Britney nous rappelle une règle cruelle
Elle surgit parfois sur notre fil. Comme ça, sans prévenir. Après quelques semaines de disparition des réseaux qui laisse désormais indifférent, la revoilà. Son regard vide, un téton qui s'échappe d'un soutien-gorge en dentelle kitch, sa chevelure blonde interminable qui pend comme des rideaux sales de chaque côté d'un sourire extatique. Britney Spears. Ou plutôt, ce qu'il en reste.
Soyons honnêtes. Difficile désormais d'associer les tubes qui ont fait le sel et la tequila de nos soirées en club à cette silhouette étrangement contorsionnée devant la caméra. A force de posts aussi erratiques que gênants, nous en sommes presque venus à oublier la Britney de notre jeunesse. Ce personnage charmant, acidulé, à fois libérateur et candide. La grande sœur et bonne copine qu'on aurait rêvé d'avoir.
Parfois, en observant avec malaise les chorégraphies de cette quadragénaire au regard de folle qui porte le nom de notre idole de jeunesse, je songe personnellement à une vaste conspiration. Peut-être tout ceci n'est qu'un leurre. Une blague. Britney Spears se moque de nous. Forcément. Plus consciente que quiconque du pouvoir de l'image pour l'avoir subi tout au long de sa carrière, elle s'amuse désormais à semer le doute. Voire à nous rendre fous.
Un jour, qui sait, entre deux pas de danse maladroits, la princesse de la pop braillera face caméra:
Avant de nous lâcher un nouvel album et une tournée mondiale au coin de la tronche. Comme un retour miraculeux d'entre les morts. Il est bon de rêver.
Libre aux fans éplorés de se bercer d'illusions. En attendant, le malaise s'amplifie et le mythe se fissure. Pas faute de savoir combien Britney Spears a toujours été fragile. Nous l'avons aimée comme ça. Le crâne rasé, les nerfs à vif, le mascara dégoulinant, les insultes proférées envers les paparazzis et le coup de parapluie facile. Nous pouvions dealer avec tout ça.
Il nous est plus difficile, en revanche, de composer avec cette liberté retrouvée, qui ne correspond peut-être pas tout à fait à celle que nous lui avions fantasmée. Quitte à ce que Britney Spears quitte l'industrie toxique du divertissement, nous aurions préféré la voir couler des jours paisibles au bord d'une piscine turquoise. Une retraite dorée entre un condo de Miami et une villa à Malibu, une Margarita dans une main et un bouquin feel good dans l'autre, confortablement avachie sur un matelas de royalties bien méritées.
A la place, nous voilà contraints de subir ces posts anxiogènes quotidiens, tournés dans un manoir à la propreté douteuse. D'appréhender cette apparente solitude, cette fragilité. De lire les articles des tabloïds de danse impliquant témoignages de proches inquiets, couteaux et déjections de chien. Un rappel cruel que, dans le monde clinquant de la célébrité, les destins se brisent souvent et que les belles histoires finissent, presque toujours, mal.
