Les Valaisans avaient plein de raisons de se réjouir lorsque, fin septembre 2020, leur canton a été désigné pour accueillir les Mondiaux de VTT en 2025 (sept disciplines dans sept lieux durant deux semaines). Ils en ont désormais une de plus, car Mathieu Van der Poel, l'un des cyclistes les plus doués de sa génération, vient de confirmer que son objectif principal de la saison sera le titre mondial de cross-country à Crans-Montana (14 septembre).
Si le petit-fils de Raymond Poulidor y pense aussi fort, c'est d'abord parce que c'est la dernière récompense qui manque à son formidable palmarès. Le polyvalent néerlandais a déjà remporté au moins une couronne mondiale en cyclo-cross, en gravel et sur la route. Il ne lui en manque qu'une en VTT pour réaliser un incroyable quadruplé, terminer les travaux du salon et poser le seul trophée qui lui manque au-dessus de la cheminée. Or il a toutes les qualités pour se hisser au sommet de la discipline et l'a déjà prouvé par le passé.
«MVDP» a fini 3e aux Mondiaux de cross-country (2019), il a été deux fois 2e du classement général de la Coupe du monde (2018 et 2019) et est même devenu champion d'Europe (2019). Mais il a aussi chuté aux JO de Tokyo (2021) ainsi qu'aux Mondiaux de Glasgow (2023), deux souvenirs douloureux qu'il espère exorciser cette saison.
Sur le papier, le projet est alléchant. Van der Poel a l'âge de l'expérience et de la fougue (30 ans le 19 janvier prochain) et il n'a pas à choisir entre les Mondiaux de VTT et de la route, puisque la seconde compétition, organisée au Rwanda deux semaines après le rendez-vous de Crans-Montana, propose un parcours trop vallonné (5500m de dénivelé sur 270 kilomètres) pour ses qualités. L'Union cycliste internationale (UCI) a d'ailleurs déjà promis que le tracé africain sera «le plus difficile de l'histoire».
Le problème, pour «MVDP», c'est que le parcours valaisan de cross-country est plus exigeant que celui d'autres épreuves de Coupe du monde, avec ses trois passages extrêmement techniques. «Ce n'est pas un tracé taillé pour lui», assène Alex Moos, ex-coureur sur route, cyclo-crossman et vététiste, aujourd'hui directeur sportif du team BMC.
Le Valaisan connaît bien le parcours de Crans-Montana, puisqu'il y a accompagné ses coureurs la saison dernière lors de l'épreuve de Coupe du monde, sorte de répétition générale à un an des Mondiaux. Et il en est convaincu: «MVDP» aura beaucoup de mal à devenir champion du monde le 14 septembre prochain.
C'est justement l'autre problème auquel le Néerlandais est confronté: son manque de pratique en cross-country, et donc de repères.
Or le coureur d'Alpecin-Deceuninck n'a pas vraiment prévu de faire des heurs supp' dans les bois cette saison. Il a déjà annoncé qu'il viserait à nouveau le doublé Tour des Flandres et Paris-Roubaix, avant de se mettre au service de son sprinter Jasper Philipsen sur le Tour de France, une course qu'il «n'aime pas trop».
Il ne lui restera alors que 49 jours (l'écart entre la dernière étape du Tour et la course de Crans-Montana) pour penser au titre mondial de cross-country, et planifier le casse du siècle, celui qui lui permettra d'obtenir enfin le dernier joyau qui manque à sa couronne.