Pourquoi les Suisses payent 25% de plus dans les trains allemands
Un voyage à bord d’un ICE de la Deutsche Bahn réserve souvent des surprises. Par exemple, lors d’une visite au restaurant du train. Un coup d’œil aux prix en euros et en francs fait froncer les sourcils aux Suisses.
Ainsi, un grand café au lait qui coûte cinq euros monte à six francs. Le «petit-déjeuner français», composé d’un croissant, de deux petits pains bio, de deux morceaux de beurre et de confiture, revient à 7,90 euros, mais grimpe à 9,50 en francs suisses. Pour le porridge bio aux myrtilles ou pomme-cannelle, il faut débourser 4,90 euros ou 5,90 francs. Et un goulash de Szeged avec purée de pommes de terre, coûtant 15,90 euros, monte à 19,10 en francs suisses.
Les Suisses, arroseurs arrosés?
Cela signifie que ceux qui paient en francs suisses déboursent 20% de plus qu’en euros. Pourtant, le franc suisse est actuellement plus fort que l’euro: vendredi, un euro ne valait que 92 centimes de franc environ.
La Deutsche Bahn applique-t-elle aux clients suisses un taux de change défavorable, à l’image de certaines destinations touristiques helvétiques dans les années 2000 avec les visiteurs européens?
Une situation similaire: dans les années de 2000 à 2008, l’euro était encore nettement plus fort que le franc. Un euro valait alors entre 1,45 et 1,65 franc. Mais les remontées mécaniques, les stations de ski, les hôtels, les restaurants, les boutiques de souvenirs et les autoroutes ont largement utilisé leur droit de fixer eux-mêmes le taux de change. Ceux qui voulaient payer en espèces en euros étaient de facto contraints d’accepter un taux de un pour un. Les touristes européens perdaient ainsi 30 à 40% de leur pouvoir d’achat.
Pour un achat de 100 francs, ils auraient dû payer équitablement entre 65 et 70 euros. Mais on leur demandait souvent 100 euros. Un cas classique d’abus de position dominante dans les zones touristiques.
La DB s'explique
Cette pratique a valu à la Suisse de nombreuses critiques négatives, surtout en Allemagne. Le quotidien Bild titrait en 2006: «Arnaque dans les Alpes! L’euro vaut autant que le franc» et en 2008: «Les Suisses encaissent nos euros 1:1». Der Spiegel publiait quant à lui: «On facture en francs – on encaisse en euros».
Des plaintes et des appels au boycott contre les stations de vacances suisses ont émané d’Allemagne, d’Italie et de France. Les associations de protection des consommateurs critiquaient le manque de transparence et exigeaient une signalisation claire (1 euro = 1 franc).
Alors, la Deutsche Bahn fait-elle en 2026 la même chose que l’industrie touristique suisse dans les années 2000, même si c’est à une échelle plus modeste? Non, répond la Deutsche Bahn. Un porte-parole souligne:
Concernant le taux de change, il précise:
La Deutsche Bahn affirme ne pas avoir connaissance de plaintes accrues sur ce sujet. «Au contraire», ajoute le porte-parole:
L'approche des CFF
La Deutsche Bahn ne précise pas ce qu’elle entend par «période plus longue» pour le calcul de la moyenne du taux. Une chose est sûre: l’euro était pour la dernière fois plus fort que le franc suisse le 15 janvier 2023. Un euro valait alors 1,0051 franc. Depuis, le franc est plus fort que l’euro. En 2023 et 2024, on obtenait en moyenne 1,04 euro pour un franc. En 2025, même 1,059 euro. Sur ces trois années, la moyenne est donc de 1,046.
Ainsi, au prix en francs facturé par la DB dans son bistro s’ajoutent ces 4,6% de perte de valeur de l’euro face au franc. Les clients suisses paient donc, en francs, des prix totaux supérieurs de 25%: pour 100 euros de nourriture et boissons, ils déboursent 125 francs.
Les CFF tiennent mieux compte des réalités du taux de change, et ce, même à leur désavantage. Dans leur restaurant à bord, ils facturent boissons et repas au taux de 1 pour 1, alors que le franc valait 1,09 euro vendredi.
