Trump a déjà gagné
Même si une très large majorité de la population se contente de mater des athlètes avec un paquet de chips et un cageot de bières sur les cuisses, les événements de grande ampleur n’échappent jamais aux tensions qui étouffent la planète. Un soft power souvent bénéfique pour la santé de la démocratie, mais qui, cette année, se drape dans un voile politique d’une épaisseur inédite.
A cause de Donald Trump, le Super Bowl n’aura rien à envier à la foire d’empoigne chère au Congrès américain et les JO 2026 ressemblent déjà à une réunion de l’Otan. Des Jeux aux enjeux quasi militaires, où la plupart des nations feront d’une victoire contre les équipes américaines une affaire personnelle.
Jugez plutôt:
Le président américain ne se rendra pas en Italie pour représenter les Etats-Unis et le Super Bowl se déploiera sans lui. Bien sûr, le milliardaire affirme qu’il y serait «allé si le trajet était un peu plus court», mais des bruissements en provenance de la Maison-Blanche jurent qu’il goûte moyennement à l’idée d’être hué par la totalité du Levi's Stadium de Santa Clara, en Californie, face à 150 millions de téléspectateurs prêts à dégainer leur smartphone pour propager l’instant.
A en juger par la frénésie médiatique, Donald Trump a pourtant déjà réussi à infecter durablement les deux manifestations sportives majeures de ce début d’année. Il a envoyé JD Vance à Milan, féroce ennemi d’une certaine idée de l’Europe, qui se dit malgré tout persuadé que «les Jeux olympiques et l’une des rares choses qui unissent encore les pays». Non loin de là, les agents de l’ICE chargés de «fournir des renseignements sur les menaces criminelles transnationales» n’aident pas à détendre l’ambiance.
Vous avez dit tendu?
Sans compter que les Etats-Unis affronteront durant deux semaines des pays récemment défiés, voire menacés frontalement par le locataire de la Maison-Blanche, comme la Norvège, garante d’un Nobel qu’il n’a pas reçu et nation ayant remporté le plus de médailles en 2022, à Pékin. Citons aussi l’équipe danoise de hockey, qui sera face aux Etats-Unis sur la glace milanaise, en pleine polémique autour du Groenland.
Une Team America de hockey sur glace qui est d’ailleurs la plus à droite parmi les grandes ligues sportives du pays, puisque 44,3% des joueurs sont identifiés comme républicains (contre seulement 5,6% de démocrates), selon une étude relayée fin janvier par The Independant. Pas sûr que les athlètes américains présents en Italie reçoivent un accueil plus chaleureux que les Russes, compte tenu de la solide impopularité de leur président en Europe.
Enfin, nul doute que durant deux semaines, ces affrontements sportifs feront du bruit bien au-delà des villages olympiques. Car n’oublions pas que l’Oncle Sam a souligné le sport en rouge dans son agenda diplomatique. D’après une note interne consultée par Politico, «l’administration Trump nourrit de grandes ambitions pour ces Jeux olympiques» et ça sonne comme un discours géostratégique.
Vu la gueule de la prochaine décennie, cette ambition n’est pas totalement gratuite. Pour rappel, les Etats-Unis accueilleront la Coupe du monde dans quelques mois, les JO d’été en 2028 et ceux d’hiver en 2034.
Même avec une bonne dose d’hypocrisie en bandoulière, Donald Trump ne sera donc pas réfractaire à l’idée de se déguiser en ambassadeur en cuissettes, si ça lui permet de vanter une énième fois la suprématie américaine. D’autant que le Super Bowl, du moins à entendre les râles du clan MAGA depuis de longues semaines, serait méchamment en train de lui échapper, notamment à cause des prestations aussi tendues qu’attendues des artistes les plus politisés du moment, à savoir Bad Bunny et Green Day.
Conscient de la pression qui pèse sur ses épaules, le célèbre rappeur portoricain, qui avait multiplié les charges contre l’administration Trump et les violences commises par la police de l'immigration, a récemment levé le pied au moment d’évoquer ses 13 minutes de gloire prévues dimanche:
La NFL avait elle aussi tenu bon face à l’administration. Notamment à cause d’un public américain moyen vieillissant (50 ans) et qui peine à se renouveler, la ligue cherche à étendre son influence hors de ses frontières.
Une mission qui passe non seulement par la programmation de poids lourds au moment de la mi-temps (Bad Bunny est par exemple nº1 en Chine), mais aussi par des matchs qui s’expatrient de plus en plus (9 rencontres sont prévues à l’étranger la saison prochaine) et un soft power à l’international qu’il s’agit de câliner.
Bien que la résistance s’organise, Donald Trump a sans doute déjà remporté la partie. Les JO 2026 et le Super Bowl sont hantés par les coups d’éclat et les menaces d’un président américain qui refusera de lever le drapeau blanc politique, sous prétexte de compétitions sportives de part et d’autre de l’Atlantique.
Si la résistance s’organise et qu’il se peut que tout se déroule sans accrocs, cette année, il faudra sans doute avoir un peu plus de cran que d’habitude pour plonger sa main dans le paquet de Pringles en toute insouciance.
