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Il a tenté de fuir l'Ukraine, il raconte

Malgré le manque de perspective, le musicien ukrainien Pacha s'accroche à la musique.
Malgré le manque de perspective, le musicien ukrainien Pacha s'accroche à la musique.

«Les chefs sont corrompus»: il a tenté de fuir l'Ukraine, il raconte

Pacha rêve de devenir une star du rock. Malgré les attaques sur Kiev et le froid, il s'accroche à sa passion.
16.02.2026, 05:2816.02.2026, 05:28
Yann Lengacher
Yann Lengacher

Pacha vient d'avoir 25 ans, il est originaire de Kiev et rêve d’une carrière dans le heavy metal. Mais la guerre menée par la Russie affecte ses projets.

Dans un entretien téléphonique avec watson, le rocker évoque son quotidien sans électricité, la menace du service militaire et les concerts organisés sous la menace de frappes de drones.

Pacha, quel est votre rêve?
Depuis que, petit garçon, j’ai assisté à un concert de rock, je veux devenir musicien. La guerre complique évidemment ce projet. Beaucoup de gens en Ukraine ont renoncé et abandonné leurs rêves. Ou bien ils sont morts. Mon rêve, lui, est toujours vivant. J’aimerais un jour monter sur une grande scène. Je fais déjà partie d’un groupe de death metal appelé «Shpak», dans lequel je joue principalement de la guitare.

Avant de parler musique, à quoi ressemble votre quotidien en ce moment?
Je me lève tôt et je vais directement au travail. Je travaille dans un magasin qui vend notamment des cigarettes électroniques. J’y passe environ douze heures par jour.

«A cause des nouvelles réglementations mises en place après le début de la guerre, la durée hebdomadaire du travail peut être très élevée en Ukraine»

Après le travail, je me consacre parfois à la musique. Je vis dans un appartement avec des amis. Nous nous soutenons mutuellement.

Vous avez récemment eu 25 ans et vous avez donc reçu une convocation pour la visite de recrutement. Devrez-vous bientôt partir à la guerre?
Je ne serai pas incorporé en tous cas jusqu'à l'année prochaine. Certaines entreprises importantes pour l’économie peuvent réserver des personnes en tant que forces de travail essentielles. C’est ce qu’a fait mon employeur. J’ai donc un document que je peux présenter aux autorités de recrutement. Malgré cela, je m’inquiète, pas seulement pour moi, mais aussi pour les autres.

Pourquoi?
A cause de la manière dont fonctionne l’autorité de recrutement. Devant le magasin, j’observe parfois des hommes en uniforme et leur minibus stationné. Ils arrêtent de jeunes hommes et vérifient s’ils ont déjà 25 ans et s’ils ont accompli l’enregistrement obligatoire auprès de l’armée.

«De nombreux témoignages racontent qu’ils traînent des jeunes hommes dans les véhicules et les emmènent dans un centre de recrutement»

Je ne fais pas confiance à ces gens-là, d’autant plus qu’ils sont en partie corrompus.

Pacha (deuxième en partant de la droite) avec ses camarades de groupe de SHPAK
Pacha (deuxième en partant de la droite) avec ses camarades de groupe de SHPAK

Avez-vous peur de devoir partir au front?
C’est une question difficile. Les Russes viennent pour nous tuer, nous les Ukrainiens. Il est logique que nous nous battions. Mais je n’ai pas confiance dans les responsables militaires. Pour eux, tu n’es qu’un chiffre. Il y a trois ans, Volodymyr Zelensky a lancé une grande contre-offensive. Beaucoup de soldats sont morts inutilement. Je ne veux pas de cela. Si j’avais davantage confiance, j’aurais peut-être plus envie de me battre.

Vous n’avez pas le droit de quitter le pays. Avez-vous déjà pensé à fuir?
J'ai essayé.

Que s'est-il passé?

