27 août 1996, aéroport JFK de New York. Melania Knauss, une grande brune aux yeux félins et aux jambes kilométriques, ne trimballe avec elle que deux valises, son passeport et un porte-folio.
Le début du reste de sa vie. La jeune mannequin de 26 ans laisse derrière elle son continent et sa famille adorée, pour croquer avec gourmandise dans la Big Apple et la promesse de vivre son rêve américain.
Quelques pages et dix ans plus tard, celle qui est devenue entre-temps Melania Trump prête officiellement serment pour obtenir la citoyenneté américaine. Tout un symbole.
C'est sur cette anecdote que l'ex-première dame démarre son récit. Une compilation de moments forts et de souvenirs, empilés comme des perles sur un collier Tiffany&Co, sans forcément d'ordre chronologique. De son enfance derrière le rideau de fer aux débuts de sa liaison avec un célèbre milliardaire new-yorkais, en passant par le lancement de la première campagne présidentielle de 2015, au sommet des escaliers dorés de la Trump Tower.
Après des années à tenter de comprendre qui se cache derrière les traits figés et indéchiffrables de cette first lady farouchement discrète, son autobiographie était la promesse de percer une partie du mystère. On apprendra en effet de plus amples détails sur son passé, notamment ses premières années dans la Slovénie communiste des années 70 - une période loin d'être aussi «sombre» que supposée, entre les vacances au ski dans les Alpes, la nounou privée, la collection de voitures de son papa et les étés sur la côte italienne.
C'est aussi un aperçu de l'intérieur des années de présidence Trump. Sans qu'elle n'offre beaucoup de détails sur la réalité d'être l'épouse du chef de l'Etat, Melania revient avec un certain humour sur des rencontres avec de hauts dignitaires, du roi Charles III (avec qui elle entretient toujours une correspondance, affirme-t-elle) au pape François.
On découvrira aussi qu'elle a assisté à la mort du patron de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, en direct depuis la «Situation Room» de la Maison-Blanche, et que son aversion pour le poisson cru a failli provoquer un conflit diplomatique lors d'une visite officielle au Japon, en 2019.
Elle fournit également sa version sur quelques polémiques célèbres, dont la fameuse veste kaki «I really don’t care, do you?» enfilée pour aller visiter des enfants à la frontière avec le Mexique, en 2018. Un doigt d’honneur brandi aux médias. «J'étais déterminée à ne pas laisser les faux récits des médias affecter ma mission», se souvient-elle.
Ou encore lorsqu’elle avait «arraché» sa main à celle de Trump en 2017, durant un voyage à Tel Aviv, faisant les gorges chaudes de la presse. «Un malentendu», rectifie l’intéressée. «Le protocole exigeait que le président et le premier ministre marchent côte à côte, avec leurs épouses en retrait. Cependant, des circonstances imprévues ont conduit à un léger écart par rapport à la norme. Bibi a fini par tenir la main de sa femme et mon mari a marché à côté d'eux - trois de front.»
Watch Melania Trump swat away President Trump's attempt to hold her hand as the couple arrives in Israel https://t.co/2mZnWqc3dL pic.twitter.com/MBiysSYJj1
— People (@people) May 22, 2017
Sur le plan politique, l'ex-première dame ne dévoile pas d'opinions différentes de celles du 45e président, au-delà de son soutien au droit à l'avortement, qui a fait la Une des médias la semaine passée. «Le droit fondamental d'une femme à la liberté individuelle, à sa propre vie, lui donne l'autorité de mettre fin à sa grossesse», affirme l’auteure dans ses mémoires. Une position qui tranche avec l'héritage politique de son homme, qui a nommé trois juges de la Cour suprême qui ont contribué à annuler ce droit constitutionnel.
Il ne fait en revanche aucun doute qu'elle partage à 100% le fantasme de son mari sur l'élection volée de 2020, bien que moins grandiloquente dans sa manière de l'exprimer. Melania surfe avec douceur sur la vague complotiste en évoquant «des activités de vote suspectes signalées dans tout le pays».
Au-delà de ces anecdotes amusantes ou intrigantes, Melania se contente d'effleurer la surface. Plus généreuse lorsqu'il s'agit de décrire le buffet de ses noces et la «délicate salade de crevettes» que ses sentiments à la révélation de la vidéo durant laquelle sa moitié affirme attraper les femmes «par la chatte», en 2016.
La plupart des scènes décrites sont dignes d'un épisode de Top Model. Comme la demande en mariage de Trump, le 26 avril 2004, le jour de son anniversaire. A quelques minutes de se rendre au MET Gala, son petit ami la «surprend» avec un anneau clinquant tout en émeraude et en diamants. «Je t'aime», lui aurait murmuré d'une voix douce le promoteur de 24 ans son aîné. «Je veux passer le reste de ma vie avec toi».
S'il ressort quelque chose de ces pages au ton roucoulant, c'est surtout l'amour inconditionnel de Melania Trump pour son fils, Barron, et sa conscience aiguë et permanente des apparences. Une image d'elle-même que l’ancien top model travaille, bichonne et perfectionne avec talent et maniaquerie. Le mot «sophistication» revient tout les deux paragraphes, séparés par un élégant monogramme M.
Si les lecteurs espèrent déchiffrer l'une des premières dames les plus secrètes de l'histoire moderne, ils risquent d'être déçus. Avec cet habile manifeste tout à sa gloire et à celle de son homme, publié à moins d'un mois de l'élection présidentielle du 5 novembre, Melania ne laissera personne franchir la porte d'entrée dorée de son domaine privé. Ni maintenant ni jamais.