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Champions League: Christian Fassnacht et YB affrontent Villarreal

Christian Fassnacht a remporté quatre fois le championnat de Suisse avec Young Boys, où il évolue depuis 2017.
Christian Fassnacht a remporté quatre fois le championnat de Suisse avec Young Boys, où il évolue depuis 2017. keystone

«D'où je viens, c'était impensable de jouer au plus haut niveau»

Christian Fassnacht est l'un des footballeurs les plus extraordinaires de Suisse, au sens premier du terme. Avant de briller avec Young Boys, le milieu de la Nati a dû franchir beaucoup d'obstacles. Encore amateur à 20 ans, il dispute désormais la Ligue des champions.
20.10.2021, 18:4221.10.2021, 17:46
etienne wuillemin / ch media

A l'âge de 14 ans, Christian Fassnacht doit quitter le FC Zurich La raison? Il est Jugé pas assez bon pour le football professionnel. Mais pour lui, pas question d'abandonner. Jusqu'à ses 20 ans, l'international suisse arpente rageusement les pelouses des clubs amateurs.

Parmi elles: Thalwil et Tuggen, dont il a porté les maillots avant de poser ses bagages à Winterthour, en Challenge League. A 23 ans, il perce à Thoune et part chez le grand voisin Young Boys un an plus tard, en 2017. Dans la capitale, il devient un joueur de Super League expérimenté et remporte quatre fois le championnat. Désormais âgé de 27 ans, le Zurichois joue régulièrement avec la Nati et sera sur la pelouse du Wankdorf ce mercredi pour la troisième journée de Ligue des champions contre Villarreal.

Quand on pense à Christian Fassnacht, on voit un footballeur atypique. Le genre de joueur qui n'existe plus que rarement aujourd'hui. Etes-vous d'accord?
CHRISTIAN FASSNACHT:
Je suis d'accord. (rires). En grande partie, en tout cas. Les gens qui me voient de l'extérieur peuvent dire: «Il correspond au cliché du footballeur.» Mais si vous apprenez à mieux me connaître, vous vous rendez vite compte que je suis différent.

Pourquoi?
J'ai vécu le football différemment de beaucoup d'autres quand j'étais jeune. De 14 à 20 ans, je jouais au niveau amateur. C'est le genre de football où on se réunit tous après un match pour boire une bière et manger une saucisse. La seule raison qui réunit tout le monde, c'est le foot lui-même. Vous n'y allez pas parce que c'est votre travail ou parce que vous espérez faire carrière. C'est une rencontre entre des jeunes et des moins jeunes qui prennent du bon temps ensemble. Aucun n'est chouchouté, personne ne fait particulièrement attention à vous pour éviter qu'il vous arrive quelque chose. Et le but n'est pas de faire partie un jour des meilleurs joueurs de la planète.

Chez les «moins de 15 ans» du FC Zurich, vous avez été...
...Disons les choses comme elles sont: Viré!

C'est la raison pour laquelle vous êtes arrivé tardivement dans le football professionnel. Avez-vous toujours cru que ça finirait par marcher?
J'ai toujours cru en moi. Mais avec le recul, c'était une période difficile. J'ai eu beaucoup de bâtons dans les roues, y compris dans mon cercle d'amis. J'entendais des phrases comme: «Pourquoi veux-tu absolument devenir footballeur pro? Arrête avec cette histoire! Tu ferais mieux de venir faire la fête avec nous.»

Est-ce que vos amis s'en souviennent aujourd'hui?
Oui, absolument. (rires). Ils sont restés mes meilleurs amis, et quand ils viennent me voir en Ligue des champions, ils sont heureux et très fiers. Mais je les comprends: Je me demande parfois d'où me vient cette rage de réussir. Quand je regarde le chemin que quelqu'un doit parcourir pour devenir footballeur pro, je me dis que là où j'étais, c'était en fait impossible d'atteindre le haut niveau. A ce moment, personne ne prêtait attention à moi. Mais quelque chose m'a poussé à continuer.

Le fait d'être issu d'une famille de footeux?
Mon grand-père a joué pour Schaffhouse en Ligue B, mais mon père n'était pas particulièrement passionné de football.

Mais il vous a poussé à vous entraîner comme un fou?
Non, pas du tout. Mes parents disaient: «Fais ce que tu aimes.» Jusqu'à l'âge de 14 ans, j'ai joué au tennis en parallèle. Je me suis décidé pour le foot quand j'ai reçu cette offre du FC Zurich.

Quand ça s'est terminé à Zurich, comment avez-vous réussi à vous accrocher?
Le plus important a été mon apprentissage. Je suis diplômé d'une école de sport, une école privée. Je l'avais découverte grâce à un flyer posé sur notre voiture. J'ai pu suivre ce programme en parallèle à ma formation d'employé de commerce.

Et quand avez-vous réalisé que ça pouvait marcher?
C'était au FC Tuggen, en Promotion League. Un jour, on a joué contre les Old Boys à Bâle. Andres Gerber et Murat Yakin, alors directeur sportif et entraîneur du FC Thoune, étaient venus voir ce match. Je le savais et je me suis dit: «Ok, ils sont là spécialement pour moi.» Et j'ai réalisé que devenir pro était encore possible. J'avais 21 ans. J'ai ensuite joué à Winterthour en Challenge League avant de partir à Thoune.

