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Crans-Montana: l'ambassadeur de Suisse en Italie raconte

L'ambassadeur de Suisse à Rome réagit à la colère italienne contre le Valais

La chef du gouvernement italien, Giorgia Meloni, exige que l'Italie participe à l'enquête sur l'incendie de Crans-Montana. Pour la première fois, l'ambassadeur suisse en Italie Roberto Balzaretti prend position.
28.01.2026, 11:5828.01.2026, 13:05
Stefan Bühler / ch media

La catastrophe de Crans-Montana bouleverse l'opinion publique italienne. Six jeunes Italiens ont perdu la vie dans l'accident. Le gouvernement italien critique durement la Suisse. En plein milieu de cette tempête se trouve Roberto Balzaretti, l'ambassadeur suisse en Italie. Dans cette interview, il fait le point sur les tensions diplomatiques.

Monsieur l'ambassadeur, vous souvenez-vous du moment où vous avez appris la nouvelle de l'incendie à Crans-Montana?
Roberto Balzaretti: Oui, c'était tôt le matin du 1er janvier, lorsque je me suis réveillé et que j'ai lu la presse.

Roberto Balzaretti, Staatssekretaer, spricht an einer Medienkonferenz ueber das Europadossier, am Freitag, 28. September 2018, in Bern. (KEYSTONE/ Peter Schneider).
Roberto Balzaretti, ambassadeur de Suisse en Italie.Image: KEYSTONE

Avez-vous tout de suite compris que ce malheur touchait profondément l'Italie et qu'il vous concernerait en tant qu'ambassadeur de la Suisse à Rome?
Non. A ce moment-là, je ne pensais pas à mon rôle. J'étais très choqué, j'avais du mal à y croire. Je pensais aux victimes, aux familles touchées. Et aussi à mes propres enfants, qui n'étaient pas à Crans-Montana, mais on ne sait jamais exactement où ils passent Nouvel-An.

Le 1er janvier, Giorgia Meloni a présenté ses condoléances à toutes les victimes. Depuis, l'atmosphère s'est fortement détériorée: la cheffe du gouvernement italien reproche à la Suisse sa gestion de l'enquête. Quelle est la nature de la crise entre l'Italie et la Suisse?
Il ne s'agit pas d'une crise interétatique, mais de mécontentement face à certaines décisions des autorités judiciaires valaisannes. En tant qu'ambassadeur à Rome, il est de ma responsabilité de rappeler que, en Suisse – et c'est également valable en Italie –, la justice doit agir indépendamment de la politique. On peut critiquer, mais il ne faut pas oublier ce principe.

Comprenez-vous que les Italiens soient en colère à propos de ce qui s'est passé à Crans-Montana?
Je peux comprendre la colère des gens. Pas seulement en Italie, mais aussi en Suisse. Mais des erreurs peuvent se produire. L'essentiel est que les autorités reconnaissent ces erreurs et les corrigent. Et que les responsables soient sanctionnés. Mais à partir de ces erreurs, il n'est pas approprié de lancer une discussion sur la Suisse et son système judiciaire.

People gather outside the church of Saints Peter and Paul at the end of the funeral of Riccardo Minghetti, one of the Italian victims fo the Crans-Montana new-year fire, in the EUR district of Rome, o ...
Les obsèques de Riccardo Minghetti, l'un des jeunes Italiens morts à Crans-Montana, à Rome. Image: AFP

Avez-vous été convoqué par le gouvernement italien? Avez-vous dû vous expliquer devant eux?
Non, mais je suis à leur disposition. Je peux expliquer chaque jour nos procédures, notre fédéralisme, la manière dont nous fonctionnons. Mais jusqu'à présent, les autorités italiennes ne me l'ont pas demandé.

Etonnant: l'Italie retire son propre ambassadeur de Berne, mais ne parle pas avec l'ambassadeur suisse à Rome?
La réponse à cette question a été donnée par le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani lui-même. Il a déclaré dans une émission télévisée que l'ambassadeur suisse en Italie ne serait convoqué qu'en cas de problème diplomatique, et ce n'est pas le cas.

