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Migros renonce au NutriScore, mais l'UE pourrait le lui imposer

Migros renonce au Nutri-Score, mais l'UE pourrait le lui imposer

Le Nutri-Score attribue une note de A à E aux produits. Si les valeurs nutritives d'un aliment sont particulièrement bonnes, il obtient un A vert. Les produits ayant les valeurs nutritives les plus ma ...
Le Nutri-Score attribue une note de A à E aux produits. Si les valeurs nutritives d'un aliment sont particulièrement bonnes, il obtient un A vert. Les produits ayant les valeurs nutritives les plus mauvaises obtiennent un E rouge.Image: Shutterstock
Après seulement trois ans, Migros renonce à l'étiquetage nutritionnel Nutri-Score, au grand dam de la Fondation pour la protection des consommateurs.
23.05.2024, 18:56
Ralph Steiner
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Mardi, Migros a annoncé qu'elle ne poursuivrait pas l'étiquetage de ses produits avec le Nutri-Score trois ansseulement après sa mise en place par l'enseigne. Pour rappel, l'objectif était d'aider le consommateur à se nourrir plus sainement. Le Nutri-Score sera progressivement retiré des produits Migros, l'expérience ayant montré que son utilité était trop faible par rapport aux coûts élevés. Une décision qui ne plaît pas à tout le monde.

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En effet, selon Sara Stalder, directrice de la Fondation pour la protection des consommateurs, le Nutri-Score a été discrédité ces dernières années par de nombreux arguments polémiques, voire erronés. Migros semble maintenant avoir cédé à la pression des lobbyistes et des politiques.

«La question des coûts est un argument bidon»
Sara Stalder

Sara Stalder mentionne par exemple des aliments comme le fromage, les produits carnés fortement transformés ou les boissons sucrées.

«Ces produits reçoivent un D, parfois un E. Ce ne sont pas les meilleures perspectives pour les producteurs. De telles évaluations sont toutefois appropriées en raison de la teneur élevée en graisse, en sel ou en sucre.»
Sara Stalder, Geschaeftsleiterin der Stiftung fuer Konsumentenschutz (SKS), spricht waehrend einer Medienkonferenz zum Referendum "Nein zur willkuerlichen Ueberwachung von Versicherten&qu ...
Sara Stalder, directrice de la protection des consommateurs.Image: KEYSTONE

Au niveau politique, la critique à l'égard du Nutri-Score s'est manifestée dans une motion adoptée par le Parlement en mars. La Commission de l'économie, de la formation et de la culture du Conseil des Etats (CSEC-E) y demande au Conseil fédéral de préciser comment le Nutri-Score est utilisé. La révision prochaine de la loi sur les denrées alimentaires se prête à cet exercice.

La Commission est d'avis, entre autres, que l'utilisation du Nutri-Score doit rester facultative et que son utilisation doit être laissée aux acteurs du marché.

La pyramide alimentaire comme repère

Benedikt Würth, alors président de la CSEC-E, a été le moteur de la motion. Le conseiller aux Etats du Centre préside également l'association AOP-IGP, qui octroie aux spécialités traditionnelles suisses, principalement le fromage et la viande, un label de qualité protégé par la loi.

«Le motif de Benedikt Würth est très clair, l'AOP-IGP a peur que le Nutri-Score fasse baisser les ventes de ses produits», explique Sara Stalder. Les aliments traditionnels comme le gruyère et la saucisse à rôtir de Saint-Gall restent un atout important, selon elle.

«Mais que l'AOP-IGP s'oppose à montrer quelles sont les valeurs nutritives contenues dans ses produits, je ne trouve pas cela correct»
Sara Stalder
Benedikt Wuerth, Mitte-SG, spricht waehrend der Debatte im Staenderat, in der Herbstsession der Eidgenoessischen Raete, am Mittwoch, 20. September 2023, in Bern. (KEYSTONE/Peter Klaunzer)
Benedikt Würth, conseiller aux Etats du Centre.Image: keystone

Benedikt Würth, interpellé, répond avoir toujours déclaré ses liens d'intérêts. En effet, lors des débats au Conseil des Etats, le politicien du Centre a évoqué son mandat en toute transparence.

Il se félicite de la décision de Migros de ne pas poursuivre le Nutri-Score. Selon lui, l'approche de l'étiquetage nutritionnel est erronée, car elle se concentre uniquement sur le produit individuel. Lors de son intervention au Conseil des Etats, Benedikt Würth s'est prononcé en faveur de la pyramide alimentaire, connue de tous, comme étant l'instrument le plus important pour l'information des consommateurs.

«L'important est que la population se nourrisse de manière équilibrée. C'est le fondement de la pyramide alimentaire»
Benedikt Würth

Confronté à l'affirmation selon laquelle des produits comme le fromage et la viande se situent également en haut de la pyramide alimentaire et justifient donc l'indication du Nutri-Score, le politicien saint-gallois souligne l'importance de permettre l'accès à une alimentation saine.

Plus un produit est haut dans la pyramide, moins il faut en consommer.
Plus un produit est haut dans la pyramide, moins il faut en consommer.Image: Société Suisse de Nutrition SSN, Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires OSAV

Une anticipation absurde

Sara Stalder et Benedikt Würth défendent également des positions opposées en ce qui concerne la voie particulière de la Suisse par rapport à l'Union européenne (UE). En effet, cette dernière se demande actuellement si le Nutri-Score doit être rendu obligatoire dans ses pays membres. La décision est en suspens, notamment parce que certains Etats, dont l'Italie, s'y opposent fortement.

Sara Stalder s'irrite de la motion par laquelle le Parlement anticipe la décision de l'UE, ce qui est «absurde», selon elle. L'introduction obligatoire du Nutri-Score en Suisse n'est désormais plus d'actualité. C'est précisément pour anticiper une obligation que sa commission a lancé la motion, rétorque le conseiller aux Etats Benedikt Würth.

«La décision du Parlement le montre, la majorité ne veut pas que le Nutri-Score devienne obligatoire. La Suisse défend donc une position similaire à celle d'autres pays de l'UE, qui sont sceptiques ou opposés»

Même si l'on ne sait pas encore quand la décision sera prise, si l'UE devait déclarer le Nutri-Score obligatoire, cela pourrait devenir compliqué en Suisse. Sara Stalder explique:

«Les grands groupes alimentaires internationaux qui livrent également en Suisse devraient étiqueter leurs produits. En Suisse, les aliments importés auraient donc un Nutri-Score, mais pas les produits maison. Il en résulterait un véritable patchwork de réglementations, ce qui serait incompréhensible pour la clientèle.»

Migros serait également confrontée à des défis. «Si elle souhaite continuer à exploiter des magasins en Allemagne, elle devrait y utiliser le Nutri-Score». Benedikt Würth estime toutefois que l'étiquetage nutritionnel ne sera pas rendu obligatoire dans l'UE, «notamment en raison des doutes professionnels croissants concernant le Nutri-Score».

Traduit et adapté par Tanja Maeder

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source: calypso mahieu
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