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Cette chercheuse dévoile la sombre réalité du monde de la mode

Nuits blanches payées sous la table et contrats précaires: une enquête choc lève le voile sur les petites mains de la couture.
Nuits blanches payées sous la table et contrats précaires: une enquête choc lève le voile sur les petites mains de la couture.
image: watson

Cette chercheuse dévoile la sombre réalité du monde de la mode

Derrière le luxe vertigineux et la féerie des défilés se cache une tout autre face de la haute couture, bien moins glamour. L’anthropologue Giulia Mensitieri lève le voile sur l’envers du décor de ce milieu fascinant. Dans un roman graphique choc, elle décrypte les mécanismes d’exploitation et de précarité qui gangrènent cette industrie du prestige.
03.10.2026, 12:0803.10.2026, 12:08

«Comment peut-on être habillé en Chanel et ne pas avoir de quoi régler une bière au bar le soir?» Après 15 années d'enquête, l'anthropologue Giulia Mensitieri raconte dans La mode: le plus beau métier du monde les coulisses d'exploitation et de précarité de cette industrie du prestige.

Son travail, qui apparaît sous la forme d'un roman graphique le 1er octobre aux éditions La Découverte/Delcourt, est illustré avec créativité et noirceur par le dessinateur Danicollatérale.

La vision est oppressante: une dizaine de femmes s'affairent de nuit dans un petit appartement parisien autour d'un bout de tissu qui doit devenir, en quelques heures, une robe de haute couture.

Leur travail sera vendu entre 70 000 et 100 000 euros (environ 65 000 et 93 000 francs suisses), mais chacun repartira avec une enveloppe de liquide équivalente au salaire minimum en France.

Dans son roman graphique «Le plus beau métier du monde?», l’anthropologue Giulia Mensitieri dévoile la précarité dissimulée derrière le prestige de la haute couture.
Dans son roman graphique «Le plus beau métier du monde?», l’anthropologue Giulia Mensitieri dévoile la précarité dissimulée derrière le prestige de la haute couture.source

Ces petites mains de la couture peuvent être «des étudiantes, des ouvrières, des personnes issues de l'immigration asiatique ou des couturières professionnelles, appelées en renfort», raconte la doctorante en anthropologie sociale et chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français, qui a visité l'un de ces ateliers qui tournent à plein régime avant une Fashion Week.

Rémunération au prestige

Le secteur de la mode et de l'habillement pèse plus de 3% du PIB français, davantage que l'automobile, et fait vivre près d'un million de personnes. Pourtant, il reste l'un des moins documentés.

«C'est un univers surexposé, ultra-visible dans les magazines, les affiches, sur internet, mais dont on ne sait rien», souligne la chercheuse italienne. Elle a pu le pénétrer grâce à la base de «légitimation intellectuelle» de ce milieu jugé futile, flatté de l'intérêt d'une anthropologue.

Parmi les réalités économiques soulevées dans cette immersion: le «travail de la dette» dans le mannequinat. Il n'est pas rare que les grandes agences avancent aux modèles tous leurs frais, de la coiffure au taxi, puis leur en demandent le remboursement, ce que la plupart ne pourront jamais faire.

Règne aussi la «rémunération au prestige». «Plus le magazine est prestigieux, plus vous pouvez être certain que les gens ne sont pas payés. C'est une règle. Les pages dites édito (séries de mode publiées hors publicité) sont le plus souvent réalisées gratuitement», relève Giulia Mensitieri.

Certains photographes paient même pour travailler, en avançant l'hôtel, la camionnette et les repas de l'équipe, pensant «investir sur (leur) carrière». D'autres sont rétribués en nature, avec un bon d'achat chez la marque, qui y «gagne doublement».

Galère

Une rédactrice en chef portant un sac à 20 000 euros remet ainsi une enveloppe de 100 euros à un photographe pour 48 heures de travail, lui disant:

«Tu as eu de la chance d'être là»

Cette phrase a donné son titre à la thèse de doctorat de la chercheuse, aujourd'hui au CNRS à Lille, dans le nord de la France.

A models presents a creation for Issey Miyake Women's Spring/Summer 2027 collection fashion show as part of the Paris Fashion Week, in Paris on October 2, 2026. (Photo by JULIEN DE ROSA / AFP)
Un mannequin présente une création du défilé Issey Miyake dans le cadre de la Fashion Week de Paris, le 2 octobre 2026.Image: AFP

«La mode a sa manière propre et sa violence spécifique, qui consistent dans la juxtaposition et la coexistence d'univers et d'objets extrêmement luxueux, de la production de ces imaginaires luxueux, et puis de formes de rétribution, de travail et d'exploitation qui peuvent être extrêmes», souligne-t-elle.

Le secteur ne compte aucune représentation syndicale, hormis le patronat.

«C'est un milieu dans lequel on ne peut pas dire: je suis en galère, je suis en burn-out, je me fais exploiter, je n'ai pas d'argent pour payer mon loyer, ça fait six mois que je ne suis pas payée...»
Giulia Mensitieri

Aux jeunes que ce monde fait rêver, Giulia Mensitieri conseille de «prendre le beau mais de savoir quels sont ses droits».

Si l'autrice ne cite aucune marque, elle constate pourtant que les tentatives de censure se sont récemment multipliées, notamment par l'annulation de certaines de ses interventions.

«Je ne suis pas journaliste, je ne me place pas sur le plan moral, mon but n'est pas de dénoncer, mais d'illustrer comment ce pan du capitalisme fonctionne», souligne la chercheuse.

(jod)

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source: getty images north america / kevin sabitus
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