Le ministre ukrainien de la Défense veut «tuer 50 000 Russes par mois»
D'ici dimanche, les Ukrainiens devront encore endurer le froid glacial. Ensuite, les températures devraient repasser légèrement au-dessus de zéro, du moins en journée.
Mais ce ne sont pas seulement les rigueurs de l’hiver qui éprouvent la population. Il y aussi l’armée russe, qui exploite avec brutalité ce contexte en visant délibérément les centrales de chauffage et les infrastructures électriques. L'objectif est de briser leur volonté de résister et de pousser les civils à fuir. Par endroits, cette stratégie semble fonctionner.
Des habitants en proie au froid mortel de l'hiver
Comme l’a indiqué mardi le maire de Kiev, Vitali Klitschko, environ 600 000 personnes auraient quitté la capitale rien qu’au mois de janvier, sur une population de plus de trois millions d’habitants. Ces chiffres reposent sur des données de facturation de lignes téléphoniques actuellement «en veille», a précisé Klitschko au journal Ukrainska Pravda.
Après une violente attaque russe le 9 janvier, le maire avait lui-même appelé les habitants à quitter la ville et à trouver refuge chez des amis ou des proches.
Des tentes chauffées pour ceux dans le besoin
Reste à savoir si certains cherchent aussi refuge hors du pays. T-online a posé la question au ministère ukrainien de l’Intérieur, mais à ce stade, il n'a pas répondu. La situation est en tout cas particulièrement dramatique à Kiev. Après l’attaque du 9 janvier, près de 6000 immeubles avaient été privés de chauffage et d’eau.
Lorsque la Russie a de nouveau frappé massivement depuis les airs dans la nuit de lundi à mardi, une grande partie d'entre eux venaient tout juste d’être reconnectés .
Selon les dernières informations, 4000 bâtiments restent toujours coupés du système de chauffage central. Pour les habitants de Kiev, l’électricité et l’eau sont également devenues des denrées rares. Pour faire face aux situations les plus urgentes, les autorités locales ont installé dans les quartiers touchés des tentes chauffées, où les habitants peuvent également recharger leurs appareils portables. Le journaliste Denis Trubetskoy, qui vit à Kiev, racontait mardi:
Eliminer 50 000 Russes par mois
Mais Trubetskoy témoignait aussi de la détermination intacte des Ukrainiens. Selon lui, la population s’est mentalement préparée à l’hiver et aux attaques russes. Il affirmait:
Et cette résilience ne concerne pas uniquement les civils. L’armée ukrainienne entend, elle aussi, continuer d'infliger de lourdes pertes aux forces du Kremlin. Le nouveau ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, a d’ailleurs formulé des attentes très concrètes pour la suite de la guerre contre la Russie.
L’objectif stratégique des forces armées est de «tuer 50 000 Russes par mois», a-t-il déclaré lundi lors d’un point presse. Il a en outre précisé au Kyiv Independent:
Des problèmes de recrutement à Moscou
En réalité, l’armée russe aurait manqué d’environ un quart ses objectifs de recrutement l’an dernier, du moins dans la capitale, Moscou. C’est ce qu’affirme le média d’opposition Verstka. Le recul aurait été particulièrement marqué, en décembre, avec seulement 879 contrats signés, contre près de 2000 en décembre 2024.
Autre signal inquiétant pour le Kremlin, la proportion de recrues âgées de plus de 45 ans, et même de plus de 55 ans, serait en hausse, selon Verstka, qui s’appuie sur des documents transmis depuis le bureau du maire de Moscou.
Si la baisse du nombre de nouvelles recrues devait aussi toucher d’autres districts militaires, les troupes de Vladimir Poutine pourraient se retrouver en difficulté en Ukraine. Au cours des deux dernières années de guerre, la Russie est parvenue à compenser des pertes d’environ 30 000 soldats par mois grâce à un recrutement continu. Ce chiffre inclut les soldats tués, blessés ou portés disparus.
Si l’Ukraine réussissait à neutraliser durablement plus de 30 000 soldats russes par mois, le Kremlin ne serait plus en mesure de maintenir ses effectifs actuels. Environ 600 000 soldats russes sont aujourd’hui déployés en Ukraine.
