Ces Lego cachent une stratégie de l'Iran pour affaiblir Trump
Une version Lego de Donald Trump boit du pétrole dans une bouteille de Coca-Cola dans une vidéo. Dans une autre, le président américain apparaît avec un nez de Pinocchio, en pirate ou en conquérant brutal. En fond sonore, du rap avec des paroles comme «Tu n’es rien d’autre qu’un escroc» ou «Menteur!».
Ces vidéos portent des titres moqueurs comme «Little Orange Man» et atteignent des millions de personnes sur les réseaux sociaux.
Ces contenus dressent un tableau fortement caricatural et parfois biaisé des événements actuels: les Gardiens de la révolution iraniens y sont présentés comme des combattants de la liberté et des défenseurs de la justice, tandis que les Etats-Unis apparaissent comme un ennemi honni et terrorisant. Ces vidéos rencontrent un large écho, notamment en Occident. Qui se cache derrière ces productions Lego, et dans quelle mesure sont-elles dangereuses?
Voici un exemple 👇
Selon la spécialiste de la propagande Sylvia Sasse, l’objectif principal de ces contenus est de toucher un public qui condamne déjà la guerre menée par les Etats-Unis contre l’Iran:
D’après un reportage de la chaîne américaine CNN, les comptes qui diffusent ces contenus sous le nom «Explosive Media» seraient gérés par un groupe de jeunes hommes âgés de 18 à 24 ans. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais quitté l’Iran, précise le média. Dans une interview, ils affirment être un média indépendant, tout en reconnaissant que le régime figure parmi leurs clients.
En réalité, le groupe ne pourrait pas partager ses vidéos avec le reste du monde sans autorisation spécifique des autorités, l’Iran connaissant depuis des semaines un quasi-black-out d’Internet. «Cela montre que ces vidéos sont produites pour l’Occident», souligne Sylvia Sasse, qui enseigne à l’Université de Zurich. Elle ajoute:
Autre indice du public visé: l’utilisation de figurines Lego pour ces animations générées par intelligence artificielle. «Lego est un produit occidental que tout le monde connaît», rappelle la professeure. Il en va de même pour les genres musicaux des bandes-son. «Ils reprennent des éléments de la culture populaire occidentale pour les retourner contre la société occidentale», explique-t-elle.
Les vidéos intègrent également des citations et des signes distinctifs propres à Donald Trump. On y retrouve par exemple sa phrase fétiche issue de son émission de téléréalité «The Apprentice»: «You’re fired!» («Tu es viré!»). Ou encore la représentation du président avec de petites mains, ce qui lui vaut le surnom de «tiny hands» («mains minuscules») chez ses opposants aux Etats-Unis.
Dans ce contexte, l’un des créateurs a affirmé dans une interview accordée à CNN qu’il connaissait mieux l’Occident que l’Occident ne connaît les Iraniens. «Ils cherchent à faire passer les Etats-Unis pour stupides et à se présenter eux-mêmes comme informés et intelligents», analyse Sylvia Sasse. Une stratégie classique dans une guerre de propagande. Mais un point surprend:
Derrière cette nouvelle forme de propagande se cache en réalité une tactique bien connue, également utilisée par le gouvernement russe: les demi-vérités. Critiquer Trump est en effet facile.
Vladimir Poutine applique cette méthode depuis longtemps, en se présentant en Afrique et en Amérique du Sud comme un adversaire de l’impérialisme et du colonialisme. Si les critiques visant des systèmes oppressifs peuvent être légitimes, «Poutine n’est pas le bon messager pour les porter», souligne Sylvia Sasse. Il en va de même pour les contenus proches du régime iranien. (trad. hun)
