Vladimir Poutine s'adresse rarement aux médias ou aux agences de presse occidentales. Depuis l'invasion de l'Ukraine, il n'a plus accepté d'interviews, de crainte de prêter le flanc à la critique. L'entretien avec le présentateur américain conservateur de droite Tucker Carlson a constitué une petite exception – mais comme on pouvait s'y attendre, le journaliste a pris des gants et a adressé à son interlocuteur des questions suggestives qui devaient lui permettre de placer sa propagande.
Le dirigeant russe est néanmoins sorti de sa zone de confort. A l'occasion du 27ᵉ Forum économique international de Saint-Pétersbourg, il s'est entretenu avec des représentants d'agences de presse du monde entier. Non sans arrière-pensée, bien sûr: lors de la rencontre, à laquelle participent des entrepreneurs du monde entier, la Russie veut se montrer sous son meilleur jour. Elle tente de donner l'image d'une puissance économiquement forte dans le secteurdes matières premières, et que les sanctions occidentales dues à la guerre n'affectent pas.
Voici donc un condensé des déclarations les plus marquantes de Vladimir Poutine.
Le président russe ne s'attend pas à un changement de la politique américaine à l'égard de son pays après les élections présidentielles de l'automne. Il a minimisé la pertinence de ce scrutin:
Par le passé, Poutine avait déjà déclaré qu'il préférait que Joe Biden remporte les élections, car il était plus prévisible.
Le dirigeant a également brièvement évoqué des questions de politique intérieure américaine. Il a repris à cette occasion la rhétorique de Donald Trump: les procédures judiciaires contre le milliardaire républicain sont probablement motivées par des raisons politiques. La justice dans son ensemble sert des intérêts politiques. Preuve de cette persécution: le fait que Trump doive répondre d'agissements remontant à un passé relativement lointain. Voilà pourquoi le candidat à la présidentielle peut compter sur un large soutien au sein de la population.
Si la Russie devait être attaquée avec des armes occidentales depuis l'Ukraine, elle envisagerait une «réponse asymétrique». En clair: Moscou placerait des armes dans des pays qui permettraient une riposte contre les agresseurs:
Dans plusieurs pays d'Europe de l'Est, comme les états baltes ou la Pologne, la crainte d'une avancée russe vers l'ouest est réelle. Mais contrairement à des représailles contre les soutiens de l'Ukraine, l'invasion de pays membres de l'Otan serait à exclure. Poutine qualifie cette crainte de «connerie». Concrètement:
Poutine a, en outre, souligné, comme cela avait déjà été le cas par le passé, que la Russie ne recourrait aux armes nucléaires «qu'en cas de défense». Il ne fait toutefois aucun doute qu'elle est prête à le faire. L'Occident devrait donc prendre ces déclarations au sérieux:
Selon Poutine, il y aurait plus de 6000 soldats ukrainiens actuellement en prison chez lui. L'Ukraine n'aurait en revanche capturé que 1300 soldats, officiers et autres membres de l'armée russe. Des données que Kiev contredit et qu'il reste, de part et d'autre, impossible de vérifier de façon indépendante.
Il en va de même pour le bilan des pertes des deux belligérants. Poutine a déclaré qu'aucun ne donnait d'indications précises sur ses pertes et qu'il n'allait donc pas déroger à cette règle lors de la conférence de presse. Il a, toutefois, affirmé que la proportion était similaire à celle des prisonniers. A Kiev en revanche, on continue à affirmer que les pertes russes sont nettement plus élevées que les ukrainiennes.
Le dirigeant russe a maintenu sa position sur les relations entre les oligarques qui l'entourent et les politiciens allemands de l'AfD. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a par exemple rencontré le coprésident de l'AfD Tino Chrupalla. Poutine a défendu ce type de rendez-vous. «La Russie travaillera avec tous ceux qui souhaitent coopérer avec elle», a-t-il déclaré. Il ne semble pas comprendre pourquoi l'AfD est assimilée à l'extrême droite:
Selon lui, il n'appartient pas à la Russie de juger si une force politique évolue dans le cadre de la constitution du pays concerné. Pourtant, c'est exactement ce qu'il a fait:
«Ceux qui ont des points de vue alternatifs deviennent immédiatement des adversaires de l'Etat en Allemagne», a déploré Poutine, qui a lui-même la réputation d'étouffer dans l'œuf toute opposition et de persécuter politiquement ses opposants. «Tout point de vue alternatif est accueilli comme une position opposée à l'Etat. Et tous sont directement considérés comme agents du Kremlin», a critiqué le président russe.
Enfin, concernant la possible livraison de systèmes d'armes Taurus allemands à l'Ukraine (voir également le point 2), Poutine a déclaré que cela «détruirait définitivement» les relations germano-russes.
Avec du matériel des agences de presse ATS et DPA.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)