Cependant, les forces russes, elles aussi, apprennent et adaptent leurs tactiques d’attaque.
Une nouvelle tactique russe jugée dangereuse
Les observateurs militaires américains de l’Institute for the Study of War (ISW) signalent ainsi une évolution qui pourrait devenir dangereuse pour l’Ukraine. Selon eux, l’unité russe Rubikon serait récemment parvenue à frapper un lance-roquettes ukrainien de type Himars à environ 43 kilomètres derrière la ligne de front, près de Pokrovsk, dans le sud-est du pays.
La même unité aurait également diffusé des images montrant des attaques de drones contre le radar et la rampe de lancement d’une batterie de défense antiaérienne Patriot, à quelque 44 kilomètres derrière le front, près de Kharkiv, dans l’est de l’Ukraine.
L’élément le plus préoccupant reste toutefois la méthode employée par Rubikon. A l’origine, sa mission consistait à traquer les unités de drones ukrainiennes sur les secteurs du front les plus disputés. Mais ces frappes récentes menées loin derrière la ligne de front suggèrent, selon l’ISW, que Rubikon utilise désormais avec succès des «drones-mères».
Concrètement, il s’agirait de drones à longue portée équipés de récepteurs internet Starlink et transportant de plus petits drones kamikazes. Une fois derrière les lignes ukrainiennes, ces drones kamikazes sont largués depuis le «vaisseau-mère», puis guidés jusqu’à leur cible grâce à la connexion Starlink. Une évolution tactique qui pourrait compliquer sérieusement la défense ukrainienne.
Une course à l'innovation effrénée
L’ISW analyse:
Dans les faits, l’industrie de l’armement ukrainienne travaille déjà intensivement sur de nouvelles méthodes pour abattre les drones ennemis de manière efficace et à moindre coût. Avec le développement du drone intercepteur baptisé «Sting», l’entreprise ukrainienne Wild Hornets a déjà franchi une étape importante.
Le Sting est lui aussi un drone kamikaze, guidé vers sa cible par un pilote. Sa particularité est qu'il décolle à la verticale et peut atteindre, selon le fabricant, une vitesse de 315 km/h.
C'est nettement supérieur à la vitesse de drones de reconnaissance russes ou de drones kamikazes de type Shahed, avec lesquels la Russie terrorise la population civile ukrainienne. Comme un seule Sting ne coûte pas plus de 2000 euros, ce drone intercepteur pourrait devenir un élément déterminant de la défense aérienne.
Un «bouclier» contre les drones russes
Introduit l’an dernier, le modèle aurait déjà permis d’intercepter plus de 3000 drones de type Shahed, a récemment indiqué le fabricant. Entre-temps, la capacité de production a doublé par rapport aux débuts, selon Wild Hornets, qui ne donne pas plus de précisions. Et le succès de la société semble appelé à se poursuivre.
Le président ukrainien a en effet personnellement ordonné la mise en place d’un «bouclier de drones» destiné à couvrir l’ensemble du pays et à le protéger des attaques russes. Volodymyr Zelensky a confié cette mission à un commandant de drones réputé pour son efficacité, Pawlo Jelissarov.
Nommé vice-commandant de l’armée de l’air, Pawlo Jelissarov a désormais la tâche d'améliorer le déploiement des unités mobiles de défense antiaérienne. Celle-ci ne devra plus agir de manière ponctuelle, mais être déployée comme un véritable réseau couvrant tout le territoire, a insisté Zelensky. Le ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, a renchéri:
Pour la population ukrainienne, renforcer la défense aérienne serait une vraie bénédiction. Mais des mesures purement défensives ne suffiront pas à gagner la guerre contre la Russie. Et rien n’indique que du côté russe la lassitude se fasse sentir.
Même si tous les indicateurs économiques pointent vers un nouvel affaiblissement du pays, les dirigeants du Kremlin ne montrent pour l’heure aucun signe laissant entrevoir une fin prochaine de l’agression contre l’Ukraine.
Traduit de l'allemand par Joel Espi

