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Pourquoi la Suisse n'aura pas ses Patriot avant des années

La Suisse a commandé cinq systèmes Patriot aux Etats-Unis. Il est désormais clair qu'ils ne seront pas livrés avant plusieurs années.
La Suisse a commandé cinq systèmes Patriot aux Etats-Unis. Il est désormais clair qu'ils ne seront pas livrés avant plusieurs années.Image: Pawel Supernak / EPA

La Suisse se retrouve sans défense aérienne à cause de Trump

La guerre contre l'Iran bouleverse dramatiquement la situation de la Suisse: elle se retrouve sans défense aérienne pour des années, les Etats-Unis ayant besoin de leurs systèmes Patriot pour eux-mêmes. Le conseiller fédéral Martin Pfister entend réagir.
06.03.2026, 11:5606.03.2026, 13:36
Othmar von Matt / ch media

«Maintenant, nous savons pourquoi les Américains ont fait profil bas avec nous», déclare Reto Nause, conseiller national du Centre et président de l'Alliance Sécurité Suisse. Il poursuit:

«Ils savaient depuis longtemps qu'ils allaient attaquer l'Iran»

Les Etats-Unis ont en effet fait profil bas concernant les cinq systèmes Patriot que la Suisse a commandés en 2022 pour deux milliards de francs. Durant l'été, Washington avait encore officiellement annoncé que les livraisons prendraient du retard en raison de la priorité accordée à l'Ukraine. Puis ce fut le silence radio total.

Une attaque prévue depuis longtemps

La Suisse ne savait plus où elle en était. La situation s'est depuis lors clarifiée. La livraison des systèmes Patriot, prévue entre 2026 et 2028, est repoussée de plusieurs années, les Etats-Unis en ayant besoin pour eux-mêmes. De plus, on comprend désormais pourquoi le président américain Donald Trump avait menacé, le 7 janvier, d'interdire aux groupes d'armement américains de distribuer des dividendes et de procéder à des rachats d'actions.

Trump voulait une industrie de l'armement «America first», en raison de la guerre contre l'Iran. Le président américain s'en est également pris avec une virulence particulière à Raytheon, le fabricant du Patriot, qu'il a accusé d'être l'entreprise la moins réactive aux besoins du ministère américain de la Défense.

Une situation dramatique pour la Suisse

Le système sol-air Patriot à longue portée (jusqu'à 160 kilomètres) est considéré dans de nombreux pays de l'Otan comme l'épine dorsale de la défense aérienne terrestre. C'est précisément le rôle qui lui était dévolu en Suisse. Les cinq unités de tir devaient couvrir 15 000 des 41 285 kilomètres carrés que compte le territoire suisse, soit un tiers.

La Suisse, en tant qu'Etat tiers, s'est désormais retrouvée reléguée tout en bas de la liste de priorités. C'est une situation dramatique pour le pays, qui se retrouve sans aucune défense sol-air jusqu'à fin 2028. Ce n'est qu'à partir de fin 2028 et jusqu'en 2031 que devraient arriver les cinq systèmes Iris-T à moyenne portée (jusqu'à 40 kilomètres) commandés auprès du groupe d'armement allemand Diehl Defence.

Le politicien spécialiste de la sécurité Nause tire la sonnette d'alarme. Il affirme:

«Si nous pouvons acquérir un système européen de défense aérienne à longue portée, nous devons le faire»

Il fait ainsi référence au Samp/T, le système à longue portée (jusqu'à 150 kilomètres) du groupe d'armement franco-italien Eurosam, dont le secrétaire général Jérôme Dufour avait déclaré au journal dominical NZZ am Sonntag qu'il pouvait livrer ses systèmes d'ici 2029. Le Samp/T a fait ses preuves au combat en Ukraine.

Une situation sécuritaire urgente

«Nous devrions prendre tout ce que nous pouvons obtenir», affirme le spécialiste de la sécurité Nause avant de poursuivre:

«Nous ne pouvons jamais avoir assez de systèmes de défense aérienne pour bien protéger notre pays.»

La Suisse doit être en mesure de contrer non seulement les avions, les hélicoptères, les missiles de croisière et les roquettes, mais aussi les drones de trois à 300 kilogrammes. «De plus, nous avons besoin de chasseurs contre les missiles hypersoniques», renchérit Nause.

Tout indique que le conseiller fédéral Martin Pfister proposera précisément cela au Conseil fédéral vendredi. Pfister souhaite certes poursuivre l'acquisition des Patriot, mais la compléter par des systèmes Samp/T.

Reto Nause (Centre).
Le conseiller national et président de l'Alliance Sécurité Suisse Reto Nause (Centre).Image: Keystone

Des questions encore en suspens

Le conseiller aux Etats PLR Josef Dittli exige pour sa part:

«J'attends maintenant du conseiller fédéral Pfister une réflexion conceptuelle sur la manière dont nous voulons protéger notre espace aérien avec les moyens disponibles et sur les acquisitions d'armement que nous devrons reporter pour ce faire.»

Dittli évoque ainsi les acquisitions destinées à la défense aérienne à moyenne et courte portée, ainsi qu'à la défense contre les drones. Avec l'Iris-T, la Suisse se dote d'un système de défense à moyenne portée. Par ailleurs, le pays entend investir 670 millions de francs dans la défense anti-drones au cours des dix prochaines années.

MBDA, le groupe d'armement européen présent en France, au Royaume-Uni, en Italie, en Allemagne et en Espagne, propose une gamme complète dans ces domaines: avec le Mistral 3, un système portable de défense aérienne à courte portée (jusqu'à huit kilomètres), avec le système de défense aérienne terrestre VL Mica à moyenne portée (jusqu'à 40 kilomètres) et le système de défense anti-drones Sky Warden.

Pourquoi la Suisse peut se retrouver dans le viseur

Le spécialiste de la sécurité du Centre, Reto Nause, voit dans la guerre contre l'Iran des dangers pour la Suisse également. Il explique:

«L'Iran adopte une nouvelle stratégie. Il étend le conflit géographiquement de manière indiscriminée, afin de causer un maximum de dégâts et de le rendre ainsi le plus coûteux possible.»

Nause craint «que de futurs agresseurs ne reproduisent ce schéma si des conflits éclatent en Europe». Il poursuit:

«L'Iran attaque également les pays du Golfe, qui se sont pourtant largement positionnés comme médiateurs. Cela montre bien que la Suisse aussi peut être menacée du jour au lendemain, malgré sa neutralité.»

Cette menace viendra certes peu probablement de l'Iran, dont les missiles n'ont pas la capacité d'atteindre la Suisse. «La Russie, en revanche, stocke à Kaliningrad des roquettes et des missiles de croisière», souligne Nause, «qui, eux, peuvent toucher la Suisse.» C'est pourquoi il nourrit un espoir:

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