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La Slovaquie a un problème avec ses bunkers sous-terrain

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A Nitra, comme dans le reste de la Slovaquie, les bunkers sont vétustes.Image: AFP

Ce pays de l'UE rénove ses bunkers dans «un vent de panique»

La Slovaquie partage une frontière avec l'Ukraine. Si elle n'a rien eu à craindre depuis le début de la guerre, le pays d'Europe centrale commence à réfléchir à ses capacités de défense.
21.02.2026, 16:0421.02.2026, 16:04
Petra VRABLICOVA, slovaquie / AFP

Si loin, si proche. Pour les habitants de Nitra, en Slovaquie, la guerre en Ukraine est une réalité distante, à 300 kilomètres de là. Dans la perspective du pire, la municipalité tente toutefois de remettre en état les abris souterrains hérités de la Guerre froide.

C'est tout le paradoxe de la situation en Slovaquie, qui partage une centaine de kilomètres de frontière avec l'Ukraine mais où contrairement à la Moldavie ou la Pologne, il n'y a eu aucune alerte aérienne en quatre ans.

Le premier ministre nationaliste Robert Fico, proche de Vladimir Poutine, répète aux Slovaques que la guerre n'est pas leur affaire. Mais son gouvernement vient de s'engager à doubler la capacité d'accueil des abris d'ici 2028. A Nitra, dans l'ouest du pays, l'entrepreneur Mario Papek, 51 ans, proclame, répétant le credo du gouvernement pro-russe: la guerre «est en Ukraine, pas ici».

Dans cette ville de 78 000 habitants, le conflit déclenché par l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, ne semble pas alimenter de perception d'urgence au sein de sa population, a-t-on constaté.

Pourtant cette année, comme elle le fait depuis 2022, la municipalité prévoit de consacrer une partie de son budget - 36 000 francs suisses - à la réfection et au réapprovisionnement de ses 17 refuges, une goutte d'eau par rapport au 1,28 million de francs suisses nécessaires.

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Ce bunker date de la Guerre froide.Image: AFP

«Ce n'était pas une priorité» auparavant, explique le porte-parole de la mairie Tomas Holubek. Mais «après le début du conflit, il y a eu comme un vent de panique et la population a commencé à s'intéresser aux abris dans lesquels ils pourraient se réfugier en cas de guerre» en Slovaquie.

En l'état actuel des choses, «pas un seul (des abris, ndlr) ne répond aux exigences techniques», estime l'officier de protection civile à Nitra, Dalibor Bubinak.

Alors qu'ils sont supposés être hermétiques et capables de résister à des attaques chimiques et biologiques, la plupart disposent en fait «d'une ventilation et d'un câblage électrique obsolètes» et n'ont «pas de système de stockage d'eau fonctionnel», ajoute cet homme de 47 ans en désignant l'équipement datant des années 1970 d'un abri situé au sous-sol d'une maison de retraite.

Aucun n'est «dans un état technique apte à protéger les habitants contre les substances dangereuses», insiste-t-il.

Des murs moisis et pas d'eau dans les bunkers

Le pays d'Europe centrale de 5,4 millions d'habitants dispose actuellement «d'environ 1500 abris renforcés et hermétiques» qui peuvent accueillir 250 000 personnes, dont un quart à Bratislava, la capitale, selon le ministère de l'Intérieur.

Avec la chute du communisme, l'Etat a progressivement confié la gestion des abris aux municipalités, à des entreprises stratégiques ou aux propriétaires des immeubles sous lesquels ils ont été aménagés. Certains ont été loués pour être reconvertis en bars ou lieux culturels, comme le «Théâtre de la Cité» à Presov (est), d'autres laissés à l'abandon.

«Comme on ne savait pas si on les utiliserait un jour», pour beaucoup, il s'agissait d'un «investissement mort», explique Tomas Sliacan le président de l'association Ochranné stavby, chargée de recenser et vérifier l'état de ces refuges au niveau national.

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Les bunkers, comme celui-ci à Nitra, sont laissés à l'abandon.Image: AFP

Dans un plan de «Stratégie nationale de gestion des menaces pour la sécurité», le gouvernement s'est engagé en janvier à «augmenter de 100% la capacité d'accueil actuelle» des abris et à «accroître la sensibilisation et le niveau de préparation du public».

Le ministre de l'Intérieur Matus Sutaj Estok avait admis en mai dernier une situation catastrophique, lors d'une visite de presse dans l'un de ces refuges, décrivant «des murs moisis, des portes cassées, une ventilation obsolète et l'absence d'équipements de protection de base». Soulignant que cette situation ne pouvait plus durer et annonçant un audit, il s'est fixé pour objectif qu'au moins 30% de la population ait accès à des abris d'ici 2035-2040, une partie du financement étant attendu de l'Union européenne.

La Slovaquie, qui a rejoint l'Otan et l'UE en 2004, consacre 2% de son PIB à la défense depuis 2022 conformément aux directives de l'Alliance atlantique, mais sa banque centrale s'attend à ce que le financement passe sous cet objectif cette année. Une décision imputée à l'austérité mais qui, selon les experts, reflète aussi les divisions quant à l'aide apportée à l'Ukraine au sein de la coalition gouvernementale menée par Robert Fico, revenu au pouvoir en 2023.

Protéger sa famille avec des bunkers

Face aux carences publiques, certains Slovaques ont décidé d'investir à titre individuel comme en témoigne l'envolée des commandes d'abris privés constatée par Peter Bako, PDG de la société NSA SR: la demande, dit-il, a «augmenté d'environ 75% par an depuis 2022» en Slovaquie.

Sa société propose une pièce sécurisée pour quelque 7200 francs jusqu'à l'abri souterrain en béton armé pour près de 41 000 francs suisses. Parmi ses clients figurent «principalement des entrepreneurs, des avocats et des cadres», ainsi que beaucoup de professionnels de la santé «qui veulent protéger leur famille», explique Peter Bako, 45 ans. Il ajoute:

«C'est sans doute le principal moteur. Si la protection civile ici était au niveau des pays scandinaves ou de la Suisse, des entreprises privées comme la nôtre n'auraient pas beaucoup de place sur le marché.»

Aucun compte officiel n'est tenu de ces abris privés car il n'y a «pas d'obligation de déclaration», a reconnu le ministère de l'Intérieur dans une réponse à l'AFP début février. A Nitra, la majorité des habitants interrogés ignorent où se trouvent les abris.

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Cette photo montre des documents relatifs au deuxième abri de défense de Nitra.Image: AFP

«Je ne me suis pas penchée sur la question», reconnaît Zuzana Nurgasova, médecin à la retraite de 75 ans. Vladimir Popelka, ex-professeur d'université de 78 ans, avoue ne pas se sentir suffisamment menacé «pour chercher où se cacher». Quant aux gestionaires de ces abris, ils ne savent souvent pas bien qu'en faire ou «à quoi servent leurs équipements» faute de personnel spécialisé, souligne le président d'Ochranné stavby Tomas Sliacan, 30 ans.

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source: reddit
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