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Un participant comme perdu dans l'immensité du désert marocain sous une chaleur écrasante.
Un participant comme perdu dans l'immensité du désert marocain sous une chaleur écrasante.
Image: Instagram
Témoignage watson

«On ne sort pas indemne du marathon des Sables»

Le décès d'un participant, cette semaine, rappelle que cette course par étapes de 250 km, disputée en autosuffisance dans le désert marocain, est l'une des plus dures au monde. Deux Romands qui y ont participé témoignent.
08.10.2021, 17:48
Julien Caloz
Julien Caloz
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«Quand vous m'avez annoncé qu'il y a eu un mort, j'en ai eu des frissons.» Alain Bersier sait que ça aurait pu lui arriver, à lui ou à un autre. «D'ailleurs, lorsque j'ai participé à la course en 2017, un coureur a aussi eu un arrêt cardiaque. Heureusement cette fois-ci, il a pu être sauvé.»

Si le coureur vaudois apparaît aussi touché, c'est parce que le marathon des Sables, une épreuve disputée sur 250 km et sept jours dans le désert marocain, est une aventure humaine qui soude chacun des participants. Même s'ils sont concurrents. «On est regroupé par nationalité, chaque soir, sous des tentes de huit. Une communauté se forme. Les premiers arrivés font le feu pour les suivants. Une fois, un collègue a fini en pleine nuit. On s'est tous levés pour l'aider à décharger son sac. C'était très émouvant.»

Le «logement» des Suisses en 2017

Les organisateurs fournissent des tentes berbères aux inscrits.
Les organisateurs fournissent des tentes berbères aux inscrits.
Image: DR

Le campement vu du ciel

Chaque soir, le «village» est remonté à l'arrivée de l'étape.
Chaque soir, le «village» est remonté à l'arrivée de l'étape.
Image: Instagram

Raymond Girardet, qui était sous la même tente qu'Alain cette année-là, raconte une autre anecdote: «Lors du premier jour de course, un de mes coéquipiers de tente a eu un problème de santé en plein effort. Ce gars, je ne le connaissais pas avant l'épreuve. Et bien, je me suis arrêté vers lui, et je l'ai accompagné jusqu'à l'arrivée». Et tant pis pour le chrono (les temps de chaque étape s'additionnent pour donner le classement final). De toute façon, la plupart des participants (1188 cette année) ne sont pas là pour ça. Leur but, c'est simplement de boucler cette course qui ne ressemble à aucune autre, et dont les pièges sont partout.

Le premier tient dans la gestion de l'eau. Les candidats bénéficient d'un nombre limité de litres par jour (entre 10 et 12 litres selon les étapes). Ils peuvent en obtenir davantage, mais chaque bouteille supplémentaire leur coûte des pénalités de temps. Or, l'eau qui leur est fournie doit répondre à tous leurs besoins:

  • Les températures atteignent parfois les 50 degrés et il est vital de bien s'hydrater.
  • Les coureurs doivent régulièrement s'asperger d'eau.
  • L'eau sert aussi à se laver chaque soir. Pour en utiliser un minimum, les athlètes trempent des lingettes dans quelques décilitres qui, au contact du liquide, se gonflent et agissent comme gants de toilette.

Instant fraîcheur

Image: marathondessables.com

L'eau et la tente sont les seuls éléments fournis par les organisateurs aux concurrents. Ceux-ci doivent porter sur leur dos tout le reste, c'est-à-dire vêtements et nourriture pour six jours.

Le contenu du sac d'un participant. Le règlement impose un poids global minimum de 6,5 kg et de 15 kg maximum, hors poids de l'eau journalière transportée.
Le contenu du sac d'un participant. Le règlement impose un poids global minimum de 6,5 kg et de 15 kg maximum, hors poids de l'eau journalière transportée.
Image: DR

Supporter une telle charge sollicite douloureusement les organismes. Alain Bersier: «Quand on court avec un sac aussi lourd, c'est comme si on faisait de la descente non-stop, même sur un revêtement plat. On a 12 kg qui pèsent et tapent sur les muscles. En Suisse, je m'entraînais à courir dans les descentes avec un pack de jus de pomme dans le sac à dos».

