Les Bridgerton reviennent, on vous dit si ça vaut le coup
Vous avez besoin d’enfiler un truc confortable et tiède, en ce frigorifique mois de janvier? Pas de problème, il suffit de quelques minutes pour que La Chronique des Bridgerton.
La série Netflix nous cueille avec ce qu’elle sait faire de mieux: nous offrir une parenthèse soyeuse au cœur d’un Londres (très idéalisé) où les roses grimpantes n’ont jamais de pucerons, où les bals se succèdent comme si les bourgeois n’avaient que ça à faire (spoiler: ils n’ont que ça à faire), et où la moindre promenade en calèche prend des allures de peinture style Renaissance (sauf les fois où ça devient un porno).
C’est chatoyant, c’est riche, c’est so British. Et franchement, ça fait plaisir de retrouver les Bridgerton.
La bande-annonce 👇🏽
Le fils frivole entre en scène
Surtout que cette saison met enfin sur le devant de la scène le fils longtemps relégué au rôle d’arrière-plan: Benedict Bridgerton. Dans les saisons précédentes, il tenait le rôle du rêveur, de l’artiste, du séducteur allergique aux bagues à l’annulaire. On le retrouve exactement comme ça, mais en gros plan.
Ce deuxième fils qui ne veut pas entrer dans le rang dégage une fraîcheur, une liberté, un charme un peu bohème dans sa façon d’exister à contre-courant d’une famille obsédée par les alliances et les réputations. Jusqu’à ce que…
Un bal, une inconnue masquée, un coup de foudre instantané, et le voilà lancé dans une quête façon Cendrillon à l’envers. Sauf que le spectateur, lui, sait déjà ce que le fils Bridgerton ignore. Résultat? On assiste durant quatre épisodes au même ballet. Benedict qui cherche, Benedict qui se trompe, Benedict qui tourne autour du pot, papillonne, se perd, se reprend.
C’est d’ailleurs parfois un brin longuet; par moments, on a presque envie de lui secouer le col. Mais c’est aussi pour ça qu’on regarde cette série: pour voir ces jeunes gens contourner l’évidence pendant des épisodes entiers, jouant sur notre frustration.
Une saison plus sage, moins brûlante
Là où le bât blesse, c’est que cette quête n’est pas secondée par une tension très puissante ailleurs. Loin du volcan Simon-Daphné (saison 1) ou de la friction électrique entre Anthony et Kate (saison 2), cette salve carbure à un combustible plus tiède.
Les regards prolongés font sourire, mais sans faire frissonner le spectateur. Et côté scènes épicées… disons que les épices se comptent sur les doigts d’une main gantée de dentelle.
A l’échelle Bridgerton, où l’attente de l’alchimie fait partie du plaisir, cette entrée en matière a un petit côté light. Sur l’indice chili, on se situe à 4 sur 10, là où les anciennes saisons jouaient plutôt dans la catégorie 8 ou 9. Pas de quoi crier au scandale, mais assez pour se dire «tiens, on aurait bien ajouté une pincée de paprika en plus».
Les secondaires peinent à exister
Autour de Benedict, les autres Bridgerton font leur ronde habituelle. Mais entre l’insipide Francesca qui passe quasiment inaperçue, Colin et Penelope qui jouent le couple installé, et Eloise qui ressasse la même angoisse d’émancipation de façon de plus en plus caricaturale au fur et à mesure des saisons, on sent que l’équipe garde ses atouts pour plus tard. En tout cas, on espère.
Même Lady Whistledown, désormais à visage découvert, perd un peu de son mordant. On savoure encore les piques mondaines disséminées dans ses pamphlets, mais le charme du mystère, façon Gossip Girl de la régence anglaise, s’est évaporé.
Ironiquement, c’est Violet Bridgerton, la matriarche, qui apporte le plus de nuance émotionnelle et de frissons. Sans révéler quoi que ce soit, disons qu’il y a chez elle un frémissement intérieur, une hésitation douce-amère, une porte qu’elle n’a pas totalement refermée. On en redemande.
Quand les domestiques volent la lumière
Là où la saison surprend, et plutôt en bien, c’est dans le choix d’agrandir le champ social du récit. Pour la première fois, on passe vraiment la porte de la «downstairs life», chez les domestiques de ces nobles familles.
Ainsi, ce sont des enjeux plus humains qui débarquent, comme des histoires de salaires, de rêves inatteignables, de solidarité entre employés, et même une petite rébellion sociale qui couve dans plusieurs foyers. Des thématiques auxquelles le spectateur s’identifie sans doute davantage qu’aux problèmes de dentelle mal repassée chez les familles anglaises aisées.
Est-ce que c’est historiquement précis? Probablement pas au détail près. Est-ce que c’est moderne? Assurément. Est-ce que ça fonctionne, sans être une leçon de syndicalisme pénible? Oui. Parce que dans un monde où la bonne tenue est sacrosainte, voir ces travailleurs se rebiffer, c’est presque plus excitant qu’un baiser dérobé entre un vicomte et une roturière dans un jardin trop bien entretenu. De toute façon, c’est ça ou rien, puisqu’à la moitié de la série, le croustillant se fait encore attendre.
Le charme opère, mais très lentement
Ne soyons pas hypocrites: on se régale quand même. Les paysages verdoyants, les manoirs gigantesques, les tapisseries trop chargées, les carrosses en bois, les robes étincelantes, tout ceci reste un bonheur visuel. D'autant plus que de nombreux personnages font leur apparition.
Les dialogues, tout de même un peu trop sages, sont portés par des acteurs qu’on connaît, qu’on aime, qu’on suit comme des cousins éloignés dont on attend des nouvelles. On ne boude pas son plaisir, mais à ce stade, on ne s’arrache pas non plus le corsage.
Verdict? La première moitié de la saison 4 donne l’impression d’un grand tour de chauffe. C’est joli, mais c’est un peu creux, il manque l’étincelle qui transformait les anciennes saisons entre fièvre et frustration. Ici, on navigue sur un lac calme, très beau, mais un peu lisse.
La bonne nouvelle, c’est que tout est en place pour que ça s’embrase. Alors non, pour le moment, ce n’est pas l’émeute, mais ça pourrait le devenir. On croise nos doigts gantés de dentelle pour que la deuxième partie, qui sortira fin février, fasse voler en éclats la porcelaine.
