On a cuisiné la joueuse de la Nati qui a tout lâché pour la Floride
Elle a plutôt bien choisi son nouveau club, Sandrine Gaillard. Deux petits mois avant son atterrissage dans l’ouest de la Floride, le Tampa Bay Sun FC a remporté la saison inaugurale de la toute fraîche USL Super League, en battant Fort Lauderdale.
Dans cette baie ensoleillée, où l’eau et le sport sont rois, l’arrivée de la réserviste de la Nati féminine, qui n’a pas été sélectionnée pour le camp d’entraînement en Espagne avec le nouveau coach Rafel Navarro, n’est pas la seule nouveauté.
En décidant de quitter le Servette FCCF pour se frotter à la grande aventure américaine, «sans la moindre hésitation», la milieu de terrain de 28 ans a dit «oui» à un baby club qui n’a que deux ans d’existence, lui-même évoluant dans une ligue professionnelle décapsulée le 17 août 2024.
Pour tutoyer ce véritable ouragan de premières fois, Sandrine Gaillard s’est expatriée avec son mari, Quentin, lui aussi milieu de terrain (au Stade-Nyonnais).
Avant d’être chaleureusement accueilli dans la nouvelle cuisine du couple, watson s’est glissé, la veille au soir, dans le Suncoast Credit Union Field, là où le Tampa Bay Sun FC concèdera un nul face à Lexington (Caroline du Sud).
Samedi 22 novembre, nous voilà donc au pied de gradins pouvant accueillir 5000 spectateurs, au cœur d'un lycée, avec beaucoup de jaune et de bleu, une organisation à l’américaine et une ambiance familiale.
Un soir particulier pour le couple, puisqu’une partie de son entourage a fait le voyage depuis la Suisse, dont la belle-maman de Sandrine Gaillard. La Romande, numéro 7 au Tampa Bay Sun FC depuis à peine deux mois, est non seulement la recrue la plus expérimentée de l’équipe, mais elle est également (re)devenue une joueuse professionnelle en quittant Servette pour la Floride.
Football, Nati, Floride, expatriation, alimentation, vie quotidienne et même Donald Trump, on a cuisiné le couple Gaillard dans son petit appartement situé à deux pas du quartier historique de Tampa.
Sandrine, comment vous êtes-vous retrouvée face à ce choix de rester en Suisse ou de faire vos valises pour la Floride?
Sandrine Gaillard: Mi-février, mon agent me demande si je veux rester à Genève ou viser autre chose, plus loin, différent. Je lui dis alors que s’il a quelque chose à me proposer qui sort un peu de l’ordinaire, why not! Et, une semaine après...
Et c’était Tampa Bay Sun FC.
S: Exactement.
Vous avez dit oui tout de suite?
S: On a pris le temps d’y réfléchir un peu avec Quentin. Mais tout semblait se présenter sous les meilleurs auspices: un vol direct Zurich-Tampa, le climat, les conditions. Et nous nous sommes mariés en août, une décision qui a été prise bien avant cette décision de partir. Ce qui a évidemment facilité la paperasse pour les visas.
Quentin Gaillard: Disons qu’on ne serait pas allés n’importe où aux Etats-Unis.
Vous aviez déjà le rêve américain dans un coin de votre esprit avant cette proposition?
S: Non, pas du tout. Hormis pour les vacances, notamment à Miami il y a trois ans, les Etats-Unis, ce n’était pas vraiment mon truc. Tout le contraire de mon grand frère, qui vit dans l’Ohio depuis dix ans et coache une équipe de hockey sur glace.
Ce n’est pas une décision anodine de tout quitter pour emménager de l’autre côté de l’Atlantique. Avez-vous fait un voyage en amont, en Floride, avant de signer?
S: Même pas! (Elle éclate de rire.) On a choisi notre appartement en visite virtuelle et on a tout fait à distance.
Le fait que le soccer féminin soit en plein essor aux Etats-Unis a appuyé votre choix?
S: Bien sûr. Ici, le foot est le sport professionnel féminin le plus puissant et le plus établi. Des sommes folles y sont investies et il y a un formidable engouement autour du soccer.
Q: Moi-même, qui travaille bénévolement pour le club, je vois à quel point la structure est professionnelle et efficace. Il y a une véritable crédibilité autour des métiers du sport.
Q: Pour vous dire, même le statut de «mari d’une joueuse» est gratifiant ici. Les Américains ont une grande curiosité et on s’est rapidement sentis intégrés.
