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Les ultrariches se barricadent: ce que ça révèle du monde

Pourquoi les super-riches se bunkérisent
Les ultrar-riches se barricadent, peut-être à raison. Image: montage watson

Les super-riches vivent déjà dans un autre monde

Aux Etats-Unis, l'élite transforme ses maisons en forteresses high-tech.
19.02.2026, 18:5519.02.2026, 18:56
Philipp Löpfe / watson.ch

Des inconnus auraient vraisemblablement enlevé la mère de la célèbre et populaire présentatrice de télévision américaine Savannah Guthrie. Ce crime ne tient pas seulement le commun des mortels en haleine. Les super-riches s’interrogent eux aussi sur la manière dont un tel enlèvement a pu se produire, la victime vivant dans une villa hautement sécurisée dans l’Etat d’Arizona.

La peur des cambriolages et des enlèvements s’est propagée au sein de l’élite américaine comme la peste. Résider dans une «gated community», un lotissement surveillé par un service de sécurité privé, ne suffit plus. La maison individuelle se transforme de plus en plus en bunker high-tech. Des millions de dollars sont investis rien que pour des vitrages pare-balles et anti-effraction.

S’y ajoutent des caméras de surveillance qui enregistrent tout, absolument tout. Le Wall Street Journal donne un exemple:

«Lorsqu’une personne résidente ou invitée entre dans le garage, non seulement la plaque d’immatriculation est contrôlée, mais l’identité des occupants est également vérifiée au moyen de la reconnaissance faciale, de même que leur autorisation à pénétrer dans le bâtiment. Cela déclenche à son tour un système de sécurité qui n’accorde à la personne concernée l’accès qu’aux pièces autorisées. Parallèlement, ce système surveille l’ensemble des mouvements dans la maison afin de détecter toute activité inhabituelle.»

Afin que des invités indésirables n’atteignent même pas la maison, les abords sont eux aussi sécurisés. A l’image des châteaux médiévaux, les villas de luxe sont dotées de mini-douves. Elles sont gardées par des agents privés armés, eux-mêmes épaulés par des chiens spécialement entraînés. «Des mesures de sécurité autrefois réservées aux présidents et aux membres des familles royales font désormais partie des équipements standards d’une maison de luxe», écrit le Wall Street Journal.

Des oligarques comme Peter Thiel et Elon Musk vont encore plus loin. Ils se sont fait construire, sur des îles privées, en Nouvelle-Zélande ou en Afrique du Sud, leurs propres forteresses où ils pourraient se retirer si la situation aux Etats-Unis l’exigeait.

La peur des super-riches a deux causes. A l’ère d’Internet, ils ne sont plus anonymes. Ainsi, Danny Hertzberg, agent immobilier réputé, explique:

«Avant l’arrivée des réseaux sociaux, à quelques exceptions près, presque personne ne connaissait le nom des PDG ni ne savait à quoi ils ressemblaient. Aujourd’hui, ils sont traqués sur Internet.»

Le «private jet tracking», c’est-à-dire le suivi des vols de jets privés, leur donne des sueurs froides.

L’aggravation des inégalités constitue un terreau propice au besoin de sécurité de l’élite. Aux Etats-Unis, une «économie en K» s’est installée, situation dans laquelle l’écart de revenus entre riches et pauvres ne cesse de se creuser. Les tensions sociales en sont la conséquence logique.

L’intelligence artificielle (IA) risque fort d’exacerber encore ces tensions dans un avenir proche. Tandis que les classes supérieures profitent de manière disproportionnée de l’IA – que ce soit à travers des emplois hautement spécialisés ou des gains sur les marchés financiers –, la classe moyenne redoute pour sa survie. Comme le rapporte The Atlantic, environ 70% des Amérains sont convaincus que l’IA entraînera des pertes massives d’emplois.

Et cette crainte est fondée. L’IA s’impose comme un destructeur d’emplois de premier ordre. Presque aucun secteur n’est épargné. Des robots de traite et des machines de récolte pilotées par l’IA remplacent les travailleurs agricoles; dans les restaurants de fast-food, des robots préparent hamburgers et frites. Les tâches de bureau sont remplacées par des logiciels; l’IA est même désormais capable de se programmer elle-même, rendant superflus les ingénieurs en logiciel.

La quête d’efficacité toujours plus grande, inhérente au capitalisme, conduit certes à une productivité accrue. Mais les fruits de cette croissance tombent presque exclusivement dans l’escarcelle de ceux qui possèdent déjà beaucoup. Cette dynamique devrait encore s’accentuer. Amazon, par exemple, estime qu’environ 500 000 postes pourraient être supprimés d’ici à 2033. De son côté, le directeur général de Ford, Jim Farley, prédit que la moitié des employés de bureau ne seront bientôt plus nécessaires.

Les dernières données du marché du travail aux Etats-Unis semblent contredire ces prévisions pessimistes, mais seulement en apparence. Certes, 130 000 nouveaux emplois ont été créés en janvier – nettement plus que prévu –, mais cette évolution positive s’explique principalement par deux secteurs: la santé et l’éducation. Dans la plupart des autres branches, l’emploi a reculé. De plus, les immigrés en situation irrégulière sont surreprésentés précisément dans le secteur de la santé.

Transformer les villas de luxe en mini-châteaux high-tech apparaît ainsi comme une évolution préoccupante. Les super-riches se retranchent comme autrefois les nobles au Moyen Age et redoutent une rébellion des paysans appauvris. (trad. hun)

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Immersion dans le plus grand bunker d'or privé de Suisse
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