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Jugé pour «apologie du terrorisme», il est invité à l'Uni de Genève

Omar Asloumi (médaillon). Arrière-plan: Université de Genève 13 mai 2024.
Omar Asloumi (médaillon). Arrière-plan: Université de Genève 13 mai 2024.image: afp/keystone

Bientôt jugé pour «apologie du terrorisme», il sera à l'Uni de Genève

Porte-parole du collectif «Urgence Palestine», Omar Alsoumi doit être jugé le 6 mai en France pour «apologie du terrorisme». Le 3 mars, à l'invitation du syndicat étudiant CUAE, il donnera, avec d'autres, une conférence à l'Université de Genève, a appris watson.
23.02.2026, 19:0423.02.2026, 21:14

Alors que la France, depuis la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque en marge d’une conférence de Rima Hassan à Science Po Lyon, paraît décidée à ne plus autoriser les événements universitaires avec des figures propalestiniennes controversées, l’Université de Genève accueillera, le 3 mars, une table ronde intitulée «La solidarité n’est pas un crime! Répression de la lutte pour la Palestine en Europe», a appris watson. Au moins l’un des participants, sous le coup d’une procédure judiciaire en France, présente un profil pouvant susciter la polémique.

«Propager le déluge d’Al-Aqsa»

Il s’agit d’Omar Alsoumi, porte-parole du collectif «Urgence Palestine». Né en France en 1982, des origines palestiniennes, il doit être jugé le 6 mai à Paris pour «apologie du terrorisme». La justice française lui reproche d’avoir, en novembre 2024, lors d’une manifestation parisienne en soutien à Gaza, appelé à «propager le déluge d’Al-Aqsa», nom de l’opération donné par les terroristes du Hamas pour qualifier les pogroms du 7 octobre 2023.

Par ailleurs, son collectif «Urgence Palestine», créé le 8 octobre, au lendemain des attaques contre Israël qui firent au moins 1160 morts dont une majorité de civils et qui menèrent à la prise en otage de 251 personnes, est sous le coup d’une procédure de dissolution entamée en 2025 par l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. La raison en est des «appels à la violence», notamment et à plusieurs reprises, à l’«intifada», le «soulèvement» en français.

Chez les Gazaouis, le bilan des victimes de plus de deux ans de bombardements israéliens s'élève à 73 000 morts, voire plus de 80 000, dont plus de 20 000 enfants, le nombre exact des combattants palestiniens tués à Gaza sur le total restant à déterminer.

«Israël n’a pas le droit de se défendre»

Début novembre 2023, rapporte Le Figaro, «Omar Alsoumi lance à une foule conquise: «Israël n’a pas le droit de se défendre», avant de comparer Israël à un «violeur» et le Hamas à une femme qui n’aurait fait que «griffer» son agresseur.

De leur côté, les partisans de la cause palestiniennes voient dans les procès intentés pour apologie du terrorisme des «procédures bâillons».

Omar Alsoumi, connu aussi sous le nom d'Omar Sumi, ou Somi, incarne cette génération propalestinienne évoluant entre islamisme et gauche révolutionnaire, ce qu'on appelle aussi l'islamo-gauchisme. Il a manifesté pour Gaza aux côtés des députés de la France insoumise Thomas Portes et Raphaël Arnault, le fondateur de la Jeune Garde, le collectif antifasciste dissous en 2025 pour violences et dont d’anciens membres sont soupçonnés d’être impliqués dans la mort de Quentin Deranque.

Interrogée sur la venue d’Omar Alsoumi à l’Université de Genève (Unige), celle-ci, par la voix de son service de presse, répond:

«L’événement est organisé par une association reconnue par l’UNIGE, la CUAE (réd: le syndicat étudiant, marqué à l’extrême gauche). Il a fait l’objet d’une demande de réservation déposée en bonne et due forme, qui a été examinée selon la procédure habituelle.»

L’UNIGE rappelle sa doctrine en vigueur valant pour l’accueil de figures controversées:

«L’Université est attachée aux principes de liberté académique, de liberté d’expression et de pluralisme des idées, qui constituent le fondement du débat universitaire. Elle n’exerce donc pas de veto a priori sur le contenu des événements, sous réserve du respect des lois en vigueur et des règles institutionnelles (…) Des propos ou actes qui contreviendraient à ce cadre ne seraient évidemment pas tolérés.»
Le service de presse de l'Unige

«Il y a une certaine lâcheté de l'UNIGE»

Les arguments de la direction universitaires ne convainquent pas cet observateur rattaché à l'UNIGE.

«Il y a une certaine lâcheté de l’Université de Genève à se dédouaner d’invitations faites à des personnalités susceptibles de constituer une menace à l’ordre public au nom de la liberté laissée aux associations étudiantes.»
Un collaborateur de l'Unige

Fin janvier, Omar Alsoumi a sorti un livre, Enfant de Palestine (éditions Les Liens qui libèrent), où «il aborde son parcours, l’histoire de ses parents, son rapport à la langue arabe, l’islam et la façon dont la lutte décoloniale peut s’articuler avec l’écologie ou le féminisme», rapporte le média de gauche radicale Politis dans un entretien avec l’auteur. Lequel affirme:

«En nous traitant de terroristes, certains nous rendent infréquentables»
Omar Alsoumi

Les soutiens d’Omar Alsoumi dénoncent un «acharnement répressif à son encontre».

Autrefois incarcéré en Israël

Parmi les conférenciers, outre Omar Alsoumi, il y aura Salah Hamouri, «militant et avocat franco-palestinien», autre grande figure de la cause palestinienne en France, déjà invité par le passé à l’Unige par la CUAE. En 2005, il est accusé par Israël de complot visant à tuer l’ancien grand-rabbin d'Israël et chef spirituel du parti religieux Shas. Il plaide coupable pour obtenir une réduction de peine mais clame son innocence en cours de détention.

Sorti de prison en 2011, incarcéré à nouveau, il est expulsé vers la France en 2022, sans possibilité de retour. Une expulsion condamnée par le ministère français des Affaires étrangères et qualifiée de «crime de guerre» par le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme.

Ces deux militants propalestiniens, Omar Alsoumi et Salah Hamouri, pourraient-ils aujourd’hui donner des conférences dans des universités françaises? Nora Bussigny, l’autrice de livre Les nouveaux antisémites, enquête d’une infiltrée dans les rangs de l’ultragauche (éditions Albin Michel, septembre 2025), ne le pense pas.

«Le terreau français est devenu trop inflammable et il n’est pas sûr que tous deux pourraient se rendre encore dans certaines universités belges, longtemps accueillantes pour les profils radicaux, à l'image de l'Université libre de Bruxelles, un temps investie par les islamistes.»
Nora Bussigny

Contactée par e-mail pour connaître sa position sur les reproches adressés par la justice française à Omar Alsoumi, la CUAE n’avait pas répondu au moment de la publication du présent article. A notre connaissance, la conférence du 3 mars n’a pas fait l’objet d’une demande de subvention à la commission ad-hoc de l’Unige, subvention couvrant notamment les frais de transport des invités.

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Video: watson
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