«Avec quelques autres personnes, j’ai payé des passeurs pour nous aider à fuir»

Nous avons tenté de rejoindre illégalement la Roumanie. Mais les douaniers semblaient savoir que nous arrivions. A 20 kilomètres de la frontière, des forces spéciales sont soudainement apparues, armes pointées sur nous. Je me suis immédiatement rendu. Certains d’entre nous ont été directement incorporés. A l’époque, je n’avais pas encore 25 ans. C’est pourquoi ils m’ont laissé partir.

Le service militaire était-il la principale raison de votre tentative de fuite?
Plusieurs facteurs ont joué un rôle. Bien sûr, je ne veux pas me battre dans cette guerre sanglante, lorsque les chances de survie sont très faibles et que des drones nous traquent. Je me demande aussi pour quoi je devrais me battre. Pour des terres qui seraient ensuite échangées sous supervision américaine? Pour des politiciens corrompus? Et je voulais mener une vie meilleure.

Actuellement, Kiev connaît des coupures d’électricité et d’eau. Les chauffages ne fonctionnent pas non plus. Tout cela alors que les températures sont négatives. En quoi êtes-vous touché?
Parfois, mon immeuble reste très longtemps sans électricité. Une fois, cela a même duré plusieurs jours. Je suis toutefois privilégié, car mon appartement ne devient pas trop froid sans chauffage et le plus souvent, l’eau coule.

«Je connais des personnes qui vivent au neuvième étage et qui, en cas de coupure de courant, ne peuvent ni se laver chez elles ni utiliser les toilettes, parce que la pompe à eau ne fonctionne plus»

C’est vraiment terrible. Chaque hiver, les Russes intensifient les attaques contre l’infrastructure énergétique. Tout le monde en subit les conséquences.

Des immeubles d’habitation sont aussi régulièrement visés par des attaques de drones. Comment devez-vous vous protéger?
Là où j’habite, il n’y a ni installations militaires ni infrastructures énergétiques, que la Russie attaque en priorité. Ces quatre dernières années, seuls quatre drones se sont écrasés à proximité. J’essaie donc simplement de rester éloigné des fenêtres. C’est différent lorsque, sur mon téléphone, l’application d’alerte signale l’arrivée d’un missile.

Racontez-nous.
Si un missile frappait ma maison, au moins la moitié du bloc disparaitrait. En cas d’attaque de missiles, je cherche donc refuge dans une cave sous une école, non loin de chez moi. Il y a un an, les Russes ont mené durant une nuit entière une attaque massive de missiles. Le bruit était terrifiant.

Pacha est guitariste, mais également batteur.
Pacha est guitariste, mais également batteur.

La musique vous aide-t-elle à surmonter la guerre et ce genre d’expériences?
Oui, absolument. La musique est une manière d’échapper à la réalité. Quand je suis sur scène, que je donne tout et que l’adrénaline coule, j’oublie tout. Même lorsque les choses ne vont pas très bien.

Ces dernières années, vous vous êtes produit à plusieurs reprises avec votre groupe. Pour nous, qui vivons en paix, des concerts en temps de guerre sont difficiles à imaginer. Comment cela fonctionne-t-il?
Il serait trop dangereux de donner de grands concerts. Mais de petits gigs dans des clubs sont possibles et ont lieu dans tout Kiev. En cas d’alerte aux drones, les groupes interrompent brièvement la prestation et les gens courent à la cave. Ensuite, le concert reprend.

Que dites-vous à ceux qui qualifient de luxe les concerts en temps de guerre?
Nous devons bien continuer à vivre d’une manière ou d’une autre. Nous ne cessons pas d'exister à cause de la guerre. Celle-ci peut encore durer des années.

«Mais je suis très conscient que les concerts ne sont possibles que grâce à nos forces armées»

C’est aussi pour cela que nous avons collecté des fonds pour elles lors d’un concert. Nous avons réuni environ 5000 dollars.

Finalement, qu’est-ce qui vous donne de l’espoir?
J’ai une mère et des amis qui m’aiment. Et j’ai cette vie, une seule vie, dans laquelle je peux accomplir quelque chose.

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