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Soins à domicile en Suisse: Spitex tire la sonnette d'alarme

An employee of Spitex (division Thun) measures a client's blood pressure und pulse, at his home in Thun, in the Canton of Bern, Switzerland, on September 16, 2019. (KEYSTONE/Gaetan Bally)

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La demande en soins à domicile augmente avec le vieillissement de la population.Image: KEYSTONE

Soins à domicile en Suisse: «Cette pratique n’est pas admissible»

Certains prestataires de soins à domicile abusent du système et ternissent l’image de toute la branche. Les responsables de l’association des Spitex privées réclament des règles plus claires.
17.04.2026, 18:5517.04.2026, 18:55
Anna Wanner / ch media

Les coûts des soins ambulatoires augmentent de manière disproportionnée depuis trois ans. En 2025, ils ont encore progressé de 13%. L’un des principaux moteurs de cette hausse, c'est un nouveau modèle d’affaires: des organisations emploient des proches aidants et facturent des montants élevés. Résultat: une explosion des coûts qui inquiète les milieux politiques – et irrite aussi la branche. La vice-présidente Katharina Hadorn et la directrice Christine Haenni de l’association des Spitex privées (ASPS) prennent position.

Le Parlement fédéral veut encadrer plus strictement le secteur. Est-ce compréhensible?
Katharina Hadorn: Oui, tout à fait. Nous réclamons depuis des années des règles claires.

Pourquoi?
Hadorn: Il manque une différenciation des prestations depuis que le Tribunal fédéral a décidé, en 2019, que les proches pouvaient, eux aussi, facturer des soins via l’assurance maladie. Cela a fait apparaître une nouvelle offre, classée au même niveau que les prestations classiques des aides ambulatoires privées – alors que la structure des coûts est différente.

Geschäftsleiterin Christine Haenni (links) und Vizepräsidentin Katharina Hadorn vom Verband der Privatspitex fordern seit drei Jahren schärfere Regeln für Angehörigenpflege.
Christine Haenni et Katharina Hadorn, de l'Association des services d'aide à domicile privés, réclament depuis trois ans un renforcement de la réglementation sur la prise en charge des proches.Image: Severin bigler

Faut-il renoncer à rémunérer les proches aidants?
Christine Haenni: Non. Leur soutien est indispensable. Avec le vieillissement de la population, les besoins augmentent même. Parallèlement, la politique veut favoriser les soins ambulatoires, «l’ambulatoire avant le stationnaire». Les gens ont besoin de davantage de soins à domicile, alors même que nous manquons de personnel qualifié.

Les proches peuvent-ils combler ce manque?
Haenni:
Ils jouent un rôle essentiel. Personne ne conteste qu’ils doivent être rémunérés. Beaucoup renoncent à un revenu pour s’occuper d’un proche.

Le Parlement a transmis une motion de Thomas Rechsteiner, conseiller national centriste, qui prévoit une indemnisation des proches seulement à titre exceptionnel.
Hadorn:
Monsieur Rechsteiner a lui-même nuancé cette position lors d’échanges parlementaires. Il souhaite réguler le secteur, mais les soins prodigués par les proches doivent rester un pilier de l’offre de base.

Le Parlement veut mieux former et encadrer les proches aidants. Est-ce pertinent?
Haenni:
Absolument. La qualité est essentielle. Toute organisation proposant des soins par des proches doit disposer d’une autorisation Spitex et respecter des exigences de qualité, notamment en matière de formation et d’accompagnement.

Existe-t-il d’autres obligations?
Hadorn:
Chaque cas, y compris les soins par des proches, nécessite une évaluation des besoins par un professionnel diplômé, qui assume la responsabilité et supervise les prestations. Les soins prodigués par des proches exigent même un suivi renforcé. Cela figure dans notre code de conduite, repris par de nombreux cantons.

«Une harmonisation nationale serait souhaitable»

Si les infirmiers peuvent eux-mêmes prescrire des soins, cela n’augmente-t-il pas le risque d’abus?
Hadorn:
Ils doivent annoncer les besoins à la caisse maladie, qui vérifie en détail les prestations. En cas d’anomalie, elle demande des justificatifs et procède à des réductions.
Haenni: Notons que sans prescription médicale, il n’est possible de prescrire des soins de base que deux fois. Ensuite, un médecin doit intervenir.

Malgré cela, les dépenses explosent. A Zurich, le nombre d’heures de soins a été multiplié par dix en quatre ans, soit une hausse de 971%. Des soupçons d’abus circulent: certains proches factureraient, en une seule journée, trois coupes d’ongles ou quatre toilettes intimes.
Hadorn:
Si de telles prestations sont facturées, elles sont refusées par les caisses maladie. Les prestations doivent être détaillées, et des corrections sont apportées en cas d’irrégularités. Mais il peut y avoir des délais:

«Il faut souvent trois à six mois avant qu’une caisse réagisse»

Faut-il lutter plus fermement contre les abus?
Hadorn:
Nous sommes favorables à davantage de contrôles au cas par cas. Les cantons, en tant qu’autorités de surveillance, ont la possibilité d’inspecter les prestataires. C’est essentiel pour sortir des accusations généralisées. S’il y a des abus, ils doivent être stoppés par les autorités.

