La semaine passée, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé une baisse du taux directeur. C'est la première fois qu'une telle mesure est prise depuis que l'Europe a été submergée par une vague d'inflation. Toutefois, il ne s'agit que d'une baisse d'un quart de point de pourcentage, et Christine Lagarde n'a donné aucune indication sur la manière dont cela pourrait se poursuivre.
On ne sait donc pas si l'on en restera à cette unique baisse des taux d'intérêt – ou si un revirement vers le bas a été amorcé et si la BCE va encore abaisser son taux directeur. L'incertitude quant aux conséquences pour la Suisse est grande. La Banque nationale suisse (BNS) prendra une nouvelle décision sur son taux directeur le 20 juin.
Samad Sarferaz, expert du Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l'EPFZ s'est exprimé sur ces questions dans une publication interne. Selon lui, l'inflation se situe clairement dans la zone cible de la BNS, et le KOF ne s'attend pas à une nouvelle hausse dans ses prévisions:
Cela plaide en faveur d'une nouvelle baisse des taux d'intérêt. En effet, une telle décision n'est envisageable que si l'inflation est vaincue. La BNS est apparemment confiante à ce sujet et a donc déjà abaissé, une première fois, son taux directeur en mars, à 1,5%.
L'euro s'est aussitôt renforcé par rapport au franc suisse et s'est momentanément approché de la parité. Le lien est donc confirmé: si le taux directeur de la BNS est largement inférieur à celui de la BCE, le franc s'affaiblit et la situation devient dangereuse. Les importations suisses deviennent plus chères et les prix augmentent dans notre pays, ce qui alimente l'inflation.
Mais la récente baisse des taux d'intérêt de la BCE limite ce risque. D'ailleurs, l'euro s'était déjà affaibli auparavant, lorsque les marchés avaient commencé à parier sur une baisse des taux d'intérêt de la BCE. Maintenant que ce pari a fonctionné, l'euro s'est encore un peu plus affaibli et est passé sous la barre des 97 centimes.
La probabilité que la BNS abaisse une nouvelle fois son taux directeur a donc augmenté. Car, comme le note Samad Sarferaz, expert du KOF:
En d'autres termes, la décision de la BCE a augmenté les chances que la BNS abaisse à nouveau son taux directeur le 20 juin, pour le ramener à 1,25%.
Mais cela ne signifie pas pour autant que la BNS va utiliser cette plus grande marge de manœuvre. En effet, l'inflation est récemment redevenue plus élevée en Suisse. En mai, l'indice des prix à la consommation était supérieur de 1,4% à celui de l'année précédente. En mars, c'est-à-dire la dernière fois que la BNS a décidé d'abaisser les taux, il ne l'était que de 1%. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles l'incertitude est actuellement grande sur les marchés financiers: de nombreux investisseurs ne croient pas qu'une deuxième baisse du taux directeur aura lieu en juin.
En revanche, les économistes de la Banque J. Safra Sarasin en sont convaincus. Dans un communiqué, ils écrivent:
En effet, l'inflation se situe toujours dans la marge de fluctuation de la BNS et ne constitue donc pas un danger. En revanche, le risque est grand que l'économie souffre trop, comme le soulignent les experts. La croissance a été faible ces derniers temps – et le restera selon les indicateurs avancés. Les perspectives pour la Suisse sont donc encore plus mauvaises que pour la zone euro, qui n'avance elle-même que péniblement.
Aux Etats-Unis, la banque centrale, la Fed, décidera cette semaine de son taux directeur; mais peu d'observateurs s'attendent à une baisse. Cela ne plaît pas aux experts, qui considèrent depuis longtemps que l'inflation est vaincue. Leurs mises en garde sont de plus en plus criantes.
Le prix Nobel Paul Krugman, par exemple, écrit dans le New York Times qu'il est temps de cesser de s'occuper de manière obsessionnelle de l'inflation, «qui ressemble de plus en plus à un problème d'hier».
Si l'on considère différentes méthodes de calcul, l'inflation se situerait entre 2 et 3% et serait donc supérieure à l'objectif officiel, mais pas au point de constituer une préoccupation majeure. En revanche, des signes inquiétants montrent que les taux d'intérêt élevés pourraient avoir un impact plus important sur l'économie, avec un certain décalage. L'intuition de Paul Krugman est donc la suivante:
Traduit et adapté par Tanja Maeder