S: Le sport est socialement très valorisé et ultrapopulaire aux Etats-Unis. Il y a une ferveur, une culture. A Tampa, c’est un art de vivre.
Q: Tout le monde fait du sport et les habitants se déplacent en nombre dans les stades.
Semi-professionnelle à Servette, vous voilà de nouveau joueuse pro à Tampa. Heureuse?
S: Oui, car ça change tout. En Suisse, je travaillais comme employée de commerce à mi-temps. C’est une gymnastique physique et mentale qui n’est pas facile à gérer. Là, je peux me concentrer sur le foot et mes performances, comme lorsque je jouais à Francfort.
Une fois sur la pelouse, quelles sont les grandes différences entre l’Europe et les Etats-Unis?
S: Je dirais qu’ici, c’est plus compétitif. Même à l’entraînement. C’est chacun pour soi pendant une heure et demie, c’est très physique et direct. Il y moins cette idée de maîtriser le ballon ou de passes à 10 mètres. C’est plus brouillon, moins discipliné, plus frontal. Les corps sont toniques, athlétiques, la plupart des joueuses sont bien baraquées!
Revenons en Suisse quelques instants: comment avez-vous personnellement vécu l’engouement autour de la Nati à l’Euro, cet été?
S: C’était fou! Vivre un tel Euro en tant qu’athlète, dans son propre pays, ça n’a pas de prix: les stades pleins à craquer bien sûr, mais surtout la ferveur à l’extérieur, les fans zones, les cortèges, l’intérêt médiatique. Sans oublier les quarts de finale contre l’Espagne! Le petit regret personnel, évidemment, c’est de ne pas avoir eu une minute de jeu.
Cela vous a affectée de ne pas pouvoir entrer sur le terrain?
S: Oui, bien sûr, même si c’était déjà fantastique de faire partie des vingt-trois. On se pose parfois des questions sur notre niveau. On se surprend à se dire: «Moi je suis en forme, alors qu’une autre est blessée et joue quand même». C’est humain.
On se sent malgré tout faire partie de l’équipe?
S: Ah oui, complètement! Et puis, il y a tellement de joueuses qui auraient rêvé d’être à ma place. Et puis, le jour du match, il faut savoir respecter les choix de la coach, c’est un sport d’équipe.
Une coach, Pia Sundhage, qui n’a pas été reconduite et ne faisait pas l’unanimité. Vous sentiez des tensions ces derniers mois autour de la Nati?
S: On savait que son contrat courait jusqu’en décembre. Grâce aux deux dernières victoires en matchs amicaux, on pouvait s’attendre à son renouvellement. Mais je ne faisais pas partie du voyage à ce moment-là, donc impossible de sentir l’atmosphère depuis Tampa. D’autant que jusqu’à la fin, Pia semblait confiante dans les médias.
Vous n’avez pas été sélectionnée par le nouveau sélectionneur Rafel Navarro. Vous êtes surprise?
S: Je savais que je n’avais pas trop joué ces derniers temps avec l’équipe, donc j’étais simplement dans l’attente. Je me suis demandé si je n’étais pas en train de gentiment sortir de la Nati et c’est sans doute le cas, il faut être réaliste.
Vous avez choisi d’emménager et de travailler dans le pays de Donald Trump, dont la politique et la personnalité sont controversées. Votre entourage vous a-t-il fait des remarques à ce sujet?
S: Oui, en Suisse, un peu.
S: Dans le club, entre les joueuses, on ne parle pas de politique et Trump n’est pas un sujet de discussion. Ce qui est marrant, c’est que personne ne prononce son nom. Il a toujours des surnoms un peu ironiques, en lien par exemple avec ses cheveux ou autre.
Q: J’ai l’impression que l’on parle plus de lui en Europe qu’ici. Du moins en Floride, qui est un Etat plutôt pro-Trump.
Vous pensez la jouer comme Messi et rester aux Etats-Unis plusieurs saisons ou ce sera simplement une parenthèse extraordinaire avant un retour rapide en Suisse?
S: Pour l’instant, on vise un, voire deux ans en Floride. On n’imagine pas du tout nous installer définitivement aux Etats-Unis.
Quels sont vos projets quand vous aurez déchaussé définitivement les crampons?
C’est encore très vague et pour l’heure, j’ai encore envie de jouer! Une fois loin des terrains, j’aimerais continuer à travailler dans le foot, en Suisse, là où nous proches vivent. Il y a encore beaucoup de choses à améliorer, professionnellement, pour mieux encadrer les joueuses. On verra bien le moment venu!
