Oleksandr Usyk a défendu victorieusement ses ceintures face à Tyson Fury, samedi soir à Riyad (Arabie Saoudite), s'imposant aux points sur décision unanime des trois juges humains (116-112 x 3). Un résultat qui a provoqué la colère de Fury, particulièrement remonté en conférence de presse. «Les juges ont fait un cadeau de Noël à mon adversaire», a asséné le Britannique de 36 ans, avant de s'en prendre à... l'intelligence artificielle.
Les mots de Tyson Fury s'adressaient au «quatrième juge». Il s'agissait d'un programme d’intelligence artificielle, testé pour la première fois dans un combat de boxe. Son rôle était d'arbitrer individuellement le duel, sans que cela n'ait toutefois la moindre conséquence sur le résultat final, puisque les notes de l'ordinateur ne participaient pas au décompte. Le but de l'opération était simplement de comparer l'appréciation d'une machine et celle d'un humain, comme l'a souligné Numerama, un site web d'actualité sur l'informatique et le numérique.
Comme le montre la carte des scores de l'AI ci-dessus, la machine a attribué un 10 à Oleksandr Usyk lors de chaque round sauf lors du 2e et du 5e, selon le système de points en vigueur dans la boxe professionnelle (le «Ten-Point-Must-System»): le gagnant du round obtient généralement 10 points, son adversaire 9 ou moins, à moins que le round ne soit considéré nul (ce fut le cas du premier samedi), les deux boxeurs recevant alors chacun 10 points.
Nul ne sait quelle entreprise a créé l'IA apparue samedi, ni comment elle s'y est prise. On peut imaginer qu'elle a introduit une foule de données dans l'ordinateur, de sorte à ce qu'il puisse déceler et classifier les différents coups (crochet, uppercut, etc.).
On peut aussi s'attendre à ce que cette première soit analysée en profondeur par les concepteurs de la machine, et qu'une version encore plus aboutie fasse son apparition lors de prochains combats, ce qui accentuerait le tournant qu'est en train de prendre un sport qui n'a que très peu évolué au fil du temps.
«C'est intéressant, donc, que l'on fasse appel à de la technologie pour donner une impulsion à cette discipline qui a une pratique colossale mais une faible médiatisation. Je vois ça d'un oeil très positif», relevait Jean-Philippe Lustyk (auteur du Grand livre de la boxe) avant le combat, cité par L'Equipe.
L'idée, à terme, est la même que celles que les footballeurs (avec la VAR) ou les tennismen (avec le hawk-eye) avaient en tête lorsqu'ils ont introduit l'arbitrage électronique: réduire les erreurs de jugement humain et, en conséquence, limiter les polémiques. Car le verdict rendu en boxe provoque parfois la frustration des fans et des combattants eux-mêmes, comme vient de le rappeler l'épisode entre Oleksandr Usyk et un Tyson Fury agacé.