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On a vu des robots et des drones ukrainiens opérer sur le front

Un robot de combat ukrainien lors d'une démonstration.
Un robot de combat ukrainien lors d'une démonstration.Image: Imago

On était dans une base secrète où Kiev construit ses robots de guerre

En Ukraine, les robots terrestres prennent en charge de plus en plus de missions en première ligne. Notre correspondant de guerre a rendu visite à une unité ukrainienne qui construit et déploie ces machines.
18.05.2026, 05:3218.05.2026, 05:32
Kurt Pelda, Donbass, Ukraine / ch media

Pour rejoindre l'atelier des techniciens en robotique, nous empruntons un tunnel de filets de camouflage censé protéger des drones kamikazes russes. Au loin, le grondement sourd de l'artillerie se fait entendre.

Nous sommes à environ 40 kilomètres du front lorsque nous rencontrons le chef des techniciens, dont le nom de guerre est «Leonardo». Il nous conduit jusqu'à un garage reconverti en site de production secret. Il nous est interdit d'y prendre des photos.

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Le mot «robot» vient de termes slaves comme «robota» ou «rabota» (qui signifient «travail» en ukrainien et en russe respectivement). Les robots sont des machines de travail destinées à remplacer l'être humain. Parallèlement, l'armée ukrainienne souffre d'un manque criant de personnel.

Des innovations poussées par la «zone de mort»

C'est la raison principale pour laquelle ce sont surtout les Ukrainiens, et non les Russes, qui mènent actuellement le développement des drones terrestres. Ce sont pourtant les Russes qui, dès 2022, utilisaient déjà des véhicules à chenilles non pilotés pour le déminage. L'objectif était d'épargner aux soldats l'exposition au risque des mines.

Les robots de Leonardo (ou drones terrestres) peuvent accomplir de nombreuses tâches. On leur confie avant tout le transport de ravitaillement vers les positions de front, l'évacuation des blessés et la pose de mines antichars ou d'obstacles d'infanterie. A cela s'ajoutent des missions kamikazes avec des véhicules chargés d'explosifs, et des missions de combat impliquant des drones terrestres équipés de mitrailleuses lourdes.

Le moteur de l'innovation n'est pas seulement le manque de personnel, mais aussi l'expansion de la «zone de mort» (réd: la zone située derrière la ligne de front, et dans laquelle peuvent opérer les drones ennemis). Grâce notamment à de meilleures batteries, les drones aériens peuvent parcourir des distances toujours plus grandes et attaquer des véhicules bien au-delà de la ligne de front principale. Les drones terrestres télécommandés accomplissent donc dans la zone de mort des tâches qui incombaient autrefois aux soldats. Leonardo raconte:

«Beaucoup de nos drones terrestres sont détruits par des drones aériens russes, mais nous préservons ainsi notre effectif.»

Des milliers de missions sur le front pour les robots

Les versions les plus simples de véhicules non pilotés ne coûtent que l'équivalent de 500 francs. Les robots terrestres ukrainiens sont désormais engagés dans près de 10 000 missions sur le front par mois, et la tendance est à la hausse.

Les robots de combat sont généralement utilisés en association avec des drones.
Les robots de combat sont généralement utilisés en association avec des drones aériens.Image: Imago

De fait, d'importantes routes d'approvisionnement, comme celle menant à la ville de Kostiantynivka, fortement assiégée par les Russes dans l'oblast oriental de Donetsk, sont jonchées d'épaves de drones terrestres. Les tunnels de filets protecteurs ont depuis longtemps été détruits par les tirs d'artillerie ou par les intempéries. Il n'y a donc pratiquement plus aucune protection contre les quadricoptères qui attaquent.

Kostiantynivka.
carte: watson

Dans le garage de Leonardo, le bruit est incessant. On soude, et une meuleuse projette des étincelles. Les hommes assemblent en ce moment le châssis d'un robot à quatre roues. En Ukraine, on compte désormais quelque 300 fabricants différents de drones terrestres.

Leonardo se fournit en partie en composants électroniques auprès de telles entreprises, mais préfère produire lui-même les véhicules non pilotés. Il précise:

«Ainsi, nous pouvons directement intégrer nos expériences du front dans la construction de nos prochains robots.»

La place croissante de l'intelligence artificielle

C'est ce qui s'est passé, par exemple, avec les véhicules à chenilles utilisés pour poser des mines ou équipés de mitrailleuses lourdes, poursuit Leonardo:

«Quand de la boue s'accumule entre les pneus et la carrosserie d'une voiture, on descend simplement et on nettoie le tout. Mais c'est impossible avec un robot terrestre. Et les transmissions à chenilles sont particulièrement sensibles aux salissures.»

C'est pourquoi les soldats de Leonardo ne produisent désormais presque plus que des drones à roues.

