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Vaud

Manif avec drapeaux iraniens likée par des socialistes: ça réagit

Manifestation pro-palestinienne, Lausanne, 11 avril 2026.
Manifestation pro-palestinienne, Lausanne, 11 avril 2026.image: watson

Des élus PS ont liké une manif avec des drapeaux iraniens: ça gueule

La manifestation «antisioniste» du 11 avril à Lausanne, qui comprenait des drapeaux de la République islamique d'Iran et le slogan «Pas de sionistes dans nos quartiers», a été «likée» par des élus socialistes vaudois. Les intéressés s'expliquent. La patron du parti, Romain Pilloud, prend ses distances. Une élue PLR lausannoise, opposante aux mollahs, dit sa colère.
20.04.2026, 19:1820.04.2026, 21:11

Le 11 avril à Lausanne, au creux des vacances de Pâques, une manifestation «antisioniste» et contre l’«impérialisme» a réuni quelque 850 personnes. Fait notable, aux côtés des habituels drapeaux palestiniens, flottaient une bannière du Hezbollah, le groupe chiite libanais ennemi d’Israël, et plusieurs de la République islamique d’Iran, attaquée le 28 février par les Etats-Unis et l’Etat Hébreu – un fragile cessez-le-feu prévaut actuellement au Liban comme en Iran.

Le parti pris était des plus clairs: celui d’une totale opposition aux «assassins» Donald Trump et Benjamin Netanyahou, ainsi qualifiés par une pancarte. Une autre pancarte, tenue par un individu au visage masqué et portant l’inscription «Pas de sionistes dans nos quartiers» attirait l’attention.

Drapeau du Hezbollah

Sur Instagram tombaient des «likes» d’approbation. Dont ceux d’élus socialistes, réputés plus modérés que les représentants de la gauche radicale. Ni la présence d’emblèmes du régime iranien, auteur d’une terrible répression contre sa population au début de l’année, ni celle de l’étendard de son allié le Hezbollah, dont la branche armée est considérée comme terroriste par l’Union européenne, ni le slogan «Pas de sionistes dans nos quartiers», visant des personnes et non pas seulement des idées, ne les ont dissuadés d’approuver le principe de cette manifestation.

Mais qu’avaient-ils vu des publications Instagram liées à ce cortège «antisioniste». Auteure d’«un like», Laurie Willommet, brillamment réélue à l’exécutif de Vevey aux municipales de mars, assure l'avoir réservé à un message de soutien aux «seules victimes des guerres» en cours au Proche et Moyen-Orient. «Je n’étais pas présente à la manifestation», explique-t-elle.

«Je suis toujours du côté des opprimés, je condamne de la façon la plus ferme l’actuel régime iranien»
Laurie Willommet, conseillère municipale PS Vevey

Suissesse mariée à un Afghan d’origine, Line Golestani siège sur les bancs socialistes du conseil communal (législatif) de Lausanne. Cette assistante sociale et journaliste indépendante était présente à la manifestation du 11 avril. «J’y étais personnellement avec des opposants au régime iranien», rapporte-t-elle, indiquant avoir écrit le 16 janvier un article dans Le Temps, intitulé «Drones, reconnaissance faciale, brouillage: comment le régime iranien utilise la technologie pour massacrer».

«Les frappes renforcent le pouvoir en place»

Line Golestani dit «assumer son refus des frappes israélo-américaines sur l’Iran». «Elles renforcent le pouvoir en place», affirme-t-elle.

Les drapeaux de la République islamique, qui voue Israël à la disparition?

