L’UE suspend des fonds du plan de croissance à la Serbie
L'Union européenne a gelé les fonds du Plan de croissance destinés à la Serbie, a affirmé jeudi soir la commissaire de l'UE à l'Élargissement, Marta Kos. Elle accuse Belgrade de «régression» en matière de réformes judiciaires.
Ces propos, tenus lors d'une conférence en Suisse, interviennent après que le parlement serbe a adopté des réformes de la justice sans consulter les procureurs, les juges, l'UE ni d'autres instances expertes dans la question.
Selon les détracteurs de ces réformes, adoptées en janvier, elles accordent davantage de pouvoirs aux présidents de tribunaux sur les juges et suppriment des garanties assurant l'indépendance des procureurs, suscitant des inquiétudes au sein de l'UE et du Conseil de l'Europe.
«Pour l'instant, nous avons arrêté tous les paiements du Plan de croissance parce qu'il y a eu une régression dans le domaine de la justice», a déclaré Kos en réponse à une question sur la Serbie.
«Tant que cela ne sera pas corrigé, ils ne pourront pas bénéficier du soutien financier européen», a-t-elle ajouté, lors d'une conférence organisée pour la «50e journée de l'Europe» à l'Université de Fribourg. Contactée par l'AFP pour savoir si une décision formelle avait été prise concernant cette suspension des financements, la Commission européenne n'a pas donné de réponse.
Fonds conditionnés à des réformes
Le Plan de croissance, qui concerne six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro, Bosnie et Serbie), est doté d'un financement de six milliards d'euros (7,06 milliards de dollars) pour la période 2024-2027. Il est destiné à stimuler les économies et accélérer le rapprochement avec l'UE.
Les fonds sont conditionnés à des réformes, notamment liées à la garantie de l'indépendance de la justice et à la lutte contre la corruption. La Serbie a reçu sa première tranche de 56,5 millions d'euros à la mi-janvier dans le cadre de ce plan, sur un total de 1,58 milliard d'euros prévus pour ce pays candidat à l'UE.
Kos a également critiqué les reculs en termes d'État de droit, de démocratie et de liberté de la presse. «La Serbie est aujourd'hui fortement polarisée», a-t-elle déclaré, en référence au climat politique tendu dans le pays après près d'un an et demi de manifestations anticorruption.
«Elle est candidate (pour entrer dans l'UE, ndlr) depuis plus d'une décennie et, malheureusement, nous observons des reculs», a-t-elle ajouté, critiquant également la politique étrangère de la Serbie.
La Serbie reste un proche allié du Kremlin et l'un des rares États européens à ne pas avoir sanctionné la Russie après son invasion de l'Ukraine en février 2022. Kos conclu:
