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Le journaliste Ali Abunimah arrêté en Suisse sera indemnisé

Accusé d'être un «islamiste antisémite», il sera indemnisé en Suisse

La cheffe de Fedpol a fait arrêter à Zurich un opposant à Israël. Il obtient aujourd’hui gain de cause devant la justice. Une affaire aux conséquences politiques.
06.03.2026, 16:2806.03.2026, 16:28
Andreas Maurer / ch media
Ali Abunimah
Ali Abunimah est un journaliste palestino-américain. Image: dr

Le journaliste de 54 ans Ali Abunimah diffuse ouvertement ses opinions sur X et son média Electronic Intifada. Il place «Israël» entre guillemets: pour lui, ce pays n’est pas un Etat légitime, mais un «régime terroriste sioniste». Ali Abuminah est favorable à «la solution à un Etat» binational.

Dans le conflit avec l’Iran, le binational américano-jordanien prend la défense d’Ali Khamenei, tué récemment: à ses yeux, il n’était pas un dictateur honni, mais un «dirigeant aimé par des millions de personnes». Il a également salué les frappes de missiles iraniennes contre Israël comme un «acte d’humanité».

Le chef de la police cantonale zurichoise avait qualifié les propos d’Abunimah de «discours de haine antisémite». Selon lui, ses arguments «légitiment des organisations terroristes ou des actions terroristes». Sur cette base, elle avait demandé il y a un an à l’Office fédéral de la police (Fedpol) de prononcer une interdiction d’entrée contre lui. Ali Abunimah devait intervenir à Zurich fin janvier 2025.

La cheffe de Fedpol a contourné ses propres juristes

Dans un premier temps, les juristes compétents de Fedpol avaient refusé d’imposer une interdiction d’entrée, faute de base légale suffisante. Le directeur de la sécurité du canton de Zurich, Mario Fehr, a ensuite exercé une pression politique.

Dans une déclaration à la Neue Zürcher Zeitung, il affirmait:

«Nous ne voulons pas en Suisse d’un islamiste antisémite appelant à la violence»

Le commandant de la police cantonale de Zurich est alors intervenu directement auprès de la cheffe de Fedpol de l’époque, Nicoletta della Valle. Celle-ci a annulé la décision de son administration et prononcé l’interdiction d’entrée. La police zurichoise a arrêté Ali Abunimah peu avant une conférence prévue dans un bâtiment occupé et l’a détenu pendant tout le week-end.

Devant la Commission de gestion du Conseil des Etats, la cheffe de la police a expliqué que les juristes de Fedpol maîtrisaient certes parfaitement les dossiers, mais «qu’ils ignoraient souvent les réalités des cantons concernés». En tant que directrice, elle affirmait disposer d’une «perspective plus large».

La Suisse devra verser une indemnisation importante

Le Tribunal administratif fédéral vient désormais de se prononcer sur l’interdiction d’entrée et l’a annulée rétroactivement. La police aurait dû démontrer concrètement quels messages en ligne étaient problématiques et en quoi Ali Abunimah constituait une menace pour la sécurité de la Suisse.

L’intéressé obtient ainsi de l’Etat une indemnité d’un peu moins de 9000 francs. Le jugement est définitif.

Il s’agit déjà de la deuxième victoire judiciaire d’Abunimah contre la Suisse. Le Tribunal administratif du canton de Zurich avait auparavant jugé sa détention illégale et lui avait accordé une indemnisation de 9500 francs.

Le Conseil fédéral serre la vis

Le Conseil fédéral s’est également penché sur l’affaire. Dans un rapport transmis cette semaine à la Commission de gestion, il critique la manière dont l’ancienne cheffe de Fedpol a agi et annonce un contrôle plus strict de la pratique en matière de décisions administratives.

A l’avenir, la police fédérale ne pourra plus prononcer seule des interdictions d’entrée visant des personnalités politiquement exposées: elle devra d’abord soumettre ces cas au ministre de la Justice, Beat Jans.

Bundesrat Beat Jans spricht am Parteitag der SP Schweiz, am Samstag, 28. Februar 2026, in Biel. (KEYSTONE/Peter Schneider)
Beat JansKeystone

Dans l’affaire du militant d’extrême droite Martin Sellner, Fedpol avait commis les mêmes erreurs. Là aussi, le Tribunal administratif fédéral avait annulé l’interdiction d’entrée. Les responsables politiques ont examiné ces deux cas conjointement.

Ali Abunimah porte plainte contre Nicoletta della Valle

Pour Ali Abunimah, l’affaire n’est pas close. Il a déposé une plainte contre Nicoletta della Valle pour abus d’autorité. Le Ministère public de la Confédération confirme avoir reçu la plainte. Celle-ci a toutefois peu de chances d’aboutir, l’ancienne cheffe de la police n’ayant vraisemblablement enfreint que des procédures internes.

La polémique autour de sa personne a néanmoins eu des conséquences. En novembre, des opposants à Israël ont brisé la vitrine de son café à Berne, qu’elle exploite depuis son départ de la Confédération dans le cadre de sa reconversion professionnelle. Auparavant, elle était apparue comme membre du conseil consultatif d’un fonds israélien d’armement.

Après des critiques, son nom a été retiré du site internet. Son établissement a été placé sous protection policière, rapportait le journal Der Bund. Selon elle, la situation s’est depuis calmée. Elle préfère toutefois éviter toute nouvelle déclaration afin de ne pas raviver les tensions. (trad. hun)

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