La RTS retrace un scandale suisse à plusieurs centaines de millions
Nous sommes en 2020 quand le média Heidi.News sort un format long – dix épisodes – consacré à la rocambolesque affaire qui oppose l'oligarque russe Dmitri Rybolovlev au marchand d'art genevois Yves Bouvier.
L'histoire, digne d'un thriller, a fait de l'œil au réalisateur danois Andreas Dalsgaard et, en 2026, la série documentaire The Oligarch and the Art Dealer voit le jour. Elle a été diffusée au festival Visions du Réel à Nyon, a ouvert la compétition documentaire à Cannes Series et a été primée par la presse internationale, notamment The Hollywood Reporter et Variety. Elle sera disponible sur la RTS le 7 mai. Les trois épisodes donnent la parole à Yves Bouvier, qui souhaite «rétablir la vérité», écrit Le Temps.
Découvrez la bande-annonce:
Ce qu'il s'est passé
On vous rappelle l'affaire. Au début des années 2000, l'oligarque russe Dmitri Rybolovlev rencontre le marchand d'art genevois Yves Bouvier dans les ports francs de Genève. Le premier souhaite s'offrir un Chagall, retrace Le Temps, dans le but de «se constituer une collection d'art».
Par la suite, Yves Bouvier sera accusé d'avoir acheté les œuvres avant de les revendre beaucoup plus cher à Dmitri Rybolovlev. Sa marge est estimée à 486,79 millions de francs, selon les chiffres retenus par les autorités fiscales suisses.
Une information secrète dévoilée
C'est le 31 décembre 2014 que les choses basculent entre les deux hommes. Dmitri Rybolovlev fait la rencontre, lors d'un dîner sur l'île de Saint-Barthélemy, d'un marchand d'art américain: Sanford Heller, décrit par le Financial Times comme le «conseiller en art le plus puissant du monde».
Durant la soirée, le New Yorkais dévoilera une information qui doit, normalement, rester secrète dans le monde de l'art: le prix d'une œuvre – d'un Modigliani en l'occurence – qu'Yves Bouvier aurait payé 96 millions de dollars. Dmitri Rybolovlev l'a, quant à lui, achetée 118 millions. «Cette confortable marge lui restera en travers de la gorge», explique Heidi.News. Selon les experts consultés par le média romand: «Personne ne va révéler le prix d'un tableau par hasard. Heller avait un plan très clair en tête.» Le plan en question?
Le lendemain, Dmitri Rybolovlev convoque Sanford Heller dans un hôtel: il souhaite avoir son avis sur sa collection d'art. Verdict? A part quelques rares chefs-d'œuvre, la majorité des tableaux seraient «de qualité moyenne, moyenne supérieure», selon les dires de l'Américain.
Dans la foulée, l'oligarque dépose plainte contre Yves Bouvier et signe un contrat avec Sanford Heller. Le New-Yorkais fournira désormais des «services de conseil» et évaluera la collection constituée jusqu'à présent.
Procédures classées
En janvier 2024, Dmitri Rybolovlev perd le procès contre la maison de vente Sotheby's, qu'il accusait d'avoir aidé Yves Bouvier à gonfler le prix de plusieurs œuvres.
Le marchand d'art genevois a toujours nié toute malversation. Les deux hommes ont néanmoins «conclu un accord à l'amiable» fin 2023 à Genève. Par deux fois, soit en 2021, puis en 2023, le Ministère public genevois a classé la procédure, en soulignant systématiquement qu'aucun élément permettant de retenir des soupçons suffisants à l'encontre d'Yves Bouvier. (ag)
L'article (réd: dans sa version publiée le 1er mai) soutient tout d'abord que je serais devenu le «conseiller» de Monsieur Dimitriy Rybolovlev, et que j'aurais été «par la suite accusé d'avoir acheté les œuvres avant de les [lui] revendre beaucoup plus cher», en dégageant une marge «estimée à 1 milliard d'euros». En réalité, tous les contrats concernant les œuvres d'art en question conclus étaient des contrats de vente. Je n'ai jamais été ni l'agent, ni le conseiller de Monsieur Dimitriy Rybolovlev. Le profit réalisé par les ventes, que ·vous chiffrez à «1 milliard d'euros», se monte en réalité à CHF 486,79 millions, selon les chiffres retenus par les autorités fiscales suisses.
La dernière partie de l'article, sous intertitre «Affaire close», indique, sans plus de précisions, que «d'autres procès [me visant] ont eu lieu aux quatre coins du monde: Monaco, New York, Hong Kong ou encore la Suisse». S'il est rappelé que j'ai «toujours nié toute malversation», et que Monsieur Rybolovlev et moi-même avons conclu «un accord à l'amiable», ce qui est correct, il est ensuite prétendu que c'est l'accord précité qui aurait permis au ministère public genevois de «clore le dernier différend sur cette affaire». En réalité, la procédure pénale me visant a été définitivement classée le 6 décembre 2023 par le Ministère public genevois, après l'avoir été une première fois le 15 septembre 2021, le Parquet soulignant par deux fois que l'instruction n'avait apporté «aucun élément permettant de retenir des soupçons suffisants à l'encontre des prévenus».
Quant à la procédure pénale intentée à Monaco à mon l'endroit, elle a, quant à elle, été annulée par la Cour d'Appel de Monaco le 12 décembre 2019, annulation confirmée définitivement par la Cour de Révision de Monaco le 8 juillet 2020.