«Je ne m’attendais pas à en voir autant. J’ignore qui sont les personnes qui les arboraient. Mais on peut voir aussi ces drapeaux comme un attachement au pays, non comme un soutien au régime. Je note qu’il y avait quand même un drapeau aux couleurs iraniennes, sans symbole de la République islamique au milieu, mais, à la place, le mot "Iran".»
Line Golestani, conseillère communale PS Lausanne

Sa collègue PLR au conseil communal de Lausanne, Françoise Piron, de mère iranienne, réélue en mars pour un troisième mandat, dit avoir été «choquée» par la présence des drapeaux de la République islamique dans le cortège lausannois du 11 avril. Celle qui a rejoint le mouvement «Femmes, Vie, Liberté» après la mort de Mahsa Amini en 2022 pour un voile mal porté, est en colère:

«Il ne fallait surtout pas manifester avec les drapeaux des mollahs»
Françoise Piron, conseillère communale PLR Lausanne

Françoise Piron reprend:

«Je ne sais pas si les gens savent à quel point ils font du mal aux Iraniens qui n’en peuvent plus du régime des mollahs, à l’inverse, combien ils servent les intérêts de ces derniers.»
Françoise Piron, conseillère communale PLR Lausanne

La socialiste Line Golestani appartient à la mouvance «ni shah, ni mollahs», opposée aux islamistes comme à la monarchie, censément incarnée par Reza Pahlavi, l’«héritier» du dernier shah d’Iran, chassé du pouvoir par l’ayatollah Khomeiny en 1979.

Quant au slogan «Pas de sionistes dans nos quartiers», dans lequel des juifs attachés à l’Etat d’Israël sans adhérer à la politique de l’actuel gouvernement peuvent voir de l’antisémitisme, «sioniste» remplaçant «juif», elle ne l’a pas repris. Elle ne serait pas pour autant «enchantée que [son] voisin soutienne Benjamin Netanyahou», dit-elle. Et d'ajouter:

«Je reprends dans les manifs le slogan "Tout le monde déteste les sionistes!"»
Line Golestani, conseillère communale PS Lausanne

Mais pour que tout soit bien clair, Line Golestani confie:

«J'ai un ami d'enfance israélien membre d'une association qui tente de protéger les Bédouins, je suis des cours de clarinette avec une professeure israélienne et j'aime beaucoup la musique klezmer»
Line Golestani, conseillère communale PS Lausanne

Réélu au conseil communal de Lausanne, le socialiste Mountazar Jaffar a également liké une ou plusieurs publications de la manifestation «antisioniste» du 11 avril. Il n’a pas souhaité répondre aux questions de watson sur ce point.

L’actuel président de la Plateforme des associations, dont l’objectif est de fédérer toutes les associations rattachées aux dix-sept maisons et centres de quartier lausannois, était passé en 2024 devant une commission disciplinaire du Parti socialiste vaudois (PSV), qui ne l'avait pas sanctionné, pour avoir liké trois tweets. Deux pouvaient être considérés comme antisémites, le troisième émanait du dirigeant suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, tué dans des frappes israéliennes le 28 février dernier, saluant à l’époque des «signes de victoire du front de la résistance» à Gaza.

Le patron du PS Vaud réagit

watson a demandé au président du PSV, Romain Pilloud, de réagir aux «likes» de quelques-uns des membres du parti à la manifestation du 11 avril.

«Le Parti socialiste vaudois ne peut en aucun cas cautionner le drapeau d’un régime qui représente tout ce que nous, socialistes, combattons. En ce sens, la présence des couleurs de la République islamique dans cette manifestation interroge. Je puis vous assurer que personne, au parti, ne soutient le régime islamiste.»
Romain Pilloud, président du PSV

A propos du slogan «Pas de sionistes dans nos quartiers», Romain Pilloud reconnaît qu’«il s’agit d’une expression très forte et qui peut choquer en ce qu’elle désigne des individus». Il poursuit:

«Il n’en reste pas moins que le sionisme, dans l’acception que nous en faisons aujourd’hui au PS, renvoie à une idéologie expansionniste et violente que nous ne pouvons tolérer. Il existe donc un antisionisme qui n'est pas antisémite et ne remet pas en question l'existence d'Israël: c'est le nôtre. Il dénonce la politique d'extrême droite colonialiste du gouvernement actuel.»
Romain Pilloud, président du PSV
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Video: twitter
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