«Suisse à 10 millions»: Voici combien de travailleurs manqueront
En Suisse, le nombre de personnes de plus de 65 ans a dépassé l’an dernier pour la première fois celui des moins de 20 ans. Le nombre de naissances a reculé pour la quatrième année consécutive; le taux de natalité a atteint un plus bas historique, avec 1,28 enfant par femme.
C’est ce qu’indique l’étude scientifique Moins d’immigration, moins de main-d’œuvre?, financée en partie par le Parti socialiste (PS), du centre de compétences en démographie «Demografik». Celui-ci en tire la conclusion suivante:
Et le vieillissement de la société va continuer de s’accentuer ces prochaines années. Aujourd’hui déjà, on compte 33 retraités pour 100 personnes actives. Selon le scénario de référence de la Confédération, ce ratio passera à 45 retraités pour 100 actifs d’ici à 2055, avec une immigration non pilotée.
Si le 14 juin le peuple accepte l’initiative contre une Suisse à 10 millions d’habitants et que la Confédération réduit ensuite l’immigration, moins de personnes en âge de travailler devraient donc immigrer. Cela entraînera des lacunes encore plus importantes dans la prise en charge des retraités, tant sur le plan financier, dans l’assurance-vieillesse et survivants (AVS), que dans l’encadrement.
Selon la manière dont l’initiative sera mise en œuvre, le rapport passera dans toute la Suisse à 48 retraités pour 100 personnes actives d’ici à 2055. Cela semble être une faible différence par rapport au scénario de référence, mais c’est une aggravation supplémentaire dans une situation déjà difficile.
Le scénario express de l’UDC arrivera avant 2030
L’évolution de la structure par âge n’est qu’une des questions examinées par l’équipe dirigée par le responsable de l’étude, Manuel Buchmann. L’autre est la suivante: comment le marché du travail évoluera-t-il en Suisse et dans les cantons après l’acceptation de l’initiative des 10 millions?
Les démographes sont partis de trois scénarios hypothétiques.
- L’initiative entre en application lorsque la population atteint 9,5 millions d’habitants, vraisemblablement à partir de 2032.
- La Confédération intervient lorsque la population atteint 10 millions d’habitants, vraisemblablement en 2042.
- Après un oui du peuple, l’immigration est plafonnée dès 2027 à un solde net de 40 000 personnes, comme le préconisent actuellement des représentants de l’UDC.
Dans le rapport, ces variantes sont comparées au scénario de référence de la Confédération, qui repose sur une immigration non pilotée. Celui-ci prévoit que le cap des 10 millions d’habitants sera atteint en 2041 et que la population continuera d’augmenter pour atteindre environ 10,4 millions d’habitants en 2055.
Pour la prospérité économique du pays, le groupe des personnes actives âgées de 20 à 64 ans revêt un intérêt particulier. Dans l’étude, elles sont exprimées en équivalents plein temps: les taux d’occupation de toutes les personnes actives sont donc convertis en postes à plein temps.
Le résultat est clair, l’initiative pour une Suisse à 10 millions raréfierait massivement l’offre de main-d’œuvre, plus ou moins tôt selon la variante. Et cela s’ajoute au recul déjà attendu en raison du faible nombre de naissances et des nombreux départs à la retraite.
- Dans la variante 1, avec le seuil de 9,5 millions, le nombre d’actifs est déjà inférieur de 87 000 postes à plein temps en 2035 par rapport au scénario de référence; en 2040, la perte serait de 178 000 et, en 2050, de 329 000 équivalents plein temps.
- La variante 2, qui ne s’applique qu’à partir de 10 millions d’habitants, frapperait le marché du travail plus tard. Ici, il ne faudrait s’attendre qu’en 2050 à une perte de 240 000 équivalents plein temps par rapport au scénario de la Confédération sans plafond migratoire.
- La variante 3, le scénario express de l’UDC à partir de 2027, déploie ses effets dès 2030. En 2035, l’écart avec le scénario fédéral est de 117 000 en moins, en 2040 de 146 000 en moins et en 2050 de 245 000 en moins.
L’auteur de l’étude, Manuel Buchmann, dit:
Il est certes dans l’objectif de l’initiative de limiter la population. Mais les chiffres montrent désormais pour la première fois qu’il est difficile d’y parvenir sans priver l’économie d’un grand nombre de travailleurs. Et cela, notamment, dans les importants centres financiers et économiques.
Genève et Bâle-Ville enregistreraient des pertes relatives de main-d’œuvre allant jusqu’à 9%. Mais aucun autre canton n’en sortirait indemne non plus.
Les soins et l’artisanat seront particulièrement touchés
Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour l’entrepreneur, la directrice d’hôpital ou la manager? Manuel Buchmann explique:
Par exemple dans les soins, la restauration, l’artisanat ou la construction.
Les frontaliers ne sont pas inclus, précise Manuel Buchmann, qui travaille aussi comme chargé de cours à l’Université de Bâle. D’un côté, il est possible que les employeurs se tournent davantage vers les frontaliers.
De l’autre, on ne sait pas clairement quels obstacles administratifs supplémentaires apparaîtraient après une éventuelle disparition de la libre circulation des personnes. (adapt. dal)
