Voici qui a le plus souvent des fantasmes sexuels
Il peut arriver à tout le monde de laisser ses pensées s'égarer vers un scénario érotique. Ces rêveries sont même considérées comme bénéfiques pour le bien-être et favorables à la relation de couple. Pourtant, les fantasmes sexuels sont rarement un sujet de conversation autour de la table de la cuisine: encore aujourd’hui, beaucoup de personnes éprouvent des difficultés à parler de sexualité.
Les fantasmes érotiques sont néanmoins très répandus: selon des enquêtes, plus de 90% des adultes ont eu des fantasmes sexuels à un moment ou à un autre de leur vie.
Jusqu’à présent, la recherche s’est toutefois peu intéressée à la question du rôle que joue la personnalité dans les fantasmes sexuels. Une équipe de recherche dirigée par Emily Cannoot, de la Michigan State University, a interrogé 5225 adultes sur leur personnalité et leurs fantasmes sexuels. Les participants avaient en moyenne 58 ans et étaient tous en couple.
Ils ont rempli deux questionnaires standardisés. Le premier comprenait une longue liste de quarante fantasmes différents, dont la fréquence était évaluée. Ces fantasmes – par exemple faire l’amour en plein air au clair de lune, le sexe de groupe ou les jeux de domination – peuvent généralement être classés en quatre catégories:
- exploratoires (nouvelles expériences, lieux inhabituels);
- intimes-romantiques (amour, tendresse, liens émotionnels);
- impersonnels (observer d’autres personnes pendant un rapport sexuel);
- sadomasochistes (jeux de pouvoir, contrainte).
Le second questionnaire visait à recenser des schémas de comportement et de pensée typiques, permettant de classer les participants selon les cinq principaux traits de personnalité utilisés par les psychologues dans le monde entier. Ces «Big Five» sont:
- l’extraversion;
- l’agréabilité;
- le caractère consciencieux;
- le neuroticisme ou névrotisme (tendance à l’instabilité émotionnelle et aux affects négatifs);
- l’ouverture à l’expérience.
Les «sages» ont moins de fantasmes sexuels
Les résultats, publiés dans la revue spécialisée PLOS One, montrent notamment que les personnes qui se décrivent comme serviables, polies et ordonnées se laissent nettement moins souvent aller à des rêveries sexuelles. Cela vaut aussi bien pour les scénarios romantiques que pour les situations plus expérimentales.
Les chercheurs ont expliqué ce phénomène en examinant de plus près certains aspects de ces traits de caractère. Un sens aigu des responsabilités et un fort respect des normes sociales semblent en particulier brider l’imagination. Ces personnes auraient davantage tendance à se conformer, dans toutes leurs pensées, y compris sexuelles, à des valeurs et à des règles traditionnelles.
Les dépressions favorisent les fantasmes
A l’autre extrémité du spectre se trouvent les personnes présentant un niveau plus élevé de neuroticisme, c’est-à-dire de négativité émotionnelle. Dans ce groupe, la dépression s’est révélée être un puissant prédicteur d’un univers fantasmatique riche. Les individus qui souffrent plus fréquemment d’humeurs sombres semblent s’immerger de manière particulièrement marquée dans des scénarios érotiques.
Pourquoi précisément ce groupe? Les scientifiques estiment que les rêveries érotiques pourraient agir comme une sorte de stimulant mental. Lorsqu’une personne se sent abattue, un fantasme peut apporter un soulagement temporaire.
Autre résultat qui a surpris les chercheurs: les personnes qui se décrivent comme créatives, curieuses et ouvertes à de nouvelles expériences ne fantasment pas plus souvent que les autres. On pourrait s’attendre à ce qu’une grande imagination aille de pair avec des rêveries érotiques plus fréquentes, mais ce lien s’est avéré très faible. Le degré d’extraversion n’a également joué qu’un rôle négligeable.
Une étude avec des limites
Les chercheurs eux-mêmes formulent toutefois plusieurs réserves quant à leurs résultats. Tout d’abord, l’étude repose entièrement sur des déclarations personnelles. Les participants devaient indiquer honnêtement à quelle fréquence ils fantasmaient sur des sujets sensibles. Or, tout le monde n’est pas disposé à le faire, même dans le cadre d’un questionnaire anonyme.
Par ailleurs, l’étude ne fournit qu’un instantané. On ignore si les fantasmes d’une personne évoluent au fil du temps ou en fonction de changements dans sa situation de vie. Fantasme-t-on, par exemple, de la même manière lorsqu’on est fraîchement amoureux qu’après vingt ans de mariage?
Enfin, le groupe étudié n’est pas représentatif de l’ensemble de la population. Les participants étaient presque tous blancs, américains et engagés dans une relation stable. Les chercheurs espèrent donc que de futures études porteront sur des groupes plus diversifiés et suivront les participants sur une période plus longue. Ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra réellement comprendre comment notre personnalité et notre vie fantasmatique s’influencent mutuellement au fil des années. (dhr / adapt. hun)
