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Fans of late MotoGp rider Marco Simoncelli attend the funeral service outside the Santa Maria church in Coriano, Italy, Thursday, Oct. 27, 2011. Italian sport was in shock after Marco Simoncelli died following a crash at the Malaysian MotoGP motorcycle race. He was 24. Simoncelli - nicknamed Sic or SuperSic - died of chest, head and neck injuries Sunday after he lost control of his Honda at turn 11, four minutes into the race, and swerved across the track, straight into the path of American rider Colin Edwards and Valentino Rossi of Italy. (AP Photo/Marco Vasini)

Image: AP

Dans un sport mécanique, mourir reste une option. Ils l'avaient oublié

Le décès de Jason Dupasquier, ce week-end, rappelle que les pilotes jouent leur vie, malgré un niveau de sécurité jamais atteint. Mais les gens du milieu le savent: cette prise de conscience ne durera pas.



Depuis que les circuits sont parfaitement sécurisés, le danger est une notion un peu abstraite dans laquelle le pilote façonne sa virilité, et le public sa pensée. C'est un élément du scénario, un ressort de la dramaturgie sportive mais, depuis la télévision, les scènes d'accident ont fini par banaliser le risque: des pilotes extirpés de leur voiture déchiquetée, ou éjectés de leur moto à 250 km/h, se hissent sur leurs jambes, secouent un peu la tête, leur carcasse, pour évacuer des résidus d'angoisses, et retournent à leurs occupations en saluant la foule l’air de dire «même pas mal».

Puis il y a le retour à la normale. Jason Dupasquier. Marco Simoncelli. Anthoine Hubert. La vraie vie, avec un début et une fin. Le mythe redevient réalité.

Le public oublie, le pilote occulte: la mort est concomitante des sports mécaniques comme l'est le sang à la boxe, la chute à l'alpinisme, l'asphyxie à l'apnée. «C'est comme ça depuis toujours: les pilotes sont tous d'accord pour dire qu'ils peuvent mourir, mais aucun n'envisage cette hypothèse plus d'une demi-seconde», témoigne Klaus Zaugg, qui arpente les circuits depuis 38 ans. Le chroniqueur vedette de watson ajoute:

«Les pilotes vivent dans le déni. Ils n'ont aucune notion du risque vital. Et c'est normal: s'ils pensaient à la mort, ils ne pourraient plus rouler»

Jacques Cornu assure qu'aujourd'hui, les grands prix présentent un niveau de sécurité maximal, «des circuits aux casques en passant par les protections». Mais l'ancien champion conclut chaque interview en rappelant la prééminence de la fatalité sur toute intervention humaine: «On connaît les règles du jeu...» Ou encore: «Dans la mort de Jason Dupasquier, il n'y a pas de coupable à chercher.»

epa07952561 Thai rider Somkiat Chantra (R) of the Idemitsu Honda Team Asia crashes with Swiss rider Dominique Aegeter of the MV Agusta Temporary Forward Racing team during the Moto 2 race on day three of the 2019 Australian Motorcycle Grand Prix on Phillip Island in Victoria, Australia, 27 October 2019. EPA/MICHAEL DODGE AUSTRALIA AND NEW ZEALAND OUT

Image: EPA AAP

Eux savent. Eux vivent en marge d'une société précautionneuse, où l'on fait l'apologie de la maîtrise et du risque zéro. Le mécène qui, dans les années 2000, finançait la carrière de Bastien Chesaux, nous décrivait «un décalage toujours plus grand entre le monde de l'entreprise, où le moindre document porte trois signatures, et le pilote qui, chaque dix secondes, prend une décision dont dépend sa vie».

Cette hardiesse un rien surjouée fait des sports mécaniques le dernier bastion du mâle alpha, bien à l'abri des poltrons et des velléitaires, insensible aux affres de la malchance ordinaire. Ici, on ne glisse pas sur un tapis de douche, mais sur de l'asphalte brut.

«Le danger fait partie du mythe»

«Depuis que la sécurité est devenue un objectif prioritaire, il est plus facile de ne pas avoir peur, sourit Klaus Zaugg. Dans les années 80-90, il y avait de nombreux morts et blessés. Les pilotes n'avaient pas le temps de craindre pour leur vie car le soucis le plus urgent était de financer la prochaine course. Depuis la mort d'Ayrton Senna, tout est devenu plus cadré, plus sûr. La notion d'aventure s'est étiolée. Mais les aveux de faiblesse, eux, restent mal perçus.»

