Ce réalisateur romand a réalisé un film «un peu gourmand»
O Jacaré du Suisse-Portugais Basil Da Cunha, en lice pour le Léopard d'Or remis samedi par le Festival de Locarno, est une histoire chorale entre thriller et comédie. Un dernier instantané de la vie mouvementée du quartier de Reboleira, à Lisbonne.
O Jacaré plonge directement le spectateur dans le chaos du quartier de Reboleira avec un braquage qui tourne mal, un butin de 180 000 euros qui disparaît et des policiers à chaque coin de rue.
Dans une interview accordée à Keystone-ATS au Festival du film de Locarno, Basil Da Cunha explique:
Une histoire chorale
Agé de 41 ans, le réalisateur né à Morges de parents portugais a choisi une histoire chorale pour présenter le dernier chapitre de sa saga consacrée au quartier de Reboleira, en périphérie de Lisbonne. Ce secteur, destiné depuis des années à être démoli, est habité en majorité par des immigrés capverdiens. Il affirme:
Le film lui a également donné l’occasion de réunir des acteurs déjà rencontrés sur ses précédents tournages et d’autres avec lesquels il souhaitait travailler. La galerie de personnages et le foisonnement des histoires font de «O Jacaré» un film «un peu gourmand», explique Basil Da Cunha. Le récit est porté par la musique.
Portrait et mémoire
Présenté par le festival comme le dernier chapitre de la trilogie consacrée au quartier de Reboleira, «O Jacaré» est en réalité le quatrième film, précise Basil Da Cunha, après «Até ver a luz» (2013), «O fim do mundo» (2019) et «Manga D’Terra» (2023).
En plus de quinze ans, le réalisateur a également réalisé plusieurs courts-métrages sur le quartier, dans lequel il s’est installé lorsqu’il avait vingt ans, «parce que c’était le moins cher», et où il a noué des liens avec la communauté locale. Ils sont devenus «une grande famille», avec «tout ce qu’il y a de bon et de mauvais dans une famille», dit-il en riant.
C’est notamment une vidéo de rap qu’il avait tournée avec les habitants de Reboleira qui a permis à Basil Da Cunha de rencontrer de nombreuses personnes. Il détaille:
Même si le quartier n’est plus le même qu’à l’époque, puisque la municipalité, dans le cadre de sa politique de rénovation urbaine, a démoli plusieurs bâtiments et expulsé une grande partie de la communauté, «nous continuerons à faire des films ensemble», affirme le réalisateur. Verónica Lii, qui interprète l’épouse de PC, le chef du quartier, évoque quant à elle:
Un crocodile se promène en liberté
Dans le film, un crocodile se promène tranquillement dans le quartier, donnant une touche de suspense, de comédie et de magie, jusque dans les dernières images. Les scènes avec l'animal ont été tournées dans une maison privée à Nantes, en France, où un particulier détient plusieurs animaux exotiques, car ceux-ci sont interdits au Portugal, précise Basil Da Cunha.
«O Jacaré», dont le titre signifie littéralement «caïman» en portugais, est également «une expression utilisée pour décrire les personnes qui sont des escrocs», explique Basil Da Cunha. Ses films sont principalement en créole capverdien, et «O Jacaré» ne fait pas exception. Il revendique:
Le créole capverdien et le portugais sont deux langues distinctes. Un journaliste d’origine brésilienne a confirmé avoir dû lire les sous-titres en visionnant le film, car si le créole a une base portugaise, il est également fortement influencé par des langues africaines.
Le cinéaste travaille actuellement sur une série télévisée intitulée «Inimigo Público» ainsi que sur «Furia», un film mettant en scène des super-héros issus des quartiers populaires, précise le site de la maison de production lausannoise Thera Production.
Présenter «O Jacaré» à Locarno revêt une importance particulière pour Basil Da Cunha, qui y revient pour la troisième fois en compétition internationale:
Une manière, aussi, de faire vivre à l’écran la mémoire de Reboleira. (btr/ats)
