Même les alliés de l'UDC redoutent son initiative
L’initiative «des 10 millions» lancée par l’UDC s’apparente à une collision frontale avec l’Union européenne (UE). Elle vise à limiter la population résidente de la Suisse à moins de 10 millions d’habitants d’ici à 2050. Quitte, si nécessaire, à dénoncer l’accord de libre circulation des personnes avec l’UE. Après l’initiative contre l’immigration de masse de 2014, le parti opère ainsi une nouvelle offensive majeure pour redéfinir la politique migratoire du pays.
Le contenu du texte n’est pas le seul élément chaud: le calendrier l’est également. Organisée après la conclusion des négociations sur de nouveaux accords bilatéraux, la votation testera l’état des relations entre la Suisse et l’UE.
Et pourtant, dans la campagne autour de cette initiative – également appelée «initiative pour la durabilité» –, plusieurs organisations critiques à l’égard de l’UE font preuve d’une retenue remarquable.
A la mi-avril, les entrepreneuses Sara Hürlimann, Karin Faes et Phyllis Scholl ont lancé un nouveau réseau opposé aux accords européens. Baptisé «Her Voice», il entend mobiliser les femmes contre l’Europe. Mais interrogées par nos soins, aucune des trois fondatrices n’a voulu dire si elle voterait oui ou non le 14 juin. Karin Faes déclarait:
Et Phyllis Scholl d’ajouter: «Nous parlons peu de migration, car c’est un sujet délicat». Deux phrases qui résument bien l’état d’esprit des opposants à l’UE en dehors de l’UDC.
Silence chez les eurosceptiques
Hans-Jörg Bertschi, président du conseil d’administration d’une entreprise de transport active à l’international et coprésident d’Autonomiesuisse, une association d’acteurs économiques opposés aux accords avec l’UE, refuse lui aussi de se prononcer publiquement. Il déclare:
Il en est toutefois convaincu: la Suisse a besoin de l’immigration, mais doit pouvoir la gérer de manière autonome. Il laisse transparaître une position personnelle: «Si la Suisse dit non à l’initiative de l’UDC et non aux accords avec l’UE, cela me convient».
Même réserve du côté de l’association «Boussole/Europe», pourtant habituellement très active contre les accords européens, autour du milliardaire Alfred Gantner. Dans le débat actuel, l'organisation se montre étonnamment silencieuse. Son directeur, Philipp Erzinger, indique:
Un débat déjà en cours, appelé à s’intensifier avec l’ouverture des discussions parlementaires dans le courant de l’année.
Les agriculteurs aussi embarrassés par l'UDC
La raison de cette discrétion est évidente sur le fond: pour les milieux économiques dépendants de la libre circulation, l’initiative prend la mauvaise direction. Leur critique vise l’ancrage institutionnel avec l’Europe, pas la migration en tant que telle.
Des considérations tactiques entrent aussi en jeu. Une grande partie de la base de ces organisations est composée de membres du PLR et de l’UDC, deux partis qui s’opposent frontalement lors de la votation du 14 juin. Le PLR mène campagne sous le slogan «Non à l’initiative du chaos» contre le texte de l’UDC. En restant en retrait, les eurosceptiques cherchent à éviter d’accentuer les divisions internes.
L’Union suisse des paysans se trouve dans une situation comparable. Si certaines sections cantonales influentes, comme Berne ou Zurich, soutiennent l’initiative de l’UDC, l’organisation faîtière a décidé de laisser la liberté de vote. La résistance des agriculteurs romands, opposés au texte, a pesé lourd, d’autant que l’agriculture suisse emploie environ 35 000 travailleurs issus de l’UE.
Enfin, même au sein de l’UDC, une voix de poids s’élève contre l’initiative: le milliardaire du rail et ancien conseiller national UDC Peter Spuhler a annoncé qu’il voterait non, une position qu’il a assumée publiquement sur la chaîne alémanique SRF. (adapt. tam)
