«Le diable s'habille en Prada 2» laisse un goût amer
Dès sa sortie en 2006, Le diable s'habille en Prada est devenu culte. J'ai clairement fait partie des personnes qui le regardaient, encore et encore, avec des étoiles plein les yeux. L'univers qui entourait le magazine Runway – Vogue dans la vraie vie – était glamour, féroce, inspirant et trépidant. La toxicité de cet environnement de travail était nettement éclaboussée par une avalanche de strass et de paillettes.
Vingt ans plus tard, on prend les mêmes et on recommence. Ce mercredi 29 avril, Miranda Priestly (Meryl Streep), Andy Sachs (Anne Hathaway), Emily Charlton (Emily Blunt) et Nigel (Stanley Tucci) renfilent leurs costumes griffés et leurs bottes hors de prix, et reviennent sur grand écran. Faut-il se précipiter en salle? Notre avis.
Eteindre le feu
Immédiatement, nous sommes à nouveau plongés dans ce décor qui nous a tant fait rêver. Frissons garantis! Ou est-ce juste l'effet produit par la grandiose Meryl Streep? Spoiler: son personnage, toujours aussi fabuleux, est sans aucun doute la star qui permet au film de ne pas s'essouffler.
L'intrigue est rapidement lancée au visage du spectateur: le magazine Runway fait face à un scandale dont il faut vite s'extraire. Une mauvaise nouvelle que Miranda Priestly, la rédactrice en chef, apprend lorsqu'elle monte les prestigieuses marches du Met Gala à New York entourée de stars – plusieurs célébrités feront d'ailleurs leur apparition tout au long du film sans que l'on comprenne réellement à quoi elles servent à part à être vues.
Bref, continuons.
Pour éteindre le feu, une solution s'impose: rehausser le niveau éditorial de Runway. Le big boss du groupe qui détient le titre décide alors d'engager une ancienne stagiaire devenue journaliste de renom: Andy Sachs. Coup de bol: elle vient de gagner un prix pour l'un de ses articles, mais s'est fait renvoyer dans la foulée... Une porte se ferme, une autre s'ouvre, n'est-ce pas? En effet, et c'est l'un des points positifs du Diable s'habille en Prada 2, les coupes immenses que subissent actuellement les groupes de presse sont au cœur de l'intrigue.
Ni une ni deux, nous voilà projetés dans un monde où le papier est (presque) mort. Désormais, il faut écrire des histoires de qualité qui font aussi (et surtout) du clic. Un équilibre qu'Andy Sachs va devoir trouver.
Un majeur à Bezos
Tout ne se déroulera évidemment pas comme prévu et des obstacles viendront compromettre le futur de Runway. Difficile de ne pas y voir une critique de la réalité: depuis quelques mois, en effet, des rumeurs circulent concernant un potentiel rachat de Condé Nast – le groupe qui détient Vogue – par Jeff Bezos et Lauren Sánchez. Le milliardaire souhaiterait d'ailleurs offrir Vogue US à son épouse, souligne Elle. Une influence croissante des géants de la tech dans l'industrie de la mode qui suscite des critiques et des interrogations.
Dans le film justement, Miranda Priestly s'inquiète de cette mainmise et des dégâts qu'elle pourrait causer sur l'art et la créativité. La réponse de celui qui incarne les magnats de la Silicon Valley? Nous n'aurons plus besoin de tout cela avec l'avènement de l'intelligence artificielle. Il faut s'y faire: le futur arrive aussi vite que de la lave sur Pompéi. Comprenez: tout sera détruit sur son passage. Youpi!
Si un tel scénario – effrayant, navrant et dangereux pour l'indépendance éditoriale – devait un jour rattraper la fiction, le gros doigt tiré à Jeff Bezos dans Le diable s'habille en Prada 2 fera office de maigre consolation.
Un goût amer
Vous l'aurez compris: si vous souhaitez vous délecter d'une critique – un poil superficielle, certes, mais qui a le mérite d'exister – de la crise que traversent les médias aujourd'hui, vous serez servis. L'intrigue reste divertissante et s'accompagne de belles tenues et de lieux qui en jettent.
Une arrivée à Milan en grande pompe:
Ces retrouvailles nous laissent toutefois un goût amer. A l'image des (trop) nombreuses suites qui envahissent nos écrans, on se demande s'il était vraiment nécessaire de revoir l'équipe de Runway vingt ans plus tard. Le diable s'habille en Prada 2 est moins réel que son prédécesseur – qui nous offrait une immersion dans l'univers impitoyable de la mode –, certaines scènes sont presque surjouées et l'apparition peu subtile de grandes marques nous donne parfois l'impression d'être assis devant une publicité.
Souvent, les classiques sont bien là où ils sont. Il n'est pas toujours pertinent de vouloir les faire revivre et de prendre le risque, au passage, d'entacher nos souvenirs.
«Le diable s'habille en Prada 2» est en salle en Suisse dès ce mercredi 29 avril.
