Ce geste banal peut détruire la vie d’un bébé
Georg Staubli est pédiatre, chef du service des urgences de l'hôpital pour enfants de Zurich. Il travaille depuis 2003 pour le groupe de protection de l’enfance, qu'il dirige depuis 2014. Il répond à six questions essentielles et s'adresse aux parents de bébés qui pleurent beaucoup.
Pourquoi est-il si dangereux de secouer un bébé?
Un nouveau-né a besoin d’une protection particulière. Pendant les 12 premiers mois, les muscles de la nuque ne sont pas encore suffisamment développés pour soutenir la tête. Si un bébé est secoué rapidement d’avant en arrière, son cerveau bouge à l’intérieur du crâne, car il n’est pas fixé.
Cela provoque la rupture de vaisseaux sanguins, des hémorragies et la destruction de cellules nerveuses. Cela peut être mortel pour le bébé. Et même s’il survivent, environ un tiers des «bébés secoués» subissent des lésions neurologiques graves et un autre tiers des lésions légères. C’est pourquoi il ne faut jamais secouer un bébé.
A quelle fréquence cela se produit-il?
«Dans le domaine de la maltraitance infantile, le syndrome du bébé secoué est la cause de décès la plus fréquente chez les nourrissons», explique Georg Staubli. Son expérience remonte à l’époque où le grand public a pris conscience pour la première fois de la dangerosité des secousses infligées aux enfants en bas âge.
En décembre 2001, le célèbre alpiniste Erhard Loretan a mortellement secoué son fils de sept mois qui pleurait. Après cette tragédie, le Fribourgeois, troisième alpiniste au monde à avoir gravi tous les sommets de plus de 8000 mètres, a publiquement mis en garde les autres parents. Un tribunal l’a condamné à quatre mois de prison pour homicide par négligence.
Par la suite, la fréquence de tels incidents a fait l’objet d’une enquête nationale: dans le cadre d’un suivi mené entre 2002 et 2007, les hôpitaux suisses ont recensé 50 bébés présentant un traumatisme crânien provoqué par des secousses, dont huit sont décédés. Staubli explique que le nombre de cas aurait entre-temps diminué grâce aux campagnes de prévention.
Aujourd’hui, cependant, il manque une vue d’ensemble au niveau national, car les hôpitaux communiquent des chiffres individuellement. Mais ceux-ci montrent que le problème reste d'actualité. Ainsi, l'hôpital pédiatrique de Zurich a enregistré l'année dernière onze cas de traumatismes, soit plus que les années précédentes, où quatre à sept bébés étaient touchés chaque année. Le nombre de cas a été aussi élevé qu'en 2025 pour la dernière fois en 2019 (10) et en 2020 (9).
Pourquoi y a-t-il des cas de «bébés secoués»?
Parce que les parents et les personnes qui s'occupent des enfants ne sont pas conscients des dangers et réagissent de manière inappropriée dans une situation exceptionnelle. Dans une affaire jugée actuellement devant le Tribunal fédéral, c'est un problème médical qui a poussé une nounou à secouer un nourrisson.
Ces cas surviennent le plus souvent lorsque quelqu'un veut que le bébé arrête de pleurer. Staubli explique:
En général, les personnes responsables ont peu d’expérience avec les nourrissons ou ne connaissent pas assez bien l’enfant en question, comme c’est le cas par exemple d’une nounou. Selon Staubli, toutes les tranches d’âge sont concernées. Les trois quarts des auteurs sont des hommes. La raison: «Les pères ont tendance à s’occuper moins des jeunes enfants que leurs femmes.»
Qui sont les bébés concernés?
A l’hôpital pour enfants de Zurich, les «bébés secoués» ont en moyenne cinq mois. Cela s’explique par le fait que les nourrissons à partir de trois mois environ pleurent davantage, explique Staubli. En pourcentage, les garçons sont plus touchés que les filles. «Parce que les nourrissons de sexe masculin pleurent plus souvent que ceux de sexe féminin», explique le médecin-chef.
On estime que 10 à 20% des bébés âgés de trois mois sont considérés comme des bébés qui pleurent beaucoup. Ils pleurent au moins trois heures par jour et trois jours par semaine pendant trois semaines. Cela peut être déclenché par divers facteurs, tels qu’une surstimulation ou un trouble de la régulation d’origine neurologique.
Que faire lorsqu'un bébé vous met les nerfs à vif?
Diverses techniques peuvent aider à calmer un bébé qui pleure: le bercer doucement dans vos bras, lui faire écouter de la musique douce, obscurcir la pièce, lui proposer une tétine. Mais parfois, rien n’y fait.
Si l'on commence à perdre patience à un moment donné, Staubli recommande de sortir prendre l'air pendant dix minutes et de laisser l'enfant pleurer. Bien sûr, il faut pour cela allonger le nourrisson dans un lit pour bébé ou derrière une barrière de sécurité.
A qui les parents peuvent-ils s'adresser?
Souvent, les parents n’osent pas admettre qu’ils sont épuisés à cause de leur enfant. «Or, il ne faut pas avoir honte», dit Staubli. « Il n'y a pas que les bébés qui pleurent beaucoup, c'est le cas de pratiquement tous les jeunes enfants qui, à un moment ou à un autre, empêchent leurs parents de dormir et les rendent fous.»
Il est important de demander une aide extérieure. Par exemple, en demandant à un ami ou à un proche, avant le week-end, de venir vous relayer pendant deux heures. Ou en s’adressant au pédiatre, à des services de conseil parental ou à des hôpitaux pédiatriques. Ceux-ci proposent des consultations spécialisées pour mieux appréhender le problème des bébés qui pleurent beaucoup. En revanche, si un nourrisson présente un problème médical aigu, il faut composer le numéro d’urgence 144. (trad.: mrs)