Aujourd’hui, selon les cantons, il n’est pas toujours possible de savoir clairement qui dispense les soins. Faut-il changer cela?
Christine Haenni:
Nous demandons depuis des années plus de transparence. C’est la seule manière d’avoir une base de données fiable pour les discussions politiques et sociétales.
Katharina Hadorn: Actuellement, les soins prodigués par des proches sont mélangés aux autres prestations. Nous voulons une distinction claire pour améliorer la transparence. Seize cantons ont enfin introduit début 2026 des tarifs distincts pour ces soins, mais il manque encore une catégorie nationale spécifique.

Peut-on quantifier ces différences?
Hadorn:
Dans le canton de Zurich, le coût total d’une heure de soins de base s’élevait à 82 francs. L’assurance maladie prend en charge 52,60 francs, le patient 7,65 pour la première heure, et la commune le reste. Désormais, les coûts standards pour les soins prodigués par des proches ont été abaissés à 68,36 francs. Cela représente un allègement notable pour les communes.

L’entreprise Pflegewegweiser refuse toutefois d’appliquer ces nouveaux tarifs et continue de facturer au tarif plus élevé lorsque les proches ont suivi une formation.
Haenni:
Cette pratique n’est pas admissible selon l’ASPS. Un proche aidant reste un proche aidant, même après une formation. La distinction entre soins dispensés par des proches salariés et soins Spitex classiques est une revendication de longue date. Elle est essentielle pour la transparence et pour un débat objectif sur le financement.

La politique exige aussi une délimitation claire des prestations. La réglementation précise que les soins de base fournis par des proches se limitent à des actes concrets comme s’habiller, s’alimenter ou aller aux toilettes. Faut-il désormais fixer une fréquence précise pour ces actes?
Hadorn:
C’est à la politique de définir la précision de cette limite. Cela touche aussi au devoir d’assistance au sein des familles.

«C’est une question sur laquelle la société doit trancher»

N’est-il pas naturel que les membres d’une famille s’entraident, par exemple pour s’habiller ou se brosser les dents? L’assurance maladie doit-elle vraiment payer pour cela?
Hadorn:
Il est difficile de tracer une frontière claire. C’est précisément pour cela qu'il faut ce débat et davantage de transparence.

Si les nouvelles règles s’imposent, le modèle des soins par des proches survivra-t-il?
Haenni:
La baisse des tarifs dans de nombreux cantons entraînera un assainissement du marché. Mais les soins prodigués par des proches resteront indispensables.
Hadorn: Et même en les excluant, la Spitex privée gagne en importance. En 2024 déjà, les prestataires privés assuraient environ 35% des soins ambulatoires, et la tendance est à la hausse. Sans eux, le système s’effondrerait.

Les prestataires privés souffrent-ils de l’évolution récente?
Hadorn:
Oui, surtout les organisations établies qui travaillent correctement. Pour elles, les soins par des proches ne représentent qu’une partie de l’offre. Mais la forte hausse des coûts dans ce domaine entraîne désormais une baisse générale des tarifs, ce qui complique leur activité.

La politique envisage de permettre aux cantons de confier les mandats uniquement à certaines entreprises sélectionnées.
Haenni:
Nous rejetons cette forme de monopolisation. Elle entraînerait une forte hausse des coûts. La régulation doit passer par la qualité et la transparence, avec des sanctions ciblées en cas d’abus – et non par des restrictions arbitraires.

Aujourd’hui, toute personne se considérant comme proche peut facturer des soins. Faut-il mieux encadrer cela?
Hadorn:
Oui. Beaucoup ignorent que c’est possible aujourd’hui. Des questions comme celle de savoir si des personnes à la retraite peuvent facturer des prestations doivent être clarifiées politiquement et socialement.

Est-ce souhaitable selon vous?
Hadorn:
Non. Nous voulons des règles plus claires. Mais la focalisation actuelle sur les proches aidants occulte d’autres enjeux importants.

Lesquels?
Hadorn:
Le manque de personnel qualifié, par exemple, ou l’émergence de nouveaux modèles comme «Hospital at Home», qui renforcent encore les soins à domicile. Les évolutions s’accélèrent. Le système actuel ne sera plus le même dans cinq à dix ans. Une chose est sûre: les prestataires privés resteront essentiels. C’est pourquoi nous plaidons pour une solution commune pour l’avenir. (adapt. tam)

Le quotidien d'une infirmière en gériatrie
Video: watson
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