Malgré sa préparation, le Vaudois était perclus de courbatures au soir de la première étape marocaine. «J'ai participé à des ultra-trails de 165 km avec 12 000 m de dénivelé positif, mais le marathon des Sables, c'est l'épreuve la plus dure que j'ai faite. Alors que c'est 240 km sur 6 jours, et que c'est quasiment plat.»

Lui a eu de la chance: il n'a pas trop souffert de cloques. Mais certains arrêtent de les compter après deux jours.

C'est pas toujours le pied!

Une fois que vous n'avez presque plus d'eau, un sac de 15 kilos sur le dos, que vous êtes à moitié lavé et que vous avez les pieds en sang, il vous faut encore avaler les kilomètres sur un terrain parfois piégeux et sous un soleil de plomb.

Le terrain piégeux

Les concurrents traversent des dunes, des plateaux caillouteux, des oueds asséchés ou encore des petites montagnes.
Les concurrents traversent des dunes, des plateaux caillouteux, des oueds asséchés ou encore des petites montagnes.
Image: Instagram

Les effets du soleil de plomb

Image: Instagram

Même respirer devient pénible. «La chaleur et le sec, ça vous sèche les narines», explique notre interlocuteur. «Vous avez des plaques de sang qui se forment dans le nez. Et puis cette poussière dans les yeux, toujours...»

Les belles années sont celles sans tempêtes dans le désert.

Le vent balaie parfois les espoirs des concurrents.
Le vent balaie parfois les espoirs des concurrents.
Image: Instagram

Et aussi sans mauvaises rencontres, de type araignées, serpents ou scorpions. «On les voit se déplacer sur les dunes, la nuit avec la lampe frontale. C'est un spectacle incroyable», témoigne Raymond Girardet. C'est moins drôle quand le spectacle a lieu sous la tente. «Certains participants ont dû abandonner parce qu'ils s'étaient fait piquer par une araignée dans la nuit. Elles ne sont pas mortelles, mais elles provoquent infection et fièvre. Vous n'êtes pas bien.»

Le genre de bestioles qui s'invitent parfois à la course.
Le genre de bestioles qui s'invitent parfois à la course.

Ceux qui y échappent repartent le lendemain et ont intérêt à faire la course en tête. C'était le cas d'Alain Bersier, formidable 51e du classement général en 2017. Sauf qu'une fois par année, lors de l'étape la plus longue de la semaine, les premiers partent en dernier. «Et ben, c'est pas drôle», se marre le Vaudois. «Parce qu'en étant devant, on peut progresser sur du sable qui n'a pas été trop brassé. Les derniers, eux, doivent fournir plus d'effort pour avancer, sous une chaleur toujours plus écrasante à mesure que le soleil se lève.»

La répétition des efforts sur six jours laisse des séquelles durables. Mais pas toujours celles qu'on croit.

«On n'en sort pas indemne, mais dans le bon sens du terme. Je pensais la faire qu'une seule fois lorsque j'ai découvert l'épreuve en 2014, mais c'est une expérience de vie tellement fantastique que j'y suis retourné trois ans plus tard. Quand on rentre d'une telle course, on se rend compte qu'on peut faire des choses qu'on n'imaginait pas avant de partir. Ça donne confiance et ça nous ouvre à l'humilité, à l'entraide et aux autres. Et puis, les paysages qu'on traverse sont tellement fabuleux»
Raymond Girardet

Le désert pour soi

Image: Instagram

Le Vaudois de 74 ans sait qu'il faut composer avec certaines réticences au départ. «Quand on dit qu'on va là-bas, les gens nous prennent pour des fous.» L'inquiétude est légitime. Les participants eux-mêmes n'en sont pas dépourvus. «Partir à l'aventure dans le désert, c'est un peu flippant», retrace Alain Bersier. «Je me souviens m'être demandé s'il n'y avait pas de risque d'attentats, dans une zone pas toujours stable et sur une épreuve organisée par la France

Mais quatre ans plus tard, lui aussi aimerait repartir. Peut-être en 2023, avec deux proches. «J'aimerais vivre ça avec eux. Partager, échanger. C'est inoubliable. Quand on revient, on n'est plus les mêmes amis.» Et plus tout à fait les mêmes humains.

Est-ce que ce sport est aussi dangereux?

Vidéo: watson

Sa célébration à l'arrivée lui fait perdre 25 000 dollars

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