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Le journaliste romand Siméon Calame lance le magazine Mille-Feuille

Rencontre avec Siméon Calame, le journaliste suisse romand qui lance Mille-Feuilles, magazine entièrement dédié à la gastronomie de Suisse romande.
A 27 ans, Siméon Calame lance un concept inédit en Suisse romande: un magazine papier mêlant évènements, ateliers et livres de cuisine pour mettre en avant le terroir et la gastronomie romande. image: watson

Ce Romand lance un projet inédit: «C'est un rêve et un gouffre financier»

Après avoir taillé ses armes et son palais au sein du média GaultMillau Channel, le journaliste Siméon Calame se jette à corps perdu dans une grande aventure: à 27 ans, le Vaudois lance Millefeuille, un magazine papier entièrement dédié à la scène culinaire romande et à son terroir. Portrait d'une comète de la chronique gastronomique au parcours atypique.
23.05.2026, 07:0423.05.2026, 07:04

On attendait beaucoup du lieu où Siméon Calame allait nous donner rendez-vous. Après tout, depuis plus de six ans qu’il sillonne la Suisse romande à la recherche de la dernière tartelette frappadingue, d'une pépite planquée dans un village du Lavaux ou d'une institution gastronomique bien établie, le journaliste et mordu de pâtisserie a un carnet aussi garni qu’un chou à la crème.

La comète de la chronique romande

Il ne nous a pas déçu. Nous nous retrouvons chez The Sweet Sage, sa pâtisserie préférée, Rue du Rôtillon, à Lausanne. Sur conseil de l'expert, notre choix se porte sur le «Tout Vanille», une ode à la vanille en forme de soucoupe volante, ainsi que sur un intriguant tiramisu revisité. Sans oublier deux macarons - faudrait pas avoir un petit creux durant l’entretien.

Siméon Calame nous a raconté la naissance de son média, Mille-Feuilles, autour d'une pâtisserie.
Le Tout Vanille et le Tiramisu, que nous partagerons (ok, un peu à contre-coeur) avec Siméon Calame.image: watson

Siméon Calame, vous le connaissez peut-être au travers de son classement de la «meilleure viennoiserie vaudoise», du flanc pâtissier le plus gourmand de Lausanne ou encore de la galette des rois à tester absolument début janvier. Peut-être encore avez-vous lu sa critique d'une soirée exclusive pour les jeunes du chef étoilé Guy Ravet ou son portait de l'animateur de la RTS Stéphane Gabioud, cuisiné devant son thermomix.

S'il fait aujourd'hui la pluie et le beau temps dans la chronique culinaire en Romandie, Siméon Calame admet volontiers ne pas avoir grandi dans une famille de foodies. Il semble gêné quand on lui demande de citer le goût de son enfance ou la recette qu'on servait le dimanche. «On aimait manger, mais sans en faire tout un plat. Mes parents cuisinaient simplement et c'était très bon. On allait rarement au restaurant, sauf pendant les vacances.»

Sa passion dévorante pour la cuisine, ce bec à sucre l'a développée tout seul. Un amour mis à mal par une anorexie pendant l'adolescence et qui coupera court à ses rêves de devenir pâtissier. Paradoxalement, c'est écrire sur la nourriture qui lui permettra de s'en sortir: en 2019, sous l'égide de son mentor, le critique gastronomique Knut Schwander, il devient bientôt l'une des plus jeunes plumes de GaultMillau Channel, où il officiera pendant six ans.

Un projet né d'une insatisfaction et d'un rêve

L'idée de Millefeuille, du nom du magazine que le journaliste s’apprête à lancer le mois prochain, a germé l'an dernier. A l’origine, une certaine insatisfaction: ne pas pouvoir faire les «choses à sa manière». C'est-à-dire des articles plus longs, approfondis, qui nécessitent de prendre du temps. Parfois beaucoup de temps.

