Pourquoi ce clip romand avec un canari dérange
C'est l'histoire d'un canari qui lutte contre la haine et qui fait face aux méchants corbeaux qui le traitent d'agent du Mossad. Cette semaine, la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) a présenté un dessin animé avec comme animatrice et voix off Sophia Aram, humoriste et comédienne française, connue pour ses prises de position engagées.
Au cœur du clip, un canari qui se fait harceler par des corbeaux médisants. Cette histoire racontée sous forme de fable n'a pas du tout plu à Mauro Poggia, conseiller aux Etats genevois qui dénonce la vision simpliste et binaire de l'association.
Voici le clip en question 👇
«Je me suis dit, c'est quoi ce binz?», rit jaune le conseiller aux Etats Mauro Poggia. Au delà du «manque d'originalité de cette vidéo» selon le conseiller aux Etats genevois, «la Cicad se présente comme le seul élément brillant et clair dans cette période sombre, c'est consternant».
Ce qui déplait à Mauro Poggia? Donner une image qu'il estime «complètement fausse» de l'organisation. «Ce n'est pas une association qui combat la discrimination dans son ensemble et elle ne peut pas se donner cette image de défense des opprimés envers et contre tous». Il ajoute aussi qu'il lui a fallu effectuer une pause dans le visionnage du dessin animé pour identifier l'image de la mine romande qui y figure.
«La Cicad se positionne toujours en victime face aux critiques de tous bords. Pour elle, nous sommes les corbeaux qui l'attaquent en permanence», note Mauro Poggia. Le post Linkedin du conseiller aux Etats critiquant la vidéo a fait aussi réagir l'écrivain Quentin Mouron qui juge le dessin animé de la Cicad comme étant «profondément ridicule».
L'écrivain, qui se défend de «toutes accointances politiques avec le MCG», le rejoint toutefois sur la critique du dessin animé. «Cette opposition entre les gentils et les méchants est une rhétorique que la Cicad utilise de manière répétitive».
La Cicad voulait rappeler ses combats
Ces critiques «n'étonnent pas le moins du monde» le secrétaire général de la Cicad, Johanne Gurfinkiel qui ne souhaite pas s'étendre sur les arguments «des éternels détracteurs de notre travail». Il explique que le dessin animé produit il y a plusieurs mois et qui a été diffusé en avant-première au Salon du livre de Genève a été imaginé «sur un ton ludique, et humoristique, tout en gardant une idée d'un éveil».
A la critique de Mauro Poggia de la vidéo, Johanne Gurfinkiel, secrétaire général Cicad répond qu'il voulait «mettre en exergue les attaques quotidiennes auxquelles l'association et lui-même sont confrontés et rappeler le rôle que celle-ci joue dans la société». Interrogé sur le sens de la mine romande qui y figure, Johanne Gurfinkiel explique:
Le gentil canari joue le rôle de «lanceur d'alerte» selon le secrétaire général de la Cicad. «Notre objectif est de continuer d'être le canari dans la mine face à la radicalité des acteurs de haine.»
Une vidéo réussie ou non?
Il est clair que Mauro Poggia et Johanne Gurfinkiel ne se mettront pas d'accord sur le fond ni sur la forme de cette vidéo, mais qu'en pense un expert en relations publiques? Watson a contacté Romain Pittet, spécialiste en relations publiques qui n'a pas d'avis tranché sur le sujet. «La forme interroge, c'est le moins qu'on puisse dire, mais elle n'est pas inintéressante, car elle permet de dédramatiser un peu le sujet», note-t-il.
Romain Pittet explique que le dessin animé permet de replacer les valeurs portées par la Cicad pour ceux qui ne connaissent pas l'association, ce qui en soit est «tout à fait compréhensible», cependant, il s'interroge sur le fond du message. Le spécialiste en relations publiques explique qu'il a dû consulter le site de la Cicad pour savoir ce que l'association faisait exactement.
Le spécialiste ajoute que l'image du canari seul dans la mine romande donne l'impression que «la Cicad est la seule association à lutter contre les discriminations». Concernant le côté binaire de la publicité, Romain Pittet note qu'il est tout à fait compréhensible «qu'une association de cet ordre veuille avoir un message clair et polarisé».
Mais cette vidéo est-elle vraiment réussie? Ne souhaitant pas distribuer les bons et les mauvais points, le spécialiste en relations publiques précise toutefois qu'en communication, il est important «d'avoir un discours spécifique, appelé Unique Selling Proposal ou proposition unique de vente qui distingue une marque de ces concurrents», ce qui n'est pas le cas dans cette vidéo note-t-il.
Au bout du compte, cette vidéo générique reste floue, selon le spécialiste, mais selon lui, ce n'est pas une mauvaise stratégie pour autant. «Les critiques n'apprécieront pas l'image qu'elle renvoie et seront confortés dans leur idée et le public qui ne connaît pas l'association sera rassuré de savoir qu'elle lutte contre les discriminations. Vous en avez donc pour tous les goûts».
