Il y a «une évolution inquiétante dans la nature du conflit» en Ukraine
Quelques jours avant que la guerre en Ukraine ne bascule dans sa cinquième année, les organisations humanitaires dressent un constat alarmant: le nombre de victimes civiles continue de grimper, touchant des pics inégalés depuis le début de l'invasion. «La situation s'est clairement aggravée», indique Danielle Bell, responsable de la Mission de surveillance des droits de l’homme en Ukraine (HCDH), dans un communiqué diffusé ce lundi.
Les chiffres sont sans appel. L'année dernière, 2514 civils ukrainiens ont été tués et plus de 12 000 ont été blessés, selon les Nations unies. Le nombre total de victimes a ainsi grimpé de 31% par rapport à 2024 et même de 70% par rapport à 2023. Seule l'année 2022 affiche un bilan plus lourd, notamment en raison du nombre extrêmement élevé de morts, à savoir 8423.
Au total, 15 000 civils ont été tués depuis le début de l'invasion russe, tandis que le nombre des blessés dépasse désormais les 40 000 personnes.
«Une évolution inquiétante»
L'écrasante majorité des victimes civiles recensées en 2025 ont été tuées ou blessées dans les territoires contrôlés par le gouvernement ukrainien, indiquent encore les Nations unies. Autrement dit, 97% de ces pertes sont imputables aux attaques menées par les forces armées russes.
Un rapport de l'ONG britannique Action on Armed Violence (AOAV), diffusé également en début de semaine, avance un bilan similaire à celui élaboré par l'ONU. «Les données indiquent une évolution inquiétante dans la nature du conflit: moins d'attaques causent davantage de dégâts», affirment ses auteurs. D'après leurs calculs, chaque incident a fait en moyenne 4,8 morts en 2025, contre 3,6 en 2024.
«Cela suggère que les armes explosives utilisées par la Russie sont employées de manière à avoir un impact plus important sur les civils», ajoutent-ils. L'ONG cite notamment des attaques plus amples, des munitions plus lourdes ou des frappes visant spécifiquement des zones très peuplées.
Des attaques de plus en plus massives
Les observations des Nations unies le confirment: «L'augmentation des victimes civiles est due non seulement à l'intensification des hostilités autour de la ligne du front, mais aussi à l'utilisation accrue d'armes à longue portée», explique Danielle Bell. Missiles et munitions rôdeuses ont, en effet, été à l'origine de 35% des pertes enregistrées au sein de la population l'an dernier.
Les centres urbains sont particulièrement exposés. Des bombardements massifs ont lieu presque toutes les nuits à travers l'Ukraine depuis 2025, affirme le rapport d'AOAV, qui fournit l'exemple suivant:
Ces attaques sont «régulières, durent plusieurs heures et impliquent des centaines d'armes en même temps», renchérissent les Nations unies. Les bilans sont, parfois, très lourds. Le 19 novembre dernier, une frappe russe à tué 38 personnes à Ternopil, tandis qu'une autre, en juillet, a fait 32 morts e 170 blessés à Kiev.
«Safari humain»
Parallèlement, les pertes causées par les drones à courte portée ont également augmenté: ces armes ont fait 577 morts et 3288 blessés en 2025, soit plus du double par rapport à l'année d'avant. Ces incidents se produisent surtout à proximité du front, précisent les Nations unies. Danielle Bell commente:
Dans ces régions, «les opérateurs de drones russes prennent délibérément pour cible des civils avec leurs engins», confirme Human Rights Watch dans son rapport annuel, diffusé début février. L'ONG rappelle que ces agissements constituent des «crimes de guerre».
Dans la ville de Kherson, située dans le sud du pays, ces types d'attaques se produisent quotidiennement. Les résidents et les autorités régionales parlent désormais de «safari humain», d'après un reportage publié dans 24 Heures. «Les Russes chassent les habitants de la ville, y compris les enfants et les personnes âgées. Ils attendent l’arrivée des secours pour les frapper aussi», dénonce ainsi le gouverneur de la région.
L'impact des blessures graves
Les ONG actives sur place ont également constaté une «hausse considérable» du nombre des personnes en situation de handicap. «Après quatre ans de bombardements et de tirs, le nombre de civils grièvement blessés en Ukraine continue d’augmenter», alertait début février Handicap International. Et d'ajouter:
Les individus en situation de handicap «sont touchés de manière disproportionnée par la violence et la mort», ajoute l'ONG. «Ils rencontrent des difficultés pour accéder aux soins de base et à l’aide humanitaire».
«L'invasion russe de l'Ukraine a donné lieu à une liste effroyablement longue de violations des droits humains internationaux et du droit humanitaire», résume Danielle Bell. «Jusqu'à présent, pourtant, nous n'avons constaté pratiquement aucun effort pour empêcher ces violations ou pour demander des comptes à ses auteurs», conclut-elle.
