On a testé l'une des croisières les plus luxueuses du monde
Il est un peu plus de 23 heures. Le navire de 270 mètres glisse silencieusement dans la nuit. Pas de vent, une douce chaleur de 23 degrés. Je suis appuyé à la rambarde du pont 5. Seul. Aucun autre passager à l’horizon. Je sirote un gin japonais Roku. Mon regard se perd dans l’obscurité, à la recherche d’une ligne d’horizon, des lumières d’une côte, d’un autre bateau.
Mais dehors, il n’y a rien. Rien que la mer ouverte. Et le bruit des vagues, tout en bas, le long de la coque. Une sensation étrange, comme si ici – dans le sud de la mer Égée – l’espace et le temps se confondaient.
Une ambiance détendue
Nous avons quitté le port il y a quatre heures, depuis Paros, l’île des Cyclades, où le navire était à l’ancre dans la baie. Puis est venu le dîner en cinq services, dans l’élégant restaurant Fil Rouge, partagé avec quelque 80 autres convives, autour d’une cuisine d’inspiration française. Ensuite, direction le bar du lobby, où un pianiste anglais faisait swinguer des standards de jazz sur un piano Steinway.
Le public? Beaucoup d’Américains, mais aussi surtout des Néerlandais, des Italiens et des Allemands. Âge moyen: entre 45 et 60 ans. L’ambiance est détendue, faite de small talk et d’éclats de rire. Le dress code se veut décontracté. Les hommes portent des pantalons, des polos ou des chemises à col boutonné, rarement des vestes.
Aux pieds, baskets blanches ou mocassins de velours. Les femmes sont en robe courte ou longue, parfois très échancrée dans le dos. Ou en pantalon, associé à une blouse discrète. Beaucoup de bijoux, presque pas de talons hauts: plutôt des escarpins ou des espadrilles.
Ici, la règle, c’est la décontraction teintée d’élégance. Le public est cosmopolite, habitué aux voyages. Ceux qui s’offrent cette croisière de huit jours entre Istanbul et Athènes aiment cultiver l’art de vivre. Sans se connaître, on est entre soi. Entre semblables.
Des cocktails et des Rolex
Les barmans philippins sont de bonne humeur. Ils enchaînent les cocktails, discutent avec les passagers. À côté de moi, un couple belge. Mark est pilote de ligne, Christine médecin, hématologue exactement.
En début d’été, ils ont passé trois semaines en Inde. Sur ce navire au nombre de passagers volontairement limité, ils viennent «chercher le calme», explique Mark.
Christine apprécie la cuisine raffinée, l’offre du spa. Son mari – il aurait pu sans peine servir de doublure à Richard Gere dans ses jeunes années – s’est offert hier une Rolex à bord. Dans l’unique boutique Rolex au monde installée sur un bateau de croisière. «Surtout sans devoir attendre des mois avant de la recevoir», sourit-il.
Nous sommes à bord de l’Explora I. Un paquebot «Ocean» bleu nuit. Avec ce navire et cinq autres superyachts – le dernier, Explora VI, sera livré en 2028 –, l’armateur genevois Gianluigi Aponte a réalisé un rêve de longue date.
Une nouvelle vision du luxe
À travers ce projet porté par la Mediterranean Shipping Company (MSC), il entend redéfinir le luxe en haute mer. Le fondateur du groupe, qui avait acheté son premier cargo en 1970 et vient tout juste de racheter le groupe de cliniques Hirslanden, a investi un demi-milliard de francs dans ce seul navire.
Contrairement aux autres navires de croisière du groupe, capables d’accueillir entre 2000 et 6500 passagers hors équipage, avec Explora Journeys Gianluigi Aponte mise exclusivement sur des suites. Celles-ci sont 460 au total, pour un maximum de 900 hôtes, encadrés par un équipage de 700 personnes. La promesse: une atmosphère exclusive, presque celle d’un yacht privé.
Un service 5 étoiles en mer
Toutes les suites de l’Explora disposent d’une terrasse, de baies vitrées pleine hauteur et de matériaux haut de gamme. À cela s’ajoutent, bien entendu, un service de majordome 24 heures sur 24, le room service et un housekeeping assuré plusieurs fois par jour.
