glisse quelques miettes d'informations: «On a trouvé un superbe hôtel un peu seventies. Nous avons pour objectif d'en faire un établissement un peu plus populaire que l'Experimental Chalet Verbier, qui est un 5 étoiles. Un design 4 étoiles, un restaurant et un spa. On espère ouvrir à l’été 2027.»
Aventuriers du goût
Experimental*, c'est une histoire d'amitié née sur les bancs des cours de catéchisme, dans une école de Montpellier, au sud de la France. A l'époque, Olivier Bon, Pierre-Charles Cros et Romée de Goriainoff ont entre 10 et 11 ans. Ils l'ignorent encore mais, 35 ans plus tard, les trois copains se trouveront à la tête d'une entreprise de 1500 collaborateurs, qui dénombre des établissements en France, en Angleterre, en Italie, en Espagne ou encore à New York.
A l'adolescence, aussi épicuriens que curieux, Olivier Bon, Pierre-Charles Cros et Romée de Goriainoff découvrent la gastronomie européenne lors de voyages à sac à dos et financent leurs sorties au restau en mettant sur pied des fêtes payantes au lycée. Des «aventuriers du goût» et «fêtards organisés», comme les décrit Olivier Bon.
A 20 ans, leurs études terminées dans des secteurs aussi variés que le stylisme, le droit et le business, les trois copains font face à un choix cornélien. Entrer dans une vie professionnelle bien rangée... ou tout plaquer et ouvrir leur propre établissement.
Pionniers du cocktail à Paris
Au milieu des années 2000, à Paris, alors que la scène culinaire vibre sous l'essor de la bistronomie, un autre domaine reste inexploité dans la capitale française. La «culture cocktail», que le trio vient de découvrir en Amérique du Nord, notamment à New York. «Si on voulait un cocktail, on amenait nos copains dans les bars d’hôtel, mais il fallait quasiment porter un costume-cravate. Les prix étaient délirants et les cocktails pas géniaux. On s’est dit qu'il y avait quelque chose à faire», raconte Olivier Bon.
Entre deux recettes peaufinées du fond de leur cuisine, les aspirants barmen nouent des contacts et convainquent des marques d'alcool, des designers et des financiers d'investir dans leur projet. Leur bar, l'Experimental Cocktail Club, premier du genre à Paris, ouvre ses portes en 2007.
Les premiers mois sont durs. «La clientèle française a été très difficile à séduire, contrairement aux expats», se souvient Olivier. «Puis, on a attiré l'intérêt de médias et grands barmen internationaux, qui sont passés chez nous. Notre réputation s'est faite comme ça.»
Bientôt, leur établissement devient une référence. Un second bar est ouvert dans la foulée. Puis un troisième. C'est un quatrième et nouvel associé, Xavier Padovani, installé au Royaume-Uni, qui leur souffle l'idée du quatrième établissement, un «speakeasy» planqué entre deux restaurants chinois, dont le succès ne se dément pas, 17 ans plus tard.
Après les bars à cocktails, les bars à vins et les restaurants, c'est à l'hôtellerie que se frotte le quatuor ambitieux. «Il y a une dizaine d'années, l'hôtellerie était poussiéreuse, ennuyeuse», résume Olivier. «C'était l'apanage d'hommes d'affaires en costume bleu et aux cheveux gris qui visaient une rentabilité maximale pour un minimum de pertes et, surtout, qui n'avaient jamais dormi dans leurs hôtels.»
Experimental* veut prendre le contre-pied des grands groupes en créant des établissements plus petits, où chaque chambre, chaque détail est bichonné, soigné, réfléchi, de la literie aux articles de salle de bains, en passant par les snacks du mini bar. Exit les M&M's, les Toblerone et les draps qui grattent.
Les patrons testent tout eux-mêmes. «J’ai rendu ma femme folle, rigole Olivier. Chaque jour, je lui imposais un drap différent. Elle n'a pas oublié le triple épaisseur en plein été.»
Avec aujourd'hui plus d'une trentaine d'établissements disséminés à travers l'Europe, des bars, des restaurants, des hôtels et même des plages, le groupe n'est-il toutefois pas en train de basculer du côté des mastodontes hôteliers dont il a mis tant de soin à se démarquer?
Olivier Bon s'en défend. Pour lui, l'atout d'Experimental* repose notamment sur des directeurs incroyables dans chaque région - une région qui inspire chaque établissement, de la décoration aux produits servis dans l'assiette du restaurant.
«Il y a eu des époques et des transitions où c’était très dur d’être partout», concède Olivier Bon. «On se réveillait le matin en réalisant qu’on avait baissé ici ou là. Désormais, on a la chance d'inouïe de pouvoir compter sur des équipes solides, jeunes, hyper dynamiques, qui apportent une vraie fraîcheur tout en respectant l'histoire du groupe.»
Une chose est sûre. On trépigne déjà de découvrir comment Experimental* va transposer cet ADN dans son prochain écrin suisse. Et, surtout, souffler un vent d'optimisme sur Crans-Montana.
