Le procès pour l'un «des féminicides les plus cruels de Suisse» démarre
Le Ministère public requiert la prison à perpétuité contre du quadragénaire jugé depuis lundi à Bâle-Campagne pour assassinat et atteinte à la paix des morts. L'homme est accusé d'avoir tué en 2024 son épouse et d'avoir démembré son cadavre.
Devant la Cour pénale de Bâle-Campagne, la procureure a aussi exigé que la peine à perpétuité soit assortie d'une thérapie ambulatoire. Elle a rejeté mardi les arguments de légitime défense de l'accusé et l'hypothèse selon laquelle la victime âgée de 38 ans l'aurait attaqué avec un couteau. L'expertise médico-légale a établi qu'il avait étranglé sa femme dans la maison à Binningen (BL).
Premiers préparatifs en 2022 déjà
Il s'agit «de l’un des cas de féminicide les plus cruels et les plus bouleversants de Suisse», a déclaré la procureure, évoquant des motivations «d’un égoïsme flagrant». Le traumatisme psychologique des deux enfants constitue un autre facteur aggravant, a-t-elle dit.
L'accusation a estimé que le mari, aujourd'hui âgé de 43 ans, a agi de manière planifiée et a voulu détruire méthodiquement les traces. Il avait notamment commandé en 2022 un mixeur professionnel et stockait des litres d’eau de Javel. Les enquêteurs ont trouvé au domicile un manuel d'anatomie et l'accusé a découpé l'utérus de manière ciblée, ce qui, selon les experts, nécessite des connaissances spécifiques.
La partie civile a reproché à l'accusé son manque de remords et de prise de conscience. Pour l'avocate représentant les deux jeunes enfants, les excuses du père de famille au premier jour du procès semblaient «apprises par cœur».
Après son acte meurtrier en février 2024, l’accusé est allé chercher les enfants à la crèche et les a amenés au restaurant «comme si de rien n’était», selon l'avocate. Elle réclame 100 000 francs pour chacun des enfants. Des réparations à hauteur de 280 000 francs sont demandées pour les parents et de la sœur de la défunte. Le père de la victime a réalisé le crime en découvrant des morceaux du cadavre dans la maison.
Aucune planification, selon la défense
Selon la défense en revanche, ni l'assassinat ni un meurtre ne sont avérés dans cette affaire. D'après elle, le prévenu a fait acte de légitime défense, éventuellement excessive, face à une agression de son épouse sur lui et a porté atteinte à la paix de la défunte en la découpant. La sanction des juges ne peut donc pas dépasser un à trois ans de prison, a-t-elle conclu.
L'accusé n'avait planifié aucun crime, estime sa défenseuse. Sinon, il aurait choisi de passer à l'acte lors de vacances à deux. Pour l'avocate, rien n'indique que l'eau de Javel et le mixeur avaient été achetés à l'avance pour se débarrasser d'un cadavre. Le produit a servi dans le ménage, le mixeur a été utilisé à d'autres occasions, a souligné l'avocate.
Enfin, les juges ne peuvent tenir compte des accusations de violences relationnelles, portées par l'ex-compagne du prévenu, car ce dernier – père aimant et engagé, selon l'entourage – n'a jamais été condamné, estime la défense. Le jugement est agendé au 13 mai. (mbr/ats)