«Je voulais rendre hommage aux personnes qui travaillent dans le domaine de la gastronomie»
Siméon Calame

Siméon Calame rêve de partir à la rencontre des chefs, des pâtissiers, des vignerons: pas seulement de l'Arc lémanique, mais toutes celles et tous ceux qui font la scène gastronomique, le terroir et le goût de Suisse romande. «C'est ma ligne de conduite: parler autant de ce qui se passe le Jura ou dans les Montagnes neuchâteloises, qu'à Lausanne ou Genève, qui sont déjà largement couverts.»

A l’ère où les publications papiers succombent les unes après les autres sous le rouleau compresseur du numérique, Millefeuille est un projet audacieux, pour ne pas dire complètement dingue. Quand on lui demande s'il n'avait pas meilleur temps d'ouvrir un énième média en ligne, Siméon Calame secoue vigoureusement la tête.

«Créer un site internet ne m'a pas traversé l'esprit une seconde», objecte-t-il en découpant avec délicatesse l'entremets vanille et de nous tendre la moitié. «Déjà, car d'autres le font très bien. Et puis, un site... c'est chiant. (Rires). J'ai un amour pour le papier. La nourriture, ça ne se consomme pas sur l'écran d'un smartphone. Cela méritait un autre support.»

Et puis, Millefeuille ne se cantonnera pas à un magazine sur papier glacier mêlant reportages et recettes façon Betty Bossi ou Migros Magazine. C'est un projet à plusieurs dimensions, qui combinera évènements, ateliers et livres de cuisine. Chaque numéro (il y en aura quatre par an) sera accompagné d'une soirée mêlant plusieurs chefs et artisans du goût.

Au programme de ces moments privilégiés et ouverts au grand public? Un menu en quatre plats, accord mets-vin compris, avec apéritif, amuse-bouche, cocktail et, of course, dessert. Concocté par plusieurs professionnels de la restauration, de la vigne, du bar et de la pâtisserie, c'est la promesse d'assouvir les palais plus curieux et de faire converger plusieurs talents au même endroit, pour un moment unique.

«J'en ai parlé à plusieurs chefs et cheffes autour de moi. On m'a dit: ton projet est béton, fonce. Ça n'existe pas encore, ça va cartonner»
Siméon Calame

Ni une ni deux, à l'automne 2025, le jeune journaliste lance une première collecte de fonds en ligne avec pour objectif de récolter 30 000 francs. Objectif dépassé, même si «la somme amassée visait tout juste à couvrir le lancement».

«Ce n'est pas grand-chose, quand on sait que chaque magazine coûte environ 25 000 francs à produire, en photographie, graphisme, journalistes et impression pour 2000 exemplaires. Et cela ne couvre même pas mon salaire ni les déplacements!» explique Siméon Calame. Lequel a dû apprendre une nouvelle palette de métiers, du démarchage des annonceurs en passant par la gestion d'équipes.

«C'est un gouffre financier énorme et je comprends pourquoi si peu de gens se lancent dans la presse papier, mais c'est aussi un défi incroyablement excitant!»
Siméon Calame
Rencontre avec Siméon Calame, le journaliste suisse romand qui lance Mille-Feuilles, magazine entièrement dédié à la gastronomie de Suisse romande.
Passionné de sucre et de pâtisserie, Siméon Calame est un autodidacte de la cuisine.image: watson

Au moment de notre rencontre, alors que le premier numéro est sur le point de filer à l'imprimerie, pour celui qui rejette en bloc le titre pompeux de «rédacteur en chef» et se définit volontiers comme un «anti-journaliste» (il ne suit l'actualité que de très loin), il reste encore énormément de travail à bâcher.

Et si l'on sent parfois poindre chez Siméon Calame une pointe d'étonnement, comme si tout ce qui lui arrivait était un peu trop grand pour lui, il dégage aussi une excitation et une énergie communicatives. Une passion venue du fond du ventre pour ce qu'il fait, et qui l'a justement mené là où il est. Ça, c'est plutôt de bon augure pour Millefeuille.

(Millefeuille sortira en kiosques le 12 juin prochain. Les abonnements, qui démarrent à 89 francs pour la première année, sont disponibles au bout de ce lien.)

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