La majorité des passagers loge dans des suites Ocean Terrace, d’une superficie de 35 à 40 mètres carrés. S’y ajoutent des suites Penthouse, des Résidences et une suite Owner de 280 mètres carrés.
J’ai passé sept nuits dans une Ocean Suite. Selon la période de réservation et l’itinéraire, il faut compter, pour deux personnes, entre 8000 et 12 000 francs la semaine. Les Penthouses débutent à 14 000 francs, les Résidences à partir de 18 000.
Le prix comprend l’ensemble des repas dans six restaurants de fine dining. Les vins de qualité servis au verre sont également inclus, ainsi que la grande majorité des spiritueux et des cocktails proposés dans les douze bars et lounges du navire.
Détail appréciable, en suite, les bouteilles de champagne ou de vin blanc sont remplacées gratuitement par le majordome dès qu’elles sont terminées.
Mais le véritable luxe pour lequel les passagers paient ici, ce sont le calme et l’intimité. Ceux qui voyagent avec Explora ne cherchent ni spectacles au bord de la piscine, ni toboggans pour enfants. Pas d’animations tapageuses, pas de musique omniprésente.
«Explora Journeys est une expérience océanique pour une nouvelle génération de voyageurs de luxe exigeants», écrit l’entreprise, qui prévoit à l’avenir de propulser ses navires de manière plus écologique, au gaz naturel et aussi à l’hydrogène.
Et le marché semble répondre présent. Les carnets de réservation de l’Explora I et de l’Explora II pour 2026 et 2027 sont déjà bien remplis, indique la compagnie.
Seuls au monde
Sur cette croisière, 740 passagers sont à bord. Ils se répartissent si bien sur les différents ponts qu’il m’arrive souvent de marcher soixante mètres sans croiser âme qui vive.
Depuis des jours, ma compagne et moi avons presque l’impression d’avoir cet immense yacht pour nous seuls, hormis le matin et le soir dans les restaurants et les bars.
Hier après-midi, sur le trajet de cinq minutes menant à la piscine à débordement à l’arrière, nous avons croisé à peine douze personnes sur les ponts en teck.
Encore un jour avant l’arrivée à Athènes. Il est 17 h 30, le soleil brille, la température affiche 25 degrés, la mer est calme. Sur la terrasse avant, à l’abri du vent, une jeune femme travaille sur son ordinateur portable. Son compagnon lit, allongé dans un élégant lounge chair signé Molteni, un polar de Jussi Adler-Olsen.
Là aussi, peu de monde. À une vingtaine de mètres, un petit groupe d’Anglais joue aux cartes. Je m’installe dans l’un des fauteuils blancs et commande deux verres de chardonnay bien frais.
Des habitués des croisières
Michael et Cindy, de New York, nous rejoignent. Nous les avions rencontrés près de l’île de Milos, à bord d’un tender. Lui est producteur de musique, elle, entrepreneuse dans l’immobilier. Avant ce voyage, ils ont passé quelques jours sur la côte amalfitaine, puis une semaine à Capri.
Tous deux ont déjà fait plusieurs croisières, y compris sur des navires de luxe comme le Silverseas, le Ponant ou l'Azamara. L'Explora leur plaît davantage. Cindy s’enthousiasme pour le souci du détail, les bois utilisés, la pierre naturelle, et cette palette de tons bruns, gris et sable.
«Associée au concept d’éclairage, cela crée une élégance intemporelle», dit-elle. Nous acquiesçons, en soulignant de notre côté l’attention constante de l’équipage et la qualité de la gastronomie. Explora Journeys vient d’ailleurs d’être distinguée comme «meilleur navire au monde» dans la catégorie culinaire.
La faim revient, et pour ce dernier soir, le choix est cruel parmi les restaurants de fine dining. Nous optons pour le japonais Sakura. Sushi et teppanyaki.
Peu après minuit, nous nous trouvons au Sky Bar, à l’arrière du pont 14. Autour de nous, uniquement la mer, toujours aucune lumière à l’horizon. Un DJ diffuse de la house chill, quelques personnes dansent. Nous commandons deux daiquiris.
Pendant que le barman les prépare, une question s’impose: aimerions-nous revenir un jour sur ce navire? On se regarde, on sourit. Oui. Sans hésiter. www.explorajourneys.com
Ce reportage a été réalisé avec le soutien d’Explora Journeys.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
