Taxer les riches? «Resservir les mêmes plats, ça ne fonctionne pas»
L'initiative des Jeunes socialistes «pour l'avenir», qui voulait taxer les héritages de plus de 50 millions à hauteur de 50%, est un échec cuisant. Aucun canton ne l'a accepté.
Même les villes les plus à gauche n'en veulent pas: Lausanne la refuse à 52%, La Chaux-de-Fonds à 62%. Berne, qui l'accepte à 50,8%, sauve l'honneur des Jeunes socialistes.
Une «victoire d'étape» pour la «JuSo»
«Cette campagne était inégale depuis l'origine», explique à watson Julien Berthod, vice-président des Jeunes socialistes, qui se dit «malheureusement pas surpris du résultat». «Des millions de francs ont été en avant par les ultra-riches, les grandes entreprises, Economiesuisse, Swissmem, le PLR», dénonce-t-il.
Mais il se félicite d'une «victoire d'étape», d'avoir pu faire passer un message «dans la rue et sur les réseaux sociaux» ainsi que d'avoir renforcé les rangs de la Jeunesse socialiste, «un parti de jeunesse qui a su tenir tête aux grands partis de droite». Il rappelle aussi l'urgence de la crise climatique.
Il n'empêche, un tel refus aussi net, notamment dans des villes qui votent d'habitude fortement à gauche, n'est-il pas le signe que l'initiative était mal ficelée? «On espérait des victoires dans certaines villes», reconnaît Julien Berthod, et d'ajouter:
Il point aussi du doigt les médias — nous — qui aurions fait pencher le résultat en la défaveur de l'initiative, citant le service de monitoring de l'Université de Zurich, qui indique que «l'initiative pour l'avenir» a été traitée de manière globalement négative.
Usam contre
De son côté, le vice-président de l'Union suisse des arts et métiers (Usam) et membre du comité patronal contre l'initiative, Pierre-Daniel Senn, indique avoir été «convaincu du refus» depuis le début, «car cette initiative avait beaucoup de lacunes». Un score aussi clair est toutefois «au-delà de nos attentes».
Pour le Neuchâtelois, revenir avec un projet de taxation pour les héritages alors que la précédente initiative de 2015 — qui visait à imposer les successions de plus de deux millions à 20% — avait déjà été refusée à 71%, n'avait pas de sens. «Le seuil était différent, mais l'idée était la même», analyse-t-il.
Jean-Daniel Senn estime que le refus à l'Assemblée nationale française de la taxe Zucman allait dans le même sens. «Un bon impôt doit avoir une assiette aussi large que possible», explique-t-il, estimant que «toucher toute une catégorie de gens, cela est stigmatisant et les votants n'aiment pas ça».
Pour le n°2 de l'Usam, l'impôt sur la fortune présent en Suisse, «assez conséquent», explique aussi l'échec des tentatives d'imposition des successions. Pour rappel, il est de 1%. «Prenez une personne qui hérite à 20 ans et décède à 70 ans: elle aura déjà perdu 50% de son héritage», dit-il.
