Ce huis clos entre flics pourris à Miami va vous retourner le cerveau
On les avait laissés chacun de leur côté, dans des projets plus ou moins solides, parfois inspirés, parfois plus discutables. Avec The Rip, sorti le 16 janvier sur Netflix, Ben Affleck et Matt Damon reforment un duo que le cinéma américain connaît bien, et qu’on est nous aussi très heureux de retrouver.
Et bonne nouvelle, la réunion n’a rien d’un simple relent nostalgique. Le duo formé par les deux acteurs est au cœur du film, de sa tension, et de cette parano diffuse, qui ne vous lâche jamais vraiment, jusqu’au dénouement.
Un point de départ violent et efficace
Le film ne perd pas de temps;The Rip s’ouvre sur l’assassinat brutal d’une capitaine de police à Miami. Mais juste avant de mourir, cette dernière parvient à envoyer un message à l’un de ses collègues. Un tuyau, avec une adresse, mais surtout, avec la promesse d’y trouver des sommes considérables en dollars, probablement issues des cartels de la drogue. Le décor est planté.
La bande-annonce 👇🏽
A partir de là, la machine se met en marche. Le FBI entre dans la danse, soupçonne une taupe au sein même de la police. Si la capitaine a été assassinée, c’est que quelqu'un, quelque part, joue double jeu.
Ce qui aurait pu devenir un thriller policier assez classique prend alors une direction plus intéressante: celle du soupçon généralisé. Qui savait quoi? Qui ment? Qui a quelque chose à se reprocher? Et surtout, jusqu’où chacun est-il prêt à se salir quand des sommes astronomiques sont à portée de main?
Un huis clos moite, presque étouffant
Si Miami sert de toile de fond, avec sa moiteur et sa corruption latente, le cœur du film se joue ailleurs. L’intrigue se concentre dans une maison, dans un quartier résidentiel, au bout d'une rue étrange, à moitié à l’abandon, devenue le théâtre d’une saisie particulièrement conséquente. C’est là que The Rip trouve sa force: dans ce huis clos tendu, où les alliances se font et se défont à mesure que la méfiance monte au sein même de l’équipe.
Et le scénario joue avec nos certitudes. A peine pense-t-on avoir identifié le «bon» et le «mauvais» flic que le film glisse une information, un regard, un détail qui vient tout remettre en question. Personne n’est totalement blanc. Personne n’est jamais complètement noir. Tous pourris? Ou tous pris dans une affaire et des montants qui les dépassent?
Le rythme est maîtrisé, la tension ne repose pas uniquement sur l’action, mais sur les non-dits, les silences, les regards qui durent une seconde de trop. The Rip est un thriller qui préfère la pression psychologique au spectaculaire gratuit, et ça lui réussit. Mais que les amateurs de cascades, de flingues et de course-poursuites se rassurent: ils seront servis eux aussi.
Ben Affleck et Matt Damon: match nul
Le film repose très largement sur son duo central. Matt Damon incarne un policier récemment promu, désireux de bien faire, de garder son équipe sous contrôle, et de maintenir une certaine idée de la hiérarchie et de la morale.
Ben Affleck, lui, joue un collègue plus trouble, plus opaque, dont on sent immédiatement qu’il traîne des zones plus sombres, sans jamais pouvoir dire avec certitude lesquelles.
Ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est la complicité évidente entre les deux acteurs, et leur capacité à se renvoyer l’ascenseur constamment. Le film joue avec cette ambiguïté: à certains moments, on pense savoir qui est le plus «propre» des deux, avant que l’équilibre ne s’inverse subtilement…
Un dernier acte sous adrénaline
D’ailleurs, c’est dans son dernier tiers que le film accélère franchement. Les révélations s’enchaînent, les cartes sont rebattues, et la tension accumulée depuis le début trouve enfin un exutoire. The Rip assume alors pleinement son statut de thriller d’action, sans pour autant sacrifier ce qu’il a patiemment construit en nous retournant méthodiquement le cerveau.
En revanche, on tique sur une scène finale, sur une plage, un peu trop niaise pour être crédible. Rien de rédhibitoire, mais le film aurait gagné à s’arrêter une minute plus tôt. Un faux pas qui n’entache toutefois ni la cohérence de l’ensemble, ni le plaisir du visionnage.
Sans révolutionner le genre, The Rip s’impose comme un bon thriller. Assez solide dans son écriture, tendu dans sa mise en scène, porté par un duo d’acteurs en grande forme, le film réussit là où d'autres échouent: nous faire douter jusqu’au bout.
Gros bémol toutefois, si Ben Affleck et Matt Damon sont particulièrement crédibles, ça n’est pas le cas du reste du casting, qui peine à nous emporter complètement. N’annulez pas une soirée pour regarder ce film, mais pensez-y la prochaine fois que vous scrollez sur Netflix en quête d’inspiration.
