Blocher a un nouveau projet pour découper UBS
Vendredi après-midi dernier et samedi matin, les parlementaires fédéraux de l’UDC se sont réunis en séances de groupe. Le père fondateur du parti, Christoph Blocher, s’est adressé samedi à 8 heures à ses collègues, et leur a réservé une surprise.
Le thème était la future réglementation des banques d’importance systémique. La position de Blocher est connue: il veut scinder UBS en deux, une banque américaine et une banque suisse. Il s’agirait de deux entreprises indépendantes, chacune avec ses propres actions. Mais le doyen de l’UDC va désormais encore plus loin.
Devant le groupe parlementaire de l’UDC, Blocher a expliqué qu’un deuxième danger se profilait à l’horizon, en Extrême-Orient. Pour la Suisse, le risque y serait similaire à celui lié aux activités américaines d’UBS. La solution: les activités d’UBS en Asie devraient être séparées dans une entité indépendante.
Il veut préserver la Suisse d’une catastrophe
La proposition de Blocher revient à interdire aux banques suisses d’importance systémique de détenir des filiales à l’étranger. La principale concernée serait UBS. Les trois autres établissements considérés comme «too big to fail» – Raiffeisen Suisse, PostFinance et Zürcher Kantonalbank – n’exercent actuellement aucune activité notable hors du pays.
Christoph Blocher justifie son initiative par la nécessité de protéger la Suisse d’une éventuelle catastrophe. Aucune entreprise n’est à l’abri d’un effondrement. Si UBS devait tomber, l’ensemble de l’économie nationale serait entraîné dans sa chute.
Ce «risque existentiel» ne pourrait être écarté, selon lui, que par un démantèlement de la banque. Jusqu’ici, il pointait surtout les Etats-Unis, où UBS aurait accumulé des pertes dans la banque d’investissement – ce que l’établissement conteste. Désormais, l’Asie entre également dans son champ de critique, alors même qu’il s’agit pour UBS d’un marché en forte croissance.
Que dit le parti?
Comment l’UDC entend-elle réagir face à ce plan durci? Le président du groupe parlementaire, Thomas Aeschi, répond:
Le parti mènera des discussions avec toutes les parties concernées, y compris avec UBS.
Lors de la séance, Blocher a estimé que la scission restait la meilleure option. Il se dit néanmoins prêt à envisager une alternative – à condition qu’UBS démontre qu’elle pourrait être liquidée sans coût pour le contribuable suisse. Un document en ce sens devrait être signé par la banque, le Conseil fédéral, la Banque nationale et l’autorité de surveillance des marchés financiers. Toutes ces institutions devraient appuyer la déclaration d’UBS.
Une telle perspective semble peu probable. La ministre des Finances Karin Keller-Sutter (PLR) souhaite durcir les exigences de fonds propres imposées à UBS. L’établissement devrait couvrir intégralement ses filiales étrangères avec des capitaux propres. Cela représenterait un besoin supplémentaire d’environ 25 milliards de dollars.
Un groupe interpartis cherche une issue
UBS estime qu’une telle mesure affaiblirait sa compétitivité et juge les exigences de Karin Keller-Sutter excessives. Le projet de Blocher ne trouve pas davantage grâce à ses yeux. La banque entend rester une banque universelle, avec un siège en Suisse et une présence mondiale.
Un groupe transpartisan tente de dégager une voie médiane afin d’assouplir les exigences en capital. Les conseillers aux Etats Thierry Burkart (PLR), Tiana Moser (PVL) et Erich Ettlin (Centre), ainsi que le conseiller national Thomas Matter (UDC), proposent que les filiales étrangères soient entièrement couvertes par des fonds propres, mais qu’UBS puisse en financer jusqu’à 50% au moyen d’obligations dites AT1, des titres à haut rendement.
Une telle solution rendrait la constitution de capital moins coûteuse pour la banque.
Christoph Blocher considère toutefois que ces mesures ne suffisent pas. Il rappelle qu’en quinze ans, deux grandes banques ont dû être soutenues par l’Etat: UBS en 2008 et Credit Suisse en 2023, lors d’une fusion d’urgence. UBS est aujourd’hui si importante par rapport à l’économie suisse que des garde-fous efficaces en cas d’effondrement seraient, selon lui, indispensables.
Pour l’ancien conseiller fédéral, la conclusion s’impose: il faut séparer les filiales étrangères. Pas uniquement en Amérique, mais partout dans le monde. UBS est certes bien dirigée à l’heure actuelle. Rien ne garantit toutefois que cela durera.
