Suisse
Politique

Une partie de l'UDC souhaitait retirer l'initiative SSR

Blocher et d'autres UDC voulaient tuer l'initiative SSR avant le vote

L'initiative sur la redevance Serafe faisait débat au sein de l'UDC avant le scrutin. Son initiateur lui-même et Christoph Blocher souhaitaient son retrait des bulletins de vote.
16.03.2026, 12:0016.03.2026, 12:00
Francesco Benini

Le résultat – 62% de non – a été une véritable douche froide pour l’UDC début mars. Les électeurs ont clairement rejeté la proposition visant à réduire la redevance médias à 200 francs. Depuis, un jeu de reproches s’est enclenché au sein du parti. Au centre des accusations: les conseillers nationaux UDC Thomas Matter et Gregor Rutz.

L’hebdomadaire Weltwoche écrit que l’initiative de réduction de la redevance aurait été contestée au sein de la direction de l’UDC. En décembre encore, le parti aurait envisagé de retirer l’initiative. Mais le délai pour un retrait était depuis longtemps expiré et la campagne pour le non avait déjà commencé.

Le conseiller national UDC Thomas Matter, initiateur du projet visant à réduire de moitié la redevance, plaide en faveur d'une baisse de la redevance SSR.
Le conseiller national UDC Thomas Matter était l'initiateur de «200 francs, ça suffit».Image: Keystone

Un élément est avéré: début octobre 2025, Thomas Matter a effectivement plaidé, au sein de l’organe de direction du comité du oui, pour mettre fin à l’opération. Et information importante, il était lui-même l’initiateur de l’initiative. En public, il répétait dans tous les médias que la redevance devait être ramenée à 200 francs. En interne, il militait pourtant pour enterrer l’initiative populaire correspondante. Pourquoi?

Matter invoquait le contre-projet présenté par le conseiller fédéral UDC Albert Rösti. Avec la baisse de la redevance de 335 à 300 francs, quelque chose avait déjà été obtenu, estimait-il. Cela aurait permis de justifier un retrait de l’initiative. Thomas Matter exprimait également des doutes quant à la capacité de convaincre le corps électoral de voter oui.

L’Union suisse des arts et métiers opposée à un retrait

Le conseiller national UDC Gregor Rutz était d’un tout autre avis. Selon lui, il était bien trop tard pour interrompre la démarche. Rösti avait présenté son contre-projet en juin 2024. Après cela, certains initiants espéraient que le Parlement fédéral adopterait une proposition alternative un peu plus ambitieuse. Mais aucun accord n’a finalement été trouvé.

Thomas Matter voulait retirer l’initiative; Gregor Rutz s’y opposait. Au sein du comité directeur du camp du oui, l’Union suisse des arts et métiers (Usam) s’est rangée du côté de Gregor Rutz. Le conseiller aux Etats Fabio Regazzi, président de l’Usam, explique:

«A l’automne, nous étions fondamentalement opposés à un retrait de l’initiative, car nous estimions que l’allègement prévu par le conseiller fédéral Rösti pour les entreprises était insuffisant. Mais nous n’aurions certainement pas mené seuls la campagne référendaire.»

Gregor Rutz faisait également remarquer en interne que les médias risquaient d’apprendre l’existence de divergences au sein du comité. Rien que cela constituait, selon lui, un argument contre un retrait de l’initiative.

Les partisans de l’initiative n’ont lancé leur campagne qu’en janvier, soit un mois entier après leurs adversaires. Dès le départ, ils ont donné l’impression d’avancer avec retenue, et la recherche de soutiens financiers progressait lentement. L’impression s’est ainsi installée que l’UDC défendait l’initiative sans grande conviction. On découvre aujourd’hui que le directeur de campagne avait voulu abandonner le projet trois mois plus tôt.

Le revers subi par l’UDC fait désormais réagir aussi Christoph Blocher, figure tutélaire du parti. Dans l’émission Tele Blocher, il souligne qu’il n’avait pas été impliqué dans les organes décisionnels concernés. Selon lui, la proposition d'Albert Rösti aurait toutefois constitué l’occasion idéale de retirer l’initiative:

«J’aurais été favorable à un retrait»
Alt-Bundesrat Christoph Blocher spricht waehrend einer Medienkonferenz zur Vernehmlassung von Pro Schweiz zum EU-Vertragspaket, am Montag, 27. Oktober 2025 in Bern. (KEYSTONE/Peter Klaunzer)
Ancien conseiller fédéral, Christoph Blocher est toujours très influent dans l'UDC. Keystone

L’ancien conseiller fédéral se range ainsi du côté de Thomas Matter. A leurs yeux, l’humiliation aurait pu être évitée si le parti avait décidé d’abandonner l’initiative.

La votation sur la SSR ravive la combativité de la gauche

La Weltwoche, média idéologiquement proche de l’UDC, désigne Gregor Rutz comme bouc émissaire: son attachement à l’initiative de réduction de la redevance aurait eu pour dommage collatéral l’acceptation de l’imposition individuelle, l’initiative sur la SSR ayant mobilisé l’électorat rouge-vert dans les villes.

Le politogéographe Michael Hermann juge toutefois cette interprétation «totalement infondée». La participation a en effet dépassé d’environ dix points la moyenne, aussi bien en ville qu’à la campagne.

Le conseiller national socialiste Jon Pult se montre néanmoins satisfait de la réaction des sympathisants de son parti face au projet concernant la SSR:

«Dimanche dernier, la Suisse progressiste a démontré sa capacité de mobilisation. Nous voulons refaire la même chose en juin.»

La prochaine votation portera sur l’immigration, un thème central pour l’UDC.

Selon certains experts, en maintenant l’initiative sur la SSR, le parti agrarien aurait réveillé l’esprit combatif de ses adversaires — y compris en vue d’affrontements politiques jugés plus importants. (trad. hun)

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