Mais même là, des problèmes surgissent: de nombreux fabricants utilisent des pneus gonflés à l'air, qui se percent au moindre tir. Or, un pneu à plat signifie généralement la fin du drone dans la zone de mort; et la mission du robot reste alors inaccomplie, qu'il s'agisse, par exemple, de ravitailler en eau potable les soldats en première ligne.

Là où la situation est trop dangereuse pour les humains, des drones terrestres peuvent bloquer les routes et les chemins à l'aide de mines antichars.
Là où la situation est trop dangereuse pour les humains, des drones terrestres peuvent bloquer les routes et les chemins à l'aide de mines antichars.Image: Imago

Pour éviter cela, l'unité de Leonardo monte des pneus pleins en caoutchouc, qu'elle se procure auprès d'un fabricant de véhicules agricoles. De nombreux problèmes mécaniques doivent également être résolus sur les robots de combat: l'arme, le plus souvent une mitrailleuse ou un petit lance-grenades, doit pouvoir pivoter rapidement et avec précision dans la direction souhaitée, montée sur une tourelle. Les caméras intégrées aident le pilote à observer le champ de bataille. Sur certaines versions, le tireur est assisté par une intelligence artificielle (IA) grâce à la reconnaissance automatique des cibles.

Le pilote peut positionner son robot de combat en lisière de forêt et assigner à l'IA un secteur déterminé. Si l'ordinateur détecte une cible potentielle, le pilote en est averti. Dans certains cas, il est également possible d'ordonner à l'IA d'engager toute cible dans une zone préalablement définie.

Un impressionnant poste de commandement

C'est ainsi que l'année dernière, des médias ukrainiens ont relaté le cas d'un drone terrestre qui avait défendu une position pendant 45 jours contre des attaques russes. Entre-temps, le robot n'avait besoin que d'être réapprovisionné en munitions, entretenu et équipé de nouvelles batteries. Dans un autre cas, des soldats russes se sont rendus à des drones terrestres et aériens à l'été 2025, après que leur position fortifiée avait été attaquée par des véhicules kamikazes non pilotés.

La vidéo de la capture des soldats russes 👇

Vidéo: watson

Les drones terrestres sont certes très lents (7 à 15km/h), mais leur charge explosive d'environ 30 kilogrammes leur confère un effet dévastateur lorsqu'ils pénètrent dans une maison ou un bunker et explosent. Lors de telles attaques, les pilotes de drones terrestres et aériens travaillent en étroite collaboration.

Cette collaboration est également visible dans le poste de commandement du bataillon de Leonardo. Dans deux salles obscurcies se trouvent au total 18 écrans. A une console sont assis des pilotes de drones terrestres. Sur leurs moniteurs, on distingue les canons des mitrailleuses des robots.

Dans le hameau, des caisses et des cartons sont déchargés de la cage grillagée du NRK.
Sur cette image, provenant d'un drone terrestre NRK ukrainien, des caisses de munitions et des cartons sont déchargés par des soldats sur le front.Image: Kurt Pelda

A une autre table, un soldat fixe les vidéos projetées en temps réel sur un écran via une connexion Starlink, captées par les caméras de drones aériens ukrainiens. A côté, l'homme peut observer, sur un second moniteur, une carte indiquant le tracé du front dans la région. On y voit également des drones de reconnaissance ukrainiens en train d'explorer des positions russes.

Un moyen de capter les vidéos des drones russes

Parce que l'unité dispose d'un grand nombre d'antennes de réception bien dissimulées à proximité du front, le soldat voit régulièrement des images vidéo interceptées de drones de combat russes. Ces vidéos sont sauvegardées afin de pouvoir reconstituer a posteriori la trajectoire de vol des drones. Leonardo exploite les informations ainsi obtenues pour trouver des itinéraires à ses robots terrestres qui soient le moins possible fréquentés par les drones russes.

A quelques kilomètres du poste de commandement arrière, les soldats de Leonardo s'exercent avec des drones terrestres et aériens. Un robot terrestre guidé par satellite doit acheminer un générateur électrique et du carburant vers une position bien camouflée en forêt. Simultanément, un drone de reconnaissance et deux quadricoptères de combat tentent de localiser et d'attaquer le drone terrestre. Le pilote du robot terrestre s'enfonce donc régulièrement dans les buissons pour se mettre à l'abri des assaillants dans les airs.

Ces derniers peinent alors à localiser le véhicule sous la canopée. Cependant, le robot terrestre se prend rapidement dans les branches ou risque de basculer. Sur un champ vide, deux robots de combat avancent en cahotant. L'ensemble donne encore une impression de lourdeur, mais il est aisé de comprendre que les véhicules non pilotés joueront un rôle majeur dans les guerres futures.

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Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
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Video: watson
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