Et quand on parcourt un si long chemin, on est encore plus satisfait quand on arrive où vous êtes maintenant: quatre fois champion de Suisse avec YB, une deuxième participation en Ligue des champions cette année et désormais une place de titulaire en équipe nationale.
Effectivement. Mon rêve de devenir professionnel, c'était de jouer peut-être en Challenge League ou d'accéder à la Super League. Il y a quelques exemples de joueurs qui passent de la Challenge League à l'élite, y restent peut-être deux ans puis disparaissent à nouveau parce qu'ils n'ont pas réussi à percer. Alors vivre cette aventure avec YB, ça dépasse même ce que je n'aurais jamais osé rêver.

Pensez-vous parfois: «C'est dommage que je n'aie pas deux ou trois ans de moins, j'aurais beaucoup plus d'opportunités pour la suite»?
Oui parfois, quand j'exprime ma satisfaction et qu'en même temps, je pense à ce petit «mais». Ça vient de ma volonté d'en faire encore plus. Et non pas parce que je rêvais de jouer à l'étranger. Cette idée est venue avec le temps.

«Quand est-ce que Fassnacht partira à l'étranger?», c'est une question qui vous énerve?
Je m'y suis habitué. Mais j'ai connu des étés plus faciles que les deux derniers. Je ne savais jamais ce qui allait se passer. Beaucoup de choses ont été dites et écrites, il y a des demandes de renseignements de la part de clubs, un autre téléphone par-ci, un autre par-là. Moi, je souhaitais juste de la stabilité. Ma petite amie travaille ici, alors si je change, ce serait bien qu'elle puisse venir aussi. Mais je sens que tout le monde s'attend à ce que je parte. Et quand ça ne se réalise pas, je reçois une centaine d'autres messages comme: «Pourquoi es-tu encore là?». Ou «Qu'as-tu fait de faux?»

C'est difficile pour vous?
On peut aussi tourner les choses autrement. J'ai rencontré de nombreux joueurs qui évoluent à l'étranger, par exemple d'anciens coéquipiers ou en équipe nationale. Je vois qu'ils sont heureux hors de nos frontières. Mais aussi que moi, je me sens très bien à YB. Bien sûr, le succès y contribue. Mais je me demande: «Pourquoi les gens s'attendent-ils toujours à ce qu'il y ait une étape de plus?»

Et quelle est votre réponse?
Dans notre société, on en veut toujours plus. Et pas seulement dans le football. Quand je regarde mon entourage, je constate que lorsqu'il s'agit du travail, tout le monde veut toujours en faire plus. Les gens préfèrent travailler cinq heures de plus par semaine et gagner un peu plus d'argent, tout en acceptant de sacrifier leur temps libre. Pourquoi cherchent-ils toujours à en faire plus? Pourquoi devrais-je partir à l'étranger, perdre mes collègues, ne plus voir ma famille régulièrement, tout ça juste pour pouvoir dire: «J'étais à l'étranger!» Cela en vaut-il la peine? Pourquoi ne peut-on pas simplement se dire: «Je suis content, je suis heureux, je fais ce que j'aime!»? Ça fait réfléchir.

C'est peut-être qu'une impression, mais on dirait que vous affirmez davantage votre personnalité quand vous jouez dans l'environnement familier de YB qu'avec l'équipe nationale.
Je suis une personne qui a besoin d'un environnement bienveillant. Je n'aime pas non plus me faire de nouveaux amis. (rires). La tranquillité et la confiance me font du bien. Tous les entraîneurs qui ont travaillé avec moi le savent. J'ai tendance à avoir besoin d'une discussion supplémentaire, mais dans le calme. Je n'aime pas qu'on me crie dessus à l'entraînement, si ça arrivait je serais tenté de faire le contraire de ce qu'on me demande. Je dois être en phase avec mes collègues. C'est peut-être une différence entre YB et la Nati. Aujourd'hui, je me sens très à l'aise, mais lors de mes deux premières saisons à Berne, j'avais moins de liens. Ce besoin est peut-être l'une de mes faiblesses, parfois je préférerais être comme ceux qui peuvent se dire: «Je fais ce que j'ai à faire et je me fiche du reste.» Mais je ne fonctionne pas comme ça.

Depuis cet été, Murat Yakin est le nouveau sélectionneur national. Avez-vous l'impression d'avoir grandi au sein de la Nati?
Oui. Murat me parle, échange avec moi, même sur des petites choses. Je sais maintenant ce qu'on attend de moi et ce que je dois amener. Avant, je me sentais parfois comme un intrus.

Revenons à la Ligue des champions: Vous avez manqué le match contre l'Atalanta en raison d'une commotion cérébrale. L'avez-vous regardé à la télé?
Oui, j'ai eu de la chance parce qu'après deux ou trois jours, ma tête ne me faisait plus souffrir. La première fois que je suis sorti après ce choc, mon cerveau ne pouvait pas encore tout suivre, tout était un peu flou. Mais heureusement, les choses se sont rapidement améliorées après.

YB s'était incliné 1-0 à Bergame. Qu'avez-vous tiré de cette défaite?
Je pense qu'on aurait pu faire nettement mieux. Nous sommes à un point où nous ne devons plus nous cacher. On a maintenant cette occasion de faire mieux contre Villarreal.

Adaptation en français: Yoann Graber

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