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Municipales: ces alliances à gauche qui font scandale

Olivier Faure et Jean-Luc Mélenchon, les patrons du PS et de LFI (de g. à d.)
Olivier Faure et Jean-Luc Mélenchon, les patrons du PS et de LFI (de g. à d.) image: watson

«Il s'est passé quelque chose de très important» entre le PS et LFI

Le politologue Bruno Cautrès, questionné sur les polémiques entourant les alliances ou non entre PS et LFI, insiste sur la culture de l'union de la gauche à l'échelon local en France. «Une logique présidentielle est en marche dans tous les partis», et cela se voit à Paris dans le camp de la droite, observe-t-il encore.
17.03.2026, 15:5717.03.2026, 17:00

Ces dernières heures, la polémique enfle dans l'Hexagone à mesure que se nouent ou ne se nouent pas des alliances entre le Parti socialiste et la France insoumise en vue du second tour des municipales, dimanche 22 mars. Alliances à Toulouse et Limoges, pas d’alliances à Paris et Marseille, même si l’on a appris ce mardi en fin de matinée que le candidat LFI Sébastien Delogu se retirait du combat dans la cité phocéenne.

Comment interprétez-vous cette cacophonie apparente?
Bruno Cautrès: Dans cette période d’importantes tensions entre le PS et LFI, et malgré le fait que l’image de Jean-Luc Mélenchon, le leader insoumis, se soit détériorée dans l’opinion publique, on oublie un élément essentiel.

«Il reste un attachement à l’union de la gauche municipale. C’est une construction politique dans l’histoire de longue durée de la gauche»

Dès avant les années 1970, les liens des communistes français avec l’ex-URSS apparaissant alors comme étroits, s’est construite l’idée que, à travers le local, il y avait moyen pour la gauche de mieux se réunir. D’ailleurs, dans les grands moments de désunion de la gauche, et Dieu sait qu’elle en a eu au cours des cinquante dernières années, les communistes et les socialistes arrivaient toujours à travailler ensemble, comme aux municipales de 1977 et de 1983. Je pense que c’est là une dimension sous-jacente de la présente situation.

Dans les années d’avant la chute du mur de Berlin, le communisme était l’ennemi en Occident. Mais, en France, être jugé antisémite, comme Jean-Marie Le Pen, était bien pire encore. Cela vous rendait démocratiquement infréquentable. Là, malgré les nombreux propos teintés d’antisémitisme de Jean-Luc Mélenchon, le PS est prêt à coopérer avec LFI. C’est un sacré changement, non?
Oui. Il y a quelques jours, il s’est passé quelque chose de très important.

«Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a fait le distinguo entre Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise»

J’ai compris à cette occasion que la logique d’alliances PS-LFI au second tour était enclenchée.

L’infléchissement de la doctrine au sein du PS, depuis le «pas d’alliance au niveau national avec LFI», est grand. Lundi, Olivier Faure a affirmé comprendre «parfaitement les choix» des candidats PS qui font alliance avec LFI. On a quand même l’impression d’un dégonflement côté PS, non?
Tout ceci montre que le prisme et la mécanique de l’élection présidentielle de 2027 sont en train de jouer sur les élections municipales.

C’est-à-dire?

«On voit que chacun des deux partenaires, si l’on prend les socialistes et les insoumis, ne veut pas être associé à une partition qui serait celle de la désunion de la gauche»

Au PS, Olivier Faure a deux discours prêts à servir. Si, finalement, dans les conseils municipaux, le rapprochement PS-LFI ne devait pas marcher, il pourrait dire qu’il a été un homme de gauche responsable, qu’il laissé faire les alliances au niveau local tout en rappelant qu’il y était opposé au niveau national. Mais si cela devait fonctionner, le même pourrait dire qu’il a été, là aussi, un homme responsable en travaillant à refaire de l’union.

Et à LFI, quelle conduite tenir?
Le fait que le candidat LFI Sébastien Delogu retire sa candidature à Marseille, où son maintien risquait de favoriser le candidat Rassemblement national face au maire sortant socialiste Benoît Payan, est un acte important.

«Son argument, jusqu’à ce mardi matin encore, selon lequel LFI a tendu la main à Benoît Payan, mais que c’est lui qui l’a refusée, ne tenait pas face à la possibilité de voir le RN Franck Allisio gagner Marseille, ce qui serait un événement considérable»

Encore une fois, c’est l’engrenage de la présidentielle à l’intérieur des municipales qui est en train de se mettre en place. Je mets dans le même prisme le retrait du candidat Horizon Pierre-Yves Bournazel à Paris en faveur de Rachida Dati.

Une seule et même logique?
Oui. Les appareils politiques prennent date. Il est bien évident qu’Edouard Philippe, le patron d’Horizon, candidat sortant très bien placé à la municipale du Havre avant le second tour, qui n’avait pas face à lui de liste Les Républicains cette année pas plus qu’en 2020, se verrait un jour présenter l’addition.

«C’est aujourd’hui que Les Républicains, soutien de Rachida Dati, présentent l'addition à Edouard Philippe»

D’où le retrait de Pierre-Yves Bournazel. Et pour Edouard Philippe, c’est la machine présidentielle qui se met en route. Son objectif est d’être le candidat de centre droit unique, avec l’espoir que Les Républicains, voyant que leur candidat, Bruno Retailleau, est plus bas dans les sondages, appellent à une seule candidature au premier tour en 2027, celle d’Edouard Philippe.

On apprend ce mardi après-midi le retrait de la candidate Reconquête à Paris, Sarah Knafo, pour «battre la gauche» après le retrait de Pierre-Yves Bournazel, ce qui augmentera davantage encore les chances de Rachida Dati face au socialiste Emmanuel Grégoire arrivé en tête au premier tour. La pression sur l’insoumise Sophia Chikirou, qui a annoncé se maintenir, est à présent énorme, non?

«Oui, la pression sur Sophia Chikirou est énorme»

Peut-on s’attendre à ce que Sophia Chikirou se retire à Paris après le retrait de Sébastien Delogu à Marseille, sachant qu'elle a jusqu'à ce mardi soir pour le faire?
Oui. La France insoumise, qui a réussi de très bons résultats dans certaines villes comme Toulouse et Limoges, sans parler de Roubaix où sa victoire est pour ainsi dire acquise, veut que cela continue à pousser en sa faveur au second tour. Elle a donc intérêt à se montrer coopérative avec le PS, sauf si Jean-Luc Mélenchon veut démontrer dans la cas présent que sans le soutien de LFI, le PS n'a aucune chance.

Coup d'éclat à Strasbourg

Dernier coup de tonnerre: à Strasbourg, la socialiste Catherine Trautmann fait alliance avec un candidat de droite Horizons Pierre Jakubowicz avant le second tour, alors que les écologistes, couleur de la maire sortante, s'allient avec LFI. Qu'en penser?
On voit que le patron d'Horizons, Edouard Philippe, à présent lié aux Républicains et qui veut donc se placer comme le candidat réunissant la droite et la macronisme dispersé en vue de la présidentielle de 2027, retire son soutien à Pierre Jakubowicz. Quant à Olivier Faure, tout à sa logique d'union de la gauche, il retire le sien à Catherine Trautmann.

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