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Les Etats-Unis vont battre un record qui ne va pas plaire à Trump

Il n'est pas si facile pour les Américains de se débarrasser de leur passeport.
Il n'est pas si facile pour les Américains de se débarrasser de leur passeport.Getty Images

Les Etats-Unis vont battre un record qui ne va pas plaire à Trump

De plus en plus d’Américains renoncent à leur nationalité à Berne, souvent pour des raisons politiques liées à Donald Trump, malgré une procédure complexe et coûteuse.
06.05.2026, 05:2906.05.2026, 08:59
Bojan Stula

De plus en plus d'Américains tournent le dos à leur pays, et la Suisse commence à s'en apercevoir. A l'ambassade américaine à Berne, les rendez-vous pour la renonciation à la nationalité se multiplient. Ceux qui font ce choix doivent faire preuve de patience et de moyens financiers, comme le rapporte le Guardian britannique.

Une Américaine vivant au Royaume-Uni a ainsi récemment fait le détour par Berne, la liste d'attente à la représentation consulaire londonienne dépassant désormais un an. Dans de nombreuses villes européennes, le délai est encore de plusieurs mois.

La scène dans la capitale fédérale est lourde de symboles: entre le drapeau américain et les portraits de la direction politique, des expatriés prêtent serment qu'ils renoncent à leur nationalité librement et non pour des raisons fiscales.

Les raisons politiques dominent

Les motivations de cette démarche radicale ont évolué au fil des ans. Alors que les considérations fiscales étaient souvent au premier plan par le passé, ce sont aujourd'hui de plus en plus les raisons politiques qui prédominent. De nombreuses personnes interrogées évoquent la polarisation aux Etats-Unis, les tensions intérieures et le rôle du gouvernement, comme le précise encore le Guardian.

Un Américain vivant à l'étranger résume la situation sans détour pour le journal britannique: il ne voudrait «pas faire partie d'une dictature». D'autres citent l'élection de Donald Trump en 2016 ou des décisions de la Cour suprême comme des tournants. La crainte de voir les institutions démocratiques fragilisées hante beaucoup d'entre eux, tout comme la peur d'une politique étrangère plus agressive.

Mais dire adieu au passeport américain est tout sauf simple. Certes, les frais officiels ont récemment été réduits de 2350 à 450 dollars (de 1840 à 350 francs), mais, avec les honoraires d'avocat, la procédure peut vite atteindre 7000 à 10000 dollars (5400 à 7800 francs). De plus, elle peut s'étirer sur plus d'un an, relève l'agence de conseil Moody's dans un billet de blog. Moody's propose des séminaires en ligne dans le monde entier avec des conseils sur la renonciation à la nationalité américaine.

A la renonciation au passeport s'ajoutent des risques considérables: celui qui est considéré comme «covered expatriate» (réd: un citoyen américain renonçant à sa nationalité qui dépasse certains seuils de patrimoine ou de revenu imposable) doit éventuellement accepter des désavantages fiscaux à vie. L'entrée aux Etats-Unis peut également être rendue plus difficile, et il peut même arriver que l'on ne puisse plus rendre visite à des membres de sa famille restés au pays.

Le droit fiscal, un cas à part

Les Etats-Unis imposent leurs citoyens indépendamment de leur lieu de résidence, un modèle unique au monde, que seule l'Erythrée pratique également. Pour les Suisses titulaires d'un passeport américain, cela signifie qu'ils doivent aussi déclarer leur situation financière aux autorités américaines.

Cela engendre des problèmes concrets, y compris en Suisse. Des personnes concernées rapportent ainsi qu'elles n'ont pas pu ouvrir de compte bancaire, car les établissements financiers redoutent les contraintes administratives de Washington. Même des professionnels hautement qualifiés ont dû décliner des offres d'emploi en Suisse pour cette raison.

Une modification législative vient s'ajouter à l'incertitude: à partir de la fin de l'année, elle prévoit l'enregistrement automatique des jeunes citoyens américains pour le service militaire. Il ne s'agit certes pour l'instant que d'une base de données, mais, pour les familles vivant à l'étranger, la crainte d'éventuels appels sous les drapeaux grandit, en particulier face aux tensions géopolitiques et la guerre en Iran.

L'ambassade des Etats-Unis à Berne.
L'ambassade des Etats-Unis à Berne.Image: Adobe Stock

Le rôle que joue Berne dans ce contexte n'est pas un hasard: la Suisse est, pour de nombreux expatriés, une place importante, mais aussi un endroit où les conséquences de la politique américaine se manifestent concrètement, notamment dans le secteur bancaire.

Vers un record de renonciations cette année

Le nombre de renonciations à la nationalité est élevé depuis des années. Alors qu'il ne s'élevait qu'à quelques centaines par an dans les années 2000, il se chiffre aujourd'hui en plusieurs milliers. Pour 2026, un nouveau record est attendu.

Malgré tous les obstacles, nombreux sont ceux qui ne regrettent pas ce choix. Ce qui reste, ce sont des souvenirs, et un certain sentiment de perte. L'ancien citoyen américain Tom Geller, 57 ans, confie dans les colonnes du Guardian:

«Certaines choses me manquent. Mais je peux tout à fait vivre avec l'idée de ne jamais y retourner.»

Pour la Suisse, cette évolution reste un signal discret, mais éloquent: l'instabilité politique aux Etats-Unis a depuis longtemps des répercussions concrètes, et ce, jusque dans les salles d'attente des ambassades à Berne. Interrogée sur son taux d’occupation actuel, l’ambassade des Etats-Unis à Berne n’a pas encore répondu.

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