Klaus Zaugg

La sécurité, terme vulgaire

A 26 ans, le prodige Casey Stoner met un terme à sa carrière pour des raisons familiales, «après une longue discussion» avec son épouse. Il invoque des «attaches solides», on le devine ligoté au lit conjugal par les liens sacrés du mariage.

La décision de Stoner – qui en réalité avait peur – fut jugée ironiquement, comme une reculée majeure, dans un monde où les maris absents sont encore ostracisés, sinon remplacés.

Australia's Casey Stoner chats with his family before the MotoGP free practice session at the Malaysian Motorcycle Grand Prix in Sepang, Malaysia, Friday, Oct. 19, 2012. (AP Photo/ Vincent Thian)

Casey Stoner en famille. Image: AP

En septembre 2019, le décès d'Anthoine Hubert, sur le circuit rapide de Spa-Francorchamps, a révélé des ambiguïtés encore plus troublantes entre les organisateurs de GP, tentés d'abolir tous les risques, et les pilotes qui y voyaient une ablation de leur virilité.

«La course automobile est un sport dangereux et le restera. Il faut bien évidemment continuer de la rendre plus sûre. Mais je ne suis pas d’accord avec le fait qu'il faille modifier tous les circuits»

Lewis Hamilton, septuple champion du monde de F1

Le pilote franco-suisse Romain Grosjean, patron du syndicat (Grand Prix Drivers' Association), avait défendu une position non moins conservatrice: «Il faut essayer de comprendre ce qu’il s’est passé. Mais encore une fois, tu peux écrire tous les scénarios de la terre, il y en aura toujours un que tu n’as pas prévu. Et puis, si ce sport est aussi attrayant, c’est parce qu’il y a une notion de danger.»

epa07808332 The car wreck of Anthoine Hubert of BWT Arden is removed during the Formula 2 race at the Spa-Francorchamps race track in Stavelot, Belgium, 31 August 2019. The French driver Anthoine Hubert has died after a high-speed collision on lap two of the Formula 2 race at the Belgian Grand Prix. EPA/REMKO DE WAAL

La F2 d'Anthoine Hubert après son accident. Image: EPA ANP

Un an plus tard, Romain Grosjean s'extirpait miraculeusement d'une voiture en feu, coupée en deux et inondée d'essence.

«C'était presque comme une seconde naissance de sortir des flammes. Il va y avoir un peu de travail psychologique à faire parce que j'ai vraiment vu la mort arriver»

L'accident de Romain Grosjean

Vidéo: RTS

Sur deux ou quatre roues, les pilotes entretiennent un rapport filial à la bravoure, jusqu'à une certaine vulgarité de la sécurité. «Le décès de Jason Dupasquier va créer un choc... pendant un petit moment, prédit Klaus Zaugg. Ceux qui mettront du temps à oublier finiront par tout arrêter. La moto n'est pas différente de nos sociétés occidentales: avant, les vieux qui tombaient malades restaient dans leur lit jusqu'à leur mort. Aujourd'hui, on les place immédiatement dans des homes. On ne veut pas voir. On ne veut pas penser à ce qui, potentiellement, peut nous arriver.»

U.S. Wayne Rainey, left, former World Champion motorcycle, speaks with U.S. Kevin Schwantz, right, former World Champion motorcycle, on track prior the Indianapolis Grand Prix on the Indianapolis Motor Speedway, in Indianapolis, United States, Sunday, August 30, 2009. Simoncelli won the race. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)

Wayne Rainey aujourd'hui. Image: KEYSTONE

Klaus Zaugg cite un cas concret: «Dans les années 90, il y avait une rivalité légendaire entre Wayne Rainey et Kevin Schwantz. Rainey avait un talent hors norme, il était pratiquement intouchable. Mais en 1993, il a eu un grave accident. Il est resté paralysé. Schwantz a remporté son seul titre, le premier et le dernier. L'année d'après, il est rentré du GP du Japon avec Rainey, dans le même avion. En voyant son ami juste à côté de lui, dans sa chaise roulante, il a réellement pris conscience du danger. Ce n'était plus une notion abstraite. Il a mis un terme à sa carrière quelques semaines plus tard.»

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