Suisse
votations 2025

Cette initiative révèle une grosse faille de la politique suisse

Cette initiative révèle une grosse faille de la politique suisse

L'initiative sur le service citoyen a accouché malgré lui d'une autre affaire: celle de la récolte frauduleuse de signatures. L'affaire révèle comment la démocratie peut être le fruit d'un commerce, mais aussi qu'il est possible de récolter des signatures éthiquement, si la volonté est là.
17.11.2025, 05:3517.11.2025, 05:35
Benjamin Rosch / ch media

Le 30 novembre, les Suisses voteront sur le service citoyen. Le texte prévoit que les femmes, comme les hommes, accomplissent un service d'utilité publique, dans le secteur civil comme dans l'armée. A la tête de la campagne, la Genevoise Noémie Roten, juge militaire dans l'armée de milice, désire renforcer la tradition milicienne suisse et cultiver le sens du collectif.

En Suisse, 100 000 signatures sont nécessaires pour soumettre une idée au vote populaire. Rien de bien compliqué, pense alors Noémie Roten, convaincue de la pertinence de son initiative. Mais six mois après avoir lancé la campagne, elle déchante. «Nous n'arrivions pas à passer la barre de 10 000 signatures», raconte-t-elle au téléphone. L'effet boule de neige espéré par la directrice de campagne ne se produit pas et la récolte de signatures reste au point mort.

«Il fallait changer de stratégie»
Noémie Roten
Noemie Roten, Direktorin Association Service Citoyen, posiert fuer den Fotografen vor dem Bundeshaus, am Mittwoch, 4. September 2024 in Bern. Kommerzielle Unternehmen sollen beim Sammeln von Unterschr ...
Noémie Roten.Keystone

De l'argent plutôt que des signatures

Elle se met alors en quête de soutiens financiers — et en trouve. En quelques semaines, elle récolte 100 000, puis bientôt 200 000 francs.

«En Suisse, lorsqu'on fait campagne en faveur d'une initiative, il est plus facile de collecter de l'argent que des signatures»
Noémie Roten

La famille Gueissaz, issue de la bourgeoisie neuchâteloise et qui tient beaucoup à l'esprit de milice, s'avère par exemple particulièrement généreuse, contribuant à hauteur d'un peu plus de 100 000 francs. Pour Noémie Roten, ce soutien financier est une véritable bouée de sauvetage.

Mais ce qui compte, ça reste les signatures. Noémie Roten engage alors plusieurs entreprises spécialisées dans leur récolte. Les plus connues sont Incop et Pôle Swiss. S'y ajoutent d'autres acteurs: Vox Communications et Sammelplatz Schweiz, dirigée par la conseillère d'Etat zurichoise UDC Susanne Brunner.

L'initiative sur le service citoyen n'est de loin pas la première à faire appel à ce genre d'entreprises, d'autant plus lorsque la date limite de récolte des signatures approche. Et les résultats sont rapides: entre 40 000 et 50 000 signatures tombent sur le bureau de Noémie Roten.

Plainte contre les entreprises de récolte

Mais des problèmes apparaissent rapidement. Certains formulaires de signatures présentent des irrégularités: adresses inexistantes, dates de naissance improbables, entre autres. Plutôt que de fermer les yeux, Noémie Roten décide de passer à l'action — et publiquement. Elle porte plainte contre les pratiques douteuses d'Incop et de Pôle Swiss, en juin 2023. L'affaire est révélée dans la presse durant l'été.

Pour autant, jusqu'à la conclusion juridique définitive d'une fraude, les signatures récoltées restent valides. Il faut dire que les règles ne sont pas particulièrement claires durant la collecte de signatures. Les normes de transparence du Contrôle fédéral des finances ne s'appliquent qu'au moment de la campagne de votation, et non avant. Noémie Roten, qui tient à rester transparente, décrit la situation à ses soutiens dans une newsletter:

«Nous sommes parfaitement conscients que ces entreprises évoluent sur le fil entre efficacité et éthique»
Noémie Roten

Elle continue le travail proprement

Pour pallier aux problèmes éthiques que posent ces entreprises tout en donnant toutes ses chances à son initiative d'aboutir, Noémie Roten reprend les choses en main. Elle recrute et forme ses propres collecteurs, sur le même business model que les sociétés de collecte qu'elle a engagées, mais avec ses règles et son cadre, stricts. Une charte éthique est édictée.

Le comité trouve ainsi 40 personnes pour continuer le travail proprement. Elle paie ses collecteurs entre 2,50 et 3,50 francs par signature, beaucoup moins que ses concurrents — jusqu'à 7,50 francs par signature pour des collectes précédentes. Grâce à cette astuce, Noémie Roten obtient 20 000 signatures. Le reste est fourni par des bénévoles et des organisations partenaires.

Noémie Roten l'aura compris: l'argent peut aussi mener à la récolte de signatures. La Genevoise n'aura pas profité de ses fonds pour elle-même: son poste de directrice de campagne est effectué à titre bénévole. Pour subsister, elle vit sur ses économies et sur un petit héritage laissé par son père.

«Avec 3000 francs par mois, on peut survivre en Suisse — et de toute façon, je n'avais pas le temps pour dépenser de l'argent»

Traduit et adapté par Noëline Flippe et Alexandre Cudré

Voici la tasse de café le plus cher du monde
Video: extern / rest
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Swiss annule encore des vols à cause des intempéries
Samedi, déjà douze vols de la compagnie helvétique ont été annulés à Zurich en raison de la météo en Europe. L'aéroport de Genève n'est pour l'heure pas concerné.
La compagnie aérienne Swiss a dû annuler de nouveaux vols en raison des conditions météo en Europe. Douze vols sont concernés pour la seule journée de samedi. A Genève, aucun vol n'a dû être annulé.
L’article