Giorgia Meloni a tout de même exigé, lundi, des enquêtes communes entre la Suisse et l'Italie. Sinon, l'ambassadeur italien ne reviendra pas à Berne. La Suisse peut-elle accéder à cette demande?
L'Italie, ou plus précisément, le procureur général de Rome, a adressé une demande d'entraide juridique le 13 janvier. Celle-ci a été déléguée à la police judiciaire du Valais par l'Office fédéral de la justice, la centrale pour l'entraide internationale en Suisse. L'Italie a également demandé une réunion sur le plan technique, avant même que la demande d'entraide ne soit décidée. La demande devrait être examinée d'ici la fin de la semaine.

«Cependant, une réunion entre le procureur de Rome et celle du Valais est déjà prévue pour la mi-février.»

La coopération entre les autorités judiciaires d'Italie et de Suisse dans l'affaire est déjà en cours.

Mais Giorgia Meloni exige des enquêtes communes.
Il existe un protocole pour la convention européenne d'entraide judiciaire, qui a été appliqué à de nombreuses reprises entre la Suisse et l'Italie, vraiment très souvent. Toutefois, généralement dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée.

La demande de Giorgia Meloni peut-elle être satisfaite en vertu des accords internationaux?
Oui, mais la décision revient aux autorités judiciaires. Je ne peux donc rien dire à ce sujet.

Pourquoi la réunion des autorités judiciaires n'a-t-elle lieu qu'à la mi-février et non plus tôt?
Parce que les parties concernées – le parquet du Valais et celui de Rome – devaient trouver une date commune. Il n'y a pas eu de retard venant de la Suisse, c'est simplement la première date possible pour le procureur de Rome.

L'Italie se montre très critique envers la Suisse. C'est moins le cas en France, où vous avez également été ambassadeur. Comment expliquez-vous cela?
Les autorités françaises suivent de très près les événements en Valais. La France a perdu neuf citoyens dans cet accident, et 23 ont été gravement blessés. L'intérêt pour une enquête correcte est tout aussi grand en France qu'en Italie.

Mais beaucoup moins polémique.

«Il semble que le gouvernement français soit plus discret»

En Italie, en France, et ici en Suisse, nous souhaitons tous savoir ce qui s'est passé durant la nuit du réveillon et comment cela a pu arriver. Ensuite, nous voulons la justice. C'est cela qui devrait nous préoccuper, pas les tons polémiques.

Certaines des victimes viennent de familles influentes du nord de l'Italie. Cela influence-t-il les réactions politiques à Rome?
Je ne pense pas. Je vois la profonde émotion plutôt dans le fait que ces jeunes ont perdu la vie à Nouvel-An, l'une des plus grandes fêtes de l'année. Et cela dans un pays comme la Suisse, connu pour son ordre et sa sécurité:

«C'est impensable en Italie»

Cela explique cette réaction si forte et rapide.

Il s'agit donc de déception envers la Suisse?
Oui, c'est probablement cela.

L'image de la Suisse en Italie est-elle ternie? Cela va-t-il durer?
Crans-Montana était une station de ski populaire pour les Italiens. Il est évident que ce qui s'est passé a des conséquences sur l'image de Crans-Montana en Italie. Mais honnêtement, cette question n'est pas au centre de mes préoccupations. Nous devons maintenant nous assurer d'éclaircir complètement les évènements, que les coupables soient tenus responsables. Nous devons soutenir les familles des victimes, celles des nombreux blessés qui souffriront pendant des années, peut-être toute leur vie.

En Suisse, certaines voix ont dit que l'Italie ne devrait pas se plaindre, mais résoudre ses propres problèmes. L'effondrement du pont de Gênes n'est toujours pas complètement résolu. Comment cela est-il perçu en Italie?
Pas bien, car cela sonne comme une excuse facile. Les jeunes sont morts à Crans-Montana, en Suisse. Cela n'aurait pas dû arriver, mais cela s'est produit. Maintenant, nous devons montrer que nous pouvons en tirer des leçons pour que cela ne se reproduise plus.

«Il ne sert à rien de ressasser de vieilles histoires pour minimiser la gravité de la tragédie de Crans-Montana.»

Qu'attend-on de la Suisse, au-delà de l'enquête: des excuses officielles de la Confédération, des compensations généreuses?
Ce que nous devons à l'Italie, mais aussi à nous-mêmes, c'est la vérité. Ensuite, il faut de la justice pour toutes les victimes et leur famille. Et un soutien sous toutes ses formes: médical, financier, psychologique. C'est la seule excuse qui vaille. Les mots sont importants, mais ce sont les actions qui comptent. (adapt. tam)

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source: sda